Interview de Maryline Salvetat (VSLL Castres)
Le 10/01/2007 00:03
Interview de Maryline Salvetat (VSLL Castres) : "le Championnat de France, je me l'étais mis dans la tête, je voulais le maillot depuis octobre."
En s'imposant dimanche à Lanarvily, dans le Finistère, la Castraise Maryline Salvetat (VSLL Castres) est revenue au score avec Laurence Leboucher au palmarès des Championnats de France de cyclo-cross. Les deux femmes possèdent à présent chacune quatre titres nationaux dans la discipline. Lauréate en 2002, 2004, 2005 et donc 2007, Maryline Salvetat a honoré la mémoire de Maurice Aussenac, ancien CTR du comité Midi-Pyrénées, emporté dans son sommeil par une embolie pulmonaire en octobre dernier, à l'âge de 59 ans. Marquée par sa disparition, la championne s'est échappée dès le premier tour sur le circuit du Mingant pour aller conquérir son quatrième titre de championne de France sur les terres du vicomte. Sa montée en puissance en fera un atout certain pour l'équipe de France fin janvier aux Mondiaux d'Hooglede-Gits.
Maryline, il y a eu des larmes sur le podium des Championnats de France. A qui étaient-elles adressées ?
"Oui, il y a eu des larmes, parce qu'aux obsèques de Maurice Aussenac, qui est l'ancien CTR et qui est décédé début octobre, j'ai dit à sa femme que j'avais eu mon premier titre de championne de France sur piste en Juniors. C'était en 1990 à Foix. Je l'avais fait pour lui, parce que c'est lui qui avait souhaité que ces Championnats se déroulent à Foix. La piste avait été conçue spécialement pour l'événement, grâce à lui. Le jour de ses obsèques, j'ai promis à sa femme et sa famille que j'obtiendrais le prochain titre pour Maurice. Il a fait énormément pour le comité régional. A Lanarvily, j'ai vraiment pensé à lui dans le dernier tour. Sur le podium aussi. C'était un homme charmant. Il allait finir sa carrière de CTR à la Réunion, mais il n'en a malheureusement pas profité. Sa vie s'est arrêtée trop tôt. Mes pensées ont donc été pour lui."
Ce titre de championne de France, est-ce une revanche par rapport au Challenge National ?
"Ce n'est pas du tout une revanche. J'ai toujours dit que je prenais le Challenge National différemment cet hiver par rapport aux autres hivers. Je n'avais pas du tout le même type d'entraînement. J'ai commencé le Challenge vraiment tranquille. J'avais dit que je voulais monter en pression au fur et à mesure pour le mois de janvier. Donc ce n'est pas une revanche par rapport au Challenge, je ne me l'étais pas fixé pour objectif. Avoir fait 2ème au Challenge National, pour moi, ce n'était seulement que des étapes. Après, c'est vrai qu'un Championnat de France, c'est différent d'une manche du Challenge National. Le Championnat, je me l'étais mis dans la tête, c'est vrai. Par rapport à l'an dernier, il y avait aussi que ce maillot bleu-blanc-rouge, je le voulais depuis le mois d'octobre, depuis les obsèques de Maurice."
Comment as-tu vécu la course ?
"J'ai fait les deux premiers tours assez vite. Après, j'ai temporisé. J'ai voulu voir ce que ça donnait. J'en ai remis un coup dans l'avant-dernier tour, et puis le dernier tour, j'ai avant tout cherché à assurer. Le problème, c'est que je rattrapais plein de filles. Elles passaient à droite quand moi je voulais passer à droite, donc c'était parfois un petit peu chaud. Le dernier tour, je l'ai donc fait en gérant. J'étais renseignée des écarts sur Laurence Leboucher et Christel Ferrier-Bruneau. Avec une minute d'avance, il faut gérer. Faire attention à ne pas crever et assurer jusqu'à l'arrivée."
Cette attaque dans le premier tour était-elle préméditée ?
"Non. A Blaye, j'avais aussi fait le départ mais j'avais vu à la fin que je coinçais un petit peu dans le dernier tour. Cette attaque d'entée de jeu n'a donc pas du tout été préméditée. En attaquant la plaine, je n'étais d'ailleurs pas très bien placée. J'étais en 5-6ème position. A ce moment, il y a eu un petit coup d'arrêt, peut-être dû au vent, donc j'ai commencé à doubler pour aborder la descente en tête. J'y tenais parce que je savais qu'il allait y avoir des filles à droite, à gauche. Je voulais aborder l'escalier en bas en tête."
N'as-tu pas eu peur d'être partie trop tôt en t'isolant dès le premier tour ?
"Si, au troisième tour. A ce moment-là, je me suis dit qu'il en restait encore trois à couvrir. J'ai temporisé un petit peu pour en garder un peu pour la fin, avec le souvenir de la manche du Challenge National à Blaye, où il m'avait manqué des forces sur la fin. Mais ce n'était pas du tout le même type de parcours qu'à Blaye."
As-tu été surprise de l'écart creusé sur Laurence Leboucher, qui termine à près de deux minutes sur la ligne d'arrivée ?
"J'ai été surprise, un petit peu, mais j'avais surtout toujours peur de la réaction derrière. Je me disais que si elles étaient deux ou trois à me pourchasser, avec le vent, que l'on sentait beaucoup dans la ligne droite après l'arrivée et dans la prairie, ça risquait d'être dur pour moi seule. Maintenant, c'est vrai que chez les filles on se retrouve très vite isolées. Il y en a une, puis une autre, puis une autre... On est un peu moins organisées que chez les garçons, il y a davantage de différences de niveau. Mais je ne me suis pas posée trop de questions une fois en tête. J'y suis allée et puis voilà !"
Ta course à Lanarvily restera-t-elle la plus parfaite ?
"Non, je garde aussi un excellent souvenir des Championnats de France de Liévin il y a deux ans. J'avais fait à peu près le même type de course, où j'étais partie d'entrée. Est-ce que j'ai fait une course parfaite ? Oui, mais je dirais que celle de Liévin l'était aussi. Les deux Championnats de France se ressemblent."
En tout cas, 2007 commence bien avec deux victoires au cours de la première semaine...
"Oui. Lundi dernier à Pétange, j'ai vaincu Marianne Vos et Daphny Van Den Brand. Ce n'était pas du tout le même type de parcours. C'était un bourbier comme je les aime, avec beaucoup de course à pied, de la boue partout. Pétange, ce n'était pas du tout pareil. Ca montait, ça descendait, c'était un petit peu comme du VTT. Mais cette course m'a fait du bien car elle m'a permis de voir que je pouvais avoir le niveau de Vos et Van Den Brand, même s'il faut relativiser parce qu'elles avaient trois courses dans les pattes alors que moi je n'en avais qu'une. Elles n'avaient peut-être pas le niveau qu'elles auraient dû avoir. Mais ça m'a mis du baume au cœur pour le 1er janvier."
Propos recueillis à Lanarvily le 7 janvier 2007.