Compte-rendu de la 6ème étape du Tour Transalp
Le 29/06/2007 23:00
La 6ème étape du Tour Transalp conduisait aujourd'hui les coureurs de Ponte di Legno à une capitale du vin, Caldaro, ou Kaltern.
La sixième étape du Tour Transalp conduisait aujourd'hui les coureurs de Ponte di Legno à une capitale du vin, Caldaro, ou Kaltern, pour faire comme dans la langue du cru, un mélange d'allemand et d'autrichien. On est en Haut Adige, dans le Sud Tyrol. Ponte di Legno, 1500 habitants, nous a encore une fois bien accueillis, belle performance quand on sait que la caravane du Jeantex représente environ le même total de personnes (coureurs, accompagnateurs, partenaires, presse, organisation...). Ici, on est soit ski, soit vélo, soit les deux pour garder le rythme. On annonce une étape du Giro 2008, rien d'étonnant. On est au pied du Gavia, pas loin du Mortirolo par sa face la plus abrupte, une étape marquante assurément.
Ponte di Legno est à environ 1000 mètres. Le camp de base montre que petit à petit on redescend vers le niveau de la mer. Le parcours du jour va le confirmer. Départ 9 heures, et vers 8h30, comme un bon signe, voici les premiers rayons du soleil qui irradient les visages. La plupart en ont bien besoin. On imagine à peine un Tour comme ça, avec de mauvaises conditions météo. Mention spéciale à ceux qui font la course à travers la formule "camp", environ 125 équipes qui sont prises en charge entièrement, du couchage au gardiennage des vélos, en passant par pasta-party et petit-déjeuner. Au menu, la queue dès qu'on a posé son vélo : pour les douches, pour les toilettes, pour poser et reprendre son vélo, celles et ceux-là font la course dans la course. Sans parler de la nuit où tout le monde dort dans des gymnases, etc... Chapeau à tous et toutes.
La course part avec un Pass à franchir, à froid, c'est le Passo di Tonale (1884 mètres) qui attend les valeureux. Belle montée, régulière, sur une belle route. Au sommet, vingt équipes sont ensemble. L'explication est pour plus tard. On redescend par paliers vers la seconde difficulté ou plutôt groupe de difficultés du jour : le Forcella di Brez (1387 mètres) puis le Mendola Pass (1363 mètres). Pour l'heure, on donne encore un clin d'œil au VTT, en croisant Val Di Sole, qui accueillera en 2008 les Championnats du Monde du VTT. Au vu des paysages alentours, allez-y et surtout prenez votre VTT et/ou votre vélo de route, vous allez vous régaler.
La remontée vers Lauregno se fait au milieu d'un festin d'arbres fruitiers, en particulier des pommes, avec des champs en balcons, soulignés par des bordures d'acacias. Le pied du second Pass est classique. De beaux lacets, bien découpés, et la forêt de sapins pour bien respirer. La tête de course est privilégiée, sur une heure après les premiers, la police italienne ferme la route. Vu la largeur des routes, c'est une nécessité. Pour ceux de derrière, il faut serrer à droite, au maximum. Comme chaque jour, les hommes ouvrent la route, pour le team Seeberger (nos témoins d'hier), on passe du rêve au cauchemar. En tête dans la dernière descente, Alex Miano explose son pneu avant et se crashe méchamment, sans trop de mal, sauf pour le moral, mais c'est relatif. Ils terminent avec Sean Van Court à la 16ème place et reculent de deux places au classement, 7èmes désormais.
Les premiers arrivent en 3h18'39", Lightweight devant Bike Palast et Sud Tirol, dans les catégories qui intéressent les Français : la course Masters est gagnée par les vainqueurs du scratch 2006, les teams Felt qui semblent avoir admis leur "Dé felt !", puis le team Radsport et le team Scott-Vélo 101, qui a contrôlé de bout en bout. En Grand Masters, Lightweight Carbon Sports finit fort, et l'emporte devant Dominique Briand et Dieter Kleiser avec 2'31" d'avance. Beau joueur, le duo franco-allemand avouera son erreur hier : être resté groupé dans le bris de chaîne de Dieter, alors que Dominique aurait du prendre les devants et être repris par son compère allemand. On apprend décidemment tous les jours.
Caldaro justifie son appellation de capitale du vin. Ici, on produit surtout du rouge : le Kaltersee, du nom du magnifique lac qui baigne Caldaro. Un peu plus loin, c'est du blanc, le Gewurtztraminer, qui est produit et consommé. La salle de presse ressemble à un musée, tellement on est entourés de bouteilles plus prestigieuses les unes que les autres (le vin français y est bien représenté). On vous rassure, elles ont été vidées depuis quelque temps sans doute, dommage, dur métier !
Voilà, la course de la montagne à la mer (les Allemands considèrent le lac de Garde comme leur Méditerranée et l'annexent régulièrement pour des épreuves VTT comme le festival du 1er week-end de mai) se termine demain samedi par l'étape Kaltern-Riva des Garda, 101 kilomètres ! Depuis le début de cette aventure, on y a vu comme un bon signe, à suivre !
Les témoins Vélo 101 :
Les témoins Vélo 101 ont eux-aussi traversé l'Atlantique, ils viennent des Etats-Unis, concourent en catégorie hommes et sont dans les 30 premiers environ :
Une rapide présentation de vous, please ?
Patrick Watson : "J'habite en Californie, et je suis originaire de New York. Je fais surtout des raids aventures, malheureusement, une de mes courses préférées, la Primal Quest, a été annulée. Alors j'ai proposé à mon coéquipier ici de faire le Tour Transalp à la place. Pour boucler le budget, on a trouvé des sponsors, et on a décidé de jeter un œil sur cette course. J'ai 37 ans et j'ai commencé le vélo il y a dix ans environ. Je fais aussi beaucoup de VTT, de single speed, et de dual slalom sur VTT tout suspendu, car sur les raids il y a beaucoup de VTT. Je suis représentant en produits pharmaceutiques Johnson and Johnson, donc je peux manager mon emploi du temps comme je veux. Mon meilleur souvenir à vélo, c'est sur un VTT, a Bond, Oregon."
Sean Kammann : "Je suis de Philadelphie, en Pennsylvanie. J'ai 30 ans et je viens d'être papa d'une petite fille il y a un mois, elle s'appelle Emma. Je suis en catégorie 1, coureur sur route, et j'ai été dans les sélections olympiques. Je viens juste d'être diplômé d'une business school, et là, je suis un papa au foyer. Je vais chercher un job du côté du commerce équitable, dans deux semaines."
Est-ce votre première participation, et comment trouvez-vous cette épreuve ?
Sean Kammann : "Oui, c'est une première, et c'est plutôt surprenant. C'est comme une course pro, que des montées-descentes, on peut prendre les ronds-points à l'envers ou les trottoirs, c'est plutôt fun."
Quelle formule avez-vous avez choisi, le camp ou l'hôtel ?
Sean Kammann : "Nous sommes dans les hôtels, ce qui représente un beau challenge, vu qu'on ne parle pas un mot d'autre que l'anglais. On cherche un peu nos hôtels, des fois, mais on y arrive."
Est-ce que ça a été facile de s'inscrire au Jeantex (250 inscriptions sont prises d'assaut en trois minutes), vu des Etats-Unis ?
Patrick Watson : "On s'est inscrits tard, mais on doit dire qu'on a bénéficié de l'aide d'un sponsor, à qui nous avons envoyé un dossier raid-aventure, et ça a marché. On s'est donc inscrits en dernière minute, mais pour les hôtels, ça a été très compliqué."
Aux Etats-Unis, avez-vous déjà participé à ce type de courses par étapes ?
Patrick Watson : "Non, j'ai déjà fait des sept jours non-stop sur des raids-aventure, mais pas d'épreuves vélo par étapes sur sept jours."
Combien de kilomètres roulez-vous par an ?
Patrick Watson : "Pour cette épreuve, j'ai fait des semaines de 20 heures de vélo, mais normalement je mixe vélo, course a pied, kayak, donc Sean me pousse dans les bosses. Aujourd'hui, il n'a pas pu car il a eu un problème technique."
Après cinq jours de course, comment vous sentez-vous ?
Sean Kammann : "Je me sens mieux mais hier, j'ai cru mourir, tellement c'était dur. C'est une vraie bonne compétition, avec des gars très rapides, mais c'est fun."
C'est votre première expérience de vélo en Europe ?
Sean Kammann : "Non, car j'ai déjà roulé dans le sud de la France, en Provence. Ma grand-mère vit à Venasque, dans le Vaucluse. J'ai souvent fait le Ventoux par Bedoin. Je l'aime beaucoup, mais je ne suis pas aussi talentueux que Iban Mayo, j'ai fait 1h13. J'aime la France et surtout le Mont Ventoux."
Quelles sont vos ambitions ?
Patrick Watson : "Notre ambition première était de venir, et de voir comment on se comporte. Après les premiers jours, on était pas mal, dans le top 20 en hommes, alors, on a décidé de viser le top 20. Mais on peut aussi changer de tactique pour les prochaines étapes et apprécier le paysage. Je n'ai jamais eu cette chance, alors j'en profiterai car sur les premiers jours, je n'ai pas eu l'occasion, j'ai trop souffert. On va en parler ce soir, et décider."
Quand êtes-vous arrivés en Europe ?
Sean Kammann : "Nous sommes arrivés vendredi, course dès dimanche, et j'ai eu mon vélo seulement mardi ! Patrick a emprunté un vélo Felt pour moi, qui est un beau vélo, mais qui ne m'allait pas parfaitement. Beaucoup de décalage horaire dans la tête, c'est la nuit dernière que j'ai réellement pu dormir."
Dernière question, piège, quelques mots de Français, s'il vous plait ?
Patrick Watson : "Oui, un, deux, trois !"
Sean Kammann : "Quand j'étais en France, et que je roulais, j'entendais les gars dire à droite, a gauche, mais je ne suis pas sur des cotés."