Interview de Jean-Paul Le Gall, organisateur de la Stephen Roche
Le 03/10/2007 00:02
Interview de Jean-Paul Le Gall, organisateur de la Stephen Roche: "l'avenir des cyclosportives passera par des structures professionnelles."
Jean-Paul Le Gall, la dernière édition de la Stephen Roche s'est disputée ce week-end à Cergy-Pontoise, comment s'est-elle déroulée ?
"Dans le brouillard au départ, puis il a fait très beau ! Il y avait en fait trois épreuves. Samedi était organisée la Stephen Roche Jeunes, pour les écoles de cyclisme. Nous avons eu 45 participants. Mais c'est une épreuve qui se situe un peu en marge de la Stephen Roche, dont la 21ème et dernière édition a eu lieu dimanche, avec deux épreuves, une grande et une petite. 1050 coureurs ont pris le départ de la grande, la Stephen Roche (153 km), 833 étant classés à l'arrivée, tandis que le petit parcours, la Cycloloisirs (75 km), a réuni 478 partants pour 441 classés."
Eu égard aux précédentes éditions, comment s'est située cette dernière ?
"Par rapport aux trois dernières éditions, nous avons observé une diminution du nombre de participants de presque 10 %. Nous avions 1587 coureurs au départ en 2005, 1524 en 2006."
Le brouillard matinal a un peu perturbé la course...
"Oui, nous avons eu des éclaircies entre samedi et dimanche, mais de la brume au départ dimanche matin à 8h30. Après, les conditions ont été idéales mais le brouillard a perturbé le départ. Il a eu pour effet l'organisation de deux départs. La voiture ouvreuse était là, avec des motards de la gendarmerie... mais il manquait un policier dans un carrefour stratégique, et tout le monde a été embarqué sur un mauvais itinéraire après 3 kilomètres de course. Toute la course a pris la mauvaise route, ce qui nous a conduits à prendre la décision de ramener tout le monde sur la ligne de départ."
Comment les cyclos ont-il pris ce faux-départ ?
"Il y a eu une certaine confusion, d'autant plus que les coureurs de la Cycloloisirs se mettaient en place sur la ligne, pour la course prévue à 9h30. Mais tout le monde est reparti après ce deuxième départ. A l'arrivée, six concurrents se sont présentés pour la victoire, avec d'anciens Nationaux en tête. Jean-Charles Martin a gagné. Du côté de l'organisation, les difficultés du départ ont été prises avec philosophie. Nous nous sommes dits que nous ne voulions pas finir sur le vingtième mais sur le vingt-et-unième en faisant deux départs !"
Cette Stephen Roche 2007 marquait la fin d'une longue aventure. Pour quelles raisons ?
"D'abord, parce qu'il faut bien s'arrêter un jour. L'équipe organisatrice était sur la brèche depuis vingt ans. On a tous vieilli de vingt ans. Nous avions 40 ans lorsque nous avons commencé, faites le calcul ! Et puis aujourd'hui, on voit s'échapper ce qui était l'essence même du cyclosport, la convivialité, l'envie de s'amuser. Les coureurs arrivent casqués, gantés, dans un contexte de consommation. Les règlements sont devenus plus rigoureux. Les cyclos sont devenus des consommateurs. Certains exigent des puces électroniques parce que c'est un signe de professionnalisme, d'autres réclament qu'on leur passe les bidons aux ravitaillements. J'ai même été en procès avec un coureur qui s'était accroché avec un autre concurrent et qui considérait que j'en étais le responsable. Ces comportements nous dépassent."
C'est cette dénaturation du cyclosport qui vous a notamment poussé à arrêter votre organisation ?
"C'est avant tout une certaine lassitude. Ces comportements ne sont peut-être qu'une frange de la population cyclosportive, mais on se demande parfois si ça en vaut bien la peine. A cela s'ajoutent les difficultés pour trouver des partenaires avec un budget qui grimpe chaque année. Les règlements deviennent plus pointilleux. Et les infrastructures sont en constante évolution. Entre le moment où l'on reconnaît les routes, celui où l'on dépose le tracé à la préfecture et celui où l'on flèche les parcours, on peut trouver jusqu'à cinq modifications ! Des ronds-points poussent partout."
N'y avait-il pas quelqu'un de motivé pour pérenniser la Stephen Roche ?
"Personne. L'équipe forme un tout. Cela fait vingt ans que nous travaillons ensemble. Et puis je ne voulais pas qu'un membre du comité d'organisation claque à cause des charges de travail de plus en plus lourdes. Mais je pense que c'est un épuisement logique au bout de vingt ans. A mon sens, l'avenir des cyclosportives passe par des organisations professionnelles. On trouvera de moins en moins d'associations, de clubs. Quand on regarde les grandes épreuves, elles sont de plus en plus professionnelles. Ce sont des gens qui font ça à temps complet, avec une structure pro, des salariés. Ca n'a rien à voir avec notre amateurisme pur et dur."
Vous êtes en train de nous annoncer la professionnalisation du cyclosport ?
"Je pense en effet que l'avenir passera par des structures pros, comme dans le marathon. Ca ne peut plus fonctionner avec des bouts de ficelle. Heureusement ou malheureusement. Il y aura en tout cas moins de chaleur. Des épreuves comme l'Etape du Tour sont aujourd'hui plus faciles à organiser que la Stephen Roche. Il y a des permanents. Chez nous, il faut tout faire. Et en faisant tout, on le fait moins bien. Pour une cyclosportive francilienne, ce n'est pas une prouesse que d'avoir stagné à 1500 participants."
Au cours de ces vingt dernières années, comment avez-vous vu évoluer le cyclosport ?
"Ce sont les organisateurs de la Marmotte qui ont un jour eu l'idée d'organiser une randonnée cyclotouriste en y ajoutant le chronomètre. Au départ, ce n'était rien de plus qu'une cyclo avec chrono, avec ce que ça comporte de convivialité, de non-concurrence entre les participants. Puis le niveau est devenu de plus en plus relevé. Des coureurs sont apparus dans les classements. Et aujourd'hui, les cyclosportives n'ont plus rien à envier aux courses. Compte tenu des contraintes qui leur sont imposées, elles bénéficient souvent d'une qualité nettement supérieure à certaines épreuves. Une nouvelle race de cyclos est apparue. Les consommateurs ont débarqué, avec le droit de râler. Si on est tous bénévoles, c'est un peu déprimant, mais pour la masse pédalant qui ne s'exprime pas, on a remis le couvert."
Après ces vingt années d'organisation, que retiendrez-vous de la Stephen Roche ?
"C'est l'ensemble des membres de l'organisation, ce qu'on a apporté les uns aux autres. Motiver tant de personnes sans les payer, leur demander de se lever à 2 heures du matin avec le sourire, de ne pas tenir compte des trente-cinq heures, de me supporter pendant vingt ans... Et puis c'est aussi ce ciment apporté par Stephen Roche. Ca aura été une grande réussite du point de vue de l'expérience humaine. Le résultat, je laisse aux participants le droit de le juger. Nous, on bâche contents. Dimanche soir, nous avons fait la fête, c'était la dernière. Et à l'avenir, nous perpétuerons ce formidable esprit de camaraderie. Nous avons d'ores et déjà dans l'idée de partir en stage chez Stephen l'année prochaine pour partager de nouveaux moments conviviaux sur le vélo."
Propos recueillis le 2 octobre 2007.