Que sont-ils devenus : Jens Voigt

Que sont-ils devenus ? Publié le 22/02/2018 09:00

" Je suis complètement fan de Axel Merckx et de sa reconversion ! "

 

Jens Voigt
© Sirotti
Jens, peux-tu rappeler aux lecteur vélo101 les grandes lignes de ta carrière et tes principaux succès sur route ?

Je suis devenu cycliste professionnel en 1997 dans une petite équipe de 2ème division à l'époque. Ensuite, j'ai rapidement signé dans une grosse équipe, celle du Crédit Agricole où je suis resté pendant 6 ans. J'ai passé 7 ans dans une équipe danoise et j'ai fait les 5 dernières années de ma carrière chez Trek, de 2011 à 2014.

Je pense avoir fait au moins 70 000 km de courses dans ma vie. J'ai eu 65 victoires officielles répertoriées à l'UCI et j'ai dû avoir à peu près autant de crashs ! D'ailleurs, il y a eu de très mauvaises chutes !

J'ai été deux fois maillot jaune dans ma vie, en 2001 et 2005. Nous avons gagné 3 fois le contre-la-montre par équipe sur le Tour de France. J'ai également gagné une étape sur le Tour d'Italie en 2008, sur le Tour du Dauphiné, sur le Paris-Nice, deux étapes sur le Tour de France en 2001 et 2006. J'ai également gagné 5 critériums internationaux, une course en Californie...

J'ai commencé quand j'avais 9 ans et j'ai fait du vélo pendant 33 ans dans différents pays, sur différents continents. J'ai arrêté ma carrière à 43 ans, le 18 septembre 2014 très exactement, donc cela fait trois ans que je suis un retraité du cyclisme.

Tu as arrêté ta carrière à plus de 40 ans, il faut être vraiment passionné pour poursuivre jusqu'à cet âge ! A partir de quel âge as-tu pensé à arrêter ta carrière ?

Je pense que j'ai commencé à y penser au moins 3 ou 4 ans avant, quand j'étais âgé de 39-40 ans et je m'étais dit "OK, tu aimes profondément ce sport mais malheureusement tu ne peux aller plus loin et tu ne peux rouler pour toujours". J'ai donc commencé à réfléchir à plusieurs idées et à différents projets que j'avais en tête. Vous savez, j'ai 6 enfants, il faut bien un métier et une rentrée d'argent pour entretenir une famille et pouvoir les élever correctement. Il nous faut une grosse maison, "ca coûte cher la bouffe !!" (dit-il en français en riant).

Quand tu as été sportif de haut niveau, tu as tout de même besoin d'un job qui te stimule et où il y a encore un certain challenge. Je me suis adressé à la société Trek et je suis devenu leur ambassadeur. J'ai également travaillé pour l'organisation du Tour Down Under, pour l'organisation du Tour de Californie et sur le Tour de France, je fais des commentaires sportifs pour la Télé.

Jens Voigt
© Sirotti

En réalité, cette année, c'est mon 20ème Tour de France donc je vais avoir une médaille de fidélité et de loyauté remise par Christian Prudhomme. J'en ai fait 17 en tant que cycliste professionnel, 3 en tant que commentateur, donc au total, c'est bien mon vingtième Tour ! Ce n'est pas très important mais j'apprécie beaucoup le geste ! C'est une action très sympathique qui me tient à cœur !

Pour l'instant, j'ai d'autres projets, mais j'y travaille toujours et j'avais déjà commencé à y réfléchir pendant ma carrière. J'ai des pistes pour des commentaires TV, pour une magazine cycliste anglais... Je teste un peu tout pour savoir ce qui me plait, ce que je peux arriver à faire ou à ne pas faire. J'ai envie d'avoir une vraie vie après cette carrière sportive.

Il n'est pas difficile de t'imaginer Directeur sportif, y as-tu déjà pensé ?

Oui, en réalité j'ai passé la licence et j'ai fait les tests pour cela mais, je me rappelle quand j'en ai parlé avec mes coéquipiers à l'époque, ils étaient vraiment effrayés à l'idée que je puisse être DS car je suis très exigent et je leur en aurais demandé vraiment beaucoup ! J'ai également remarqué mon comportement quand j'ai vu mon fils sur son vélo. Je n'arrive pas à contrôler facilement ce perfectionnisme et cette envie de toujours plus pousser les gens dans leurs performances et dans leurs retranchements... Avec mon fils, j'essaie de lui apporter un soutien positif mais je ne peux pas m'empêcher de lui mettre la pression. Donc si un jour je travaille comme DS ou comme manager, je préférerais le faire avec des enfants pour être moins exigent et les laisser aussi vivre leur passion. Travailler pour l'UCI, c'est trop compliqué et cela ne me ressemble pas, ce ne serait pas moi...

Je suis complètement fan de Axel Merckx et de sa reconversion ! Il a parfaitement su passer d'un très bon cycliste pro à un directeur brillant et compétent ! Il est vraiment très bon pour entraîner les jeunes cyclistes talentueux. Si je devais changer quelque chose, je voudrais vraiment avoir un travail comme lui et être exactement comme lui !

Axel et moi sommes amis et ce que j'aime aussi chez lui, c'est qu'il sait très bien qui est son père et il n'aura jamais la prétention de vouloir être le prochain Eddy Merckx. Il connait son travail et il le fait bien. Il dit souvent qu'il n'est pas comme son père et qu'il veut avoir sa propre carrière, et d'ailleurs son père le supporte dans cette optique. Son père ne lui a jamais mis la pression. Pour moi, c'est une famille exemplaire que je considère comme un modèle.

Et Jens Voigt prend possession du Maillot Jaune
© Sirotti

Etre ambassadeur pour Trek est très important pour toi. Est-ce un moyen de sensibiliser les nouvelles générations et de travailler finalement avec les enfants comme vous le souhaitez ?

Oui tout à fait, nous avons besoin d'être au contact des jeunes pour leur transmettre, une passion, pour leur apprendre à rouler avec un vélo et surtout à penser sécurité sur un vélo. Certains enfants vont à l'école chaque jour en vélo, il faut impérativement transmettre les bons gestes et les bons réflexes à la nouvelle génération.

Ce sont les pays ou les organisations d'événements qui contactent Trek et qui lui disent "Nous voudrions avoir Jens en mars 2018 sur notre événement au Brésil"' par exemple et ensuite je débarque. Je ne peux pas être partout à la fois mais il suffit d'envoyer une demande à Trek et nous faisons de notre mieux pour sensibiliser un maximum de personnes.

Tu as grandi dans un pays en guerre. En ce moment la situation en Israël par exemple est très compliquée. Penses-tu que le sport tend à promouvoir la paix au niveau national et international ?

Le sport fédère les gens et les populations de manière générale. Le sport rassemble les gens de différentes cultures, différentes religions ou différentes couleurs. Le sport unit, au delà des frontières. La paix créée par le sport permet de réinstaurer la confiance et l'amitié. Que ce soit l'Allemagne, la Pologne ou la République Tchèque, des atrocités ont été commises et nous en avons tous conscience. Désormais, sans tenir compte des frontières, nous sommes tous des êtres humains, nous avons tous une famille à élever. Le plus important, c'est la paix.

 

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