Test des plateaux Q-Rings Rotor, des plateaux ovalisés dans le but d'optimiser le pédalage en réduisant le point mort.
 | Le pédalage cycliste est déjà l'activité humaine (non motorisée) qui a le meilleur rendement, mais de nombreuses équipes rivalisent d'ingéniosité pour augmenter encore ce rendement. La société espagnole Rotor (née d'une école aéronautique madrilène) commercialise des plateaux ovalisés dans le but d'optimiser le pédalage en réduisant le point mort, lorsque les manivelles sont globalement à la verticale. Cette démarche n'est pas récente. Dans les années 70, monsieur Polchlopeck avait été le premier à tenter de | |
faire évoluer les mentalité d'un secteur très conservateur puis vinrent le système Biopace de Shimano, l'Harmonic soutenu par Guimard, l'O'Symetric utilisé par Bobby Julich. Il semble tout de même que Rotor trouve de plus en plus d'adeptes. Alors, ont-ils trouvé la Vérité là où d'autres n'avaient pas la puissance commerciale ? Shimano avait eu une bonne idée mais conçue à l'envers ? O'Symétric est-il trop excessif ?
Le principe :
C'est simple. Sur les 360 degrés du pédalage, il y a des temps forts et des temps faibles. On profite des temps forts pour gagner en puissance et on réduit les temps faibles. Le développement et le braquet varient donc à chaque instant du pédalage. On a un braquet plus grand lorsque les grands groupes musculaires sont en action (lors de la descente et de la remontée de la pédale) et un braquet plus petit au passage des manivelles à la verticale. Evidemment, sur une révolution complète de 360 degrés, le développement reste le même : un 53 dents reste un 53 dents ! Mais il passe furtivement au 56 à un moment puis au 51 à un autre moment, ceci étant possible grâce au diamètre variable des plateaux.
Quelques idées reçues :
Le point mort bas n'existe pas... sauf en danseuse. En danseuse, il est très difficile (mais pas impossible) d'avoir un coup de pédale rond. On "pistonne" plus qu'on arrondit. Si la partie basse du pédalage ne semble pas efficace, c'est qu'elle correspond au point mort haut de l'autre pédale. D'ailleurs, les utilisateurs de PowerCranks (pédalier à manivelles indépendantes) savent bien que ce n'est pas en bas qu'ils perdent le rythme mais en haut.
Rotor contre PowerCranks ? Les principes, bien que totalement opposés, ne sont pas contradictoires. PowerCranks vise à améliorer par l'entraînement les points faibles du pédalage alors que Rotor tente de les réduire et augmenter les temps forts. Les deux concepts ont le même objectif d'amélioration de l'efficacité biomécanique du geste par des moyens différents. Ils sont même complémentaires mais pas simultanément sinon ... gros problème.
Les plateaux Rotor ne sont pas ovales, ni ovoïdes, ni ronds bien sûr. Rotor les dit ovalisés, un autre terme qui nous plait bien sans être péjoratif : "patatoïde" ! On peut passer les bosses avec une ou deux dents de moins. Enfin, un 52 Rotor correspond à un 50 rond ! Sans blague ! Elles sont passées où, les deux autres dents ?
Le test :
L'objectif avoué était de prouver objectivement que les plateaux ovalisés apportaient un gain de performance. Comme toute démarche scientifique ou pour le moins sérieuse, on part d'une hypothèse et on essaie de la confirmer sur le terrain. La meilleure solution pour comparer les deux types de plateaux semble être de mesurer une puissance développée à travail cardiaque identique. Si, à fréquence cardiaque identique, la puissance mesurée à plusieurs reprises est supérieure avec tel ou tel plateau, c'est gagné !
 | Pour cela, il nous faut analyser tous les paramètres pouvant avoir une influence sur la reproductibilité du test, et des instruments de mesure précis (Powertap pour mesurer la puissance, home-trainer Real-Axiom programmable sur ordinateur et à frein magnétique et cardiofréquencemètre Polar). Donc, hors de question de pratiquer le test comparatif sur des vélos différents, ou sur route (le vent varie d'une minute à l'autre), ou des jours différents (la forme varie énormément, la réponse cardiaque varie, la pression atmosphérique varie et les | |
échanges gazeux pulmonaires sont excessivement variables d'un jour à l'autre).
Il faut donc le même vélo mais aussi la même position (on choisit une position toujours identique, bras tendus soit en bas du cintre soit aux cocottes selon le braquet et la difficulté). Bien sûr, le même développement, donc sur le 53 (le petit plateau est exclu car le 39 n'existait pas encore au début du test, et on ne compare pas un 39 avec un 40...).
Le protocole doit être le plus identique possible entre les deux essais. Soit échauffement similaire puis test avec prise de mesures, changement de grand plateau, repos, prise de boisson de l'effort pour repartir dans des conditions quasi-identiques avec le plateau concurrent. Evidemment, ce double test est réalisé des dizaines de fois, parfois le rond en premier, parfois l'ovalisé, parfois à cadence de pédalage élevée, en vélocité (cp>100), parfois plus en force (cp<50) . En faisant varier l'intensité de l'exercice, mais jamais dans le rouge, sinon ce n'est plus reproductible, soit des puissances qui vont de 250 à 380 watts (la puissance étant contrôlée sur Powertap, la puissance du Real-Axiom n'étant pas d'une fiabilité suffisante). En faisant varier aussi la durée des tests, entre quatre à six minutes à puissance constante.
La conclusion de ces heures passées à pédaler et à changer de plateau est la suivante : si les plateaux Q-Rings apportent un gain de puissance, il n'est pas objectivable, donc inférieur à 1 watt ou à 1 pulsation cardiaque. Déçus, nous le sommes aussi, on aurait tant aimé être les premiers à prouver l'efficacité des plateaux "patatoïdes" sur des tests reproductibles. Mais il reste les autres tests, les non reproductibles.
Quelques exemples :
- test d'explosivité. Mesurer la puissance maxi sur un court instant (possible sur route avec le capteur de puissance Powertap), léger avantage au Rotor 1323 et 1321 watts maxi mesurés lors de quelques dizaines tentatives contre une fois 1315 watts avec un rond sur des tentatives certes un peu moins nombreuses. Mais c'est sur route, pas le même jour et l'énergie développée un si court instant est explosive et non contrôlable.
- test d'effort médical. Avec palier de 40 watts toutes les trois minutes, analyse des lactates à chaque palier, analyse des gaz expirés, mesure de la VO² directe. Mais il faut le faire deux fois, à plusieurs jours d'intervalle.
- tous les tests subjectifs. "J'ai gagné dix secondes sur une montée-test par rapport à l'an dernier !" Oui, mais c'était l'an dernier, pas la même préparation, pas la même météo, pas le même vélo... Ou "j'ai gagné dix minutes sur la Marmotte". C'est vrai, on y était, tu n'es jamais arrivé aussi prêt des meilleurs mais là aussi, même critique : météo, condition de course, matériel, rien n'est comparable. Et puis si on peut gagner dix minutes sur six heures d'épreuve de montagne, les pros vont gagner au moins cinq minutes. Et si un pro gagne cinq minutes dans chaque étape de montagne, le 20ème du Tour en Q-Rings va battre Contador, non ?!
On critique, on critique, mais il n'en est pas moins vrai que subjectivement, il semble bien qu'on se sente mieux sur longue distance. Alors ce n'est pas au point de gagner 2 km/h de moyenne sur la sortie du dimanche. Nos deux testeurs, un cyclosportif de bon niveau et un cyclotouriste assidu, ont remarqué sans être conditionnés par les pro-Rotor que la fin des longues sorties est plus facile. Une expression qui revient souvent dans les réflexions des utilisateurs : "quand on pète, on pète moins fort !" Autrement dit, celui qui sent qu'il va se faire lâcher car le rythme est trop soutenu, sait que ce moment va arriver, il le redoute mais c'est inéluctable, mais pas encore, jusqu'au virage, puis jusqu'au panneau. Ah, si ça pouvait tenir jusqu'au petit bois... Eh ben, ça tient ! En tout cas, ça tient mieux en Rotor, enfin semble-t-il ! Et le gain ressenti est d'ordre musculaire, une fatigue musculaire moindre.
Techniquement :
Le montage est simple, même s'il faut faire attention aux différentes positions possibles. A partir de la manivelle en position basse, le trou supérieur de l'étoile du pédalier doit correspondre au trou du plateau marqué au réglage choisi. Ne nous inquiétez pas, c'est beaucoup plus clair avec le dessin du mode d'emploi... Vérifiez bien qu'un ergot anti-déraillement est bien face à l'intérieur de la manivelle.
Il est nécessaire et obligatoire et rehausser son dérailleur avant. Il faut le régler sur le plus grand diamètre du grand plateau (soit comme si on avait un 56 pour un 53).
Le passage des plateaux ne pose pas trop de problème, même si les plateaux ne sont pas optimisés pour dérailler rapidement comme la plupart des grandes marques car leurs dents sont identiques et non usinées spécifiquement. Les maniaques du rendement pourront penser qu'il se perd là quelques millièmes de watt en friction. Les déraillements ne sont donc pas aussi rapides et fluides que sur plateaux ronds mais corrects avec un bon réglage.
Le fonctionnement est bon avec un léger bruit de chaîne tout de même. Une transmission neuve fait le bruit d'une transmission qui a déjà 1000 kilomètres environ. Il faut bien que la chaîne "monte" et "descende" suivant les variations constantes du diamètre des plateaux. Aucun problème sur le dérailleur arrière. On aurait pu craindre que son ressort se tende et se détende: pas du tout.
 | Les différents réglages. Il est conseillé de commencer en position intermédiaire soit 3. Bonne idée, et une autre bonne idée pour le non pointilleux, c'est d'y rester ! Mais si on est curieux, on peut changer pour les positions inférieures qui imposent un pédalage plus en force, ou vers les positions 4 et 5 privilégiant la vélocité ou la position "danseuse". C'est simple à comprendre. En position 1 ou 2, l'effort maximum intervient plus tôt et convient donc à ceux qui pédalent avec beaucoup de recul de selle et plutôt en force à la Hinault ou Ullrich. 4 | |
et 5 pour les adeptes de la moulinette, pour les gens très avancés type triathlon ou chrono et pour les fanas de la danseuse. On peut panacher : petit plateau 4 car je monte souple et grand plateau 2 car je roule en puissance, ou l'inverse, c'est une question de feeling. Sinon 3 et c'est très bien...
Dernière possibilité : un rond et un patatoïde ! Et pourquoi pas ? Il nous a semblé que l'avantage est plus net en bosse. Donc Rotor sur le petit plateau et classique pour le grand. Inconvénient : on doit adapter son pédalage à chaque changement de plateau. Et alors ? S'il faut environ 500 kilomètres pour s'acclimater aux plateaux ovalisés, une fois que le geste est mémorisé, que le logiciel est créé dans le cerveau, il passe d'une fonction à une autre en quelques secondes maximum. Cela va peut-être choquer certains mais c'est ainsi, la fonction motrice de notre cerveau a une multitude de schémas-moteur et s'adapte très vite, comme votre femme qui, posant ses talons hauts, enfile ses pantoufles et marche d'emblée très honorablement... Donc avec Rotor, tous les panachages sont possibles ! Le poids : quelques grammes de plus à denture égale.
Et l'esthétique ?Personne n'achètera les plateaux Rotor pour leur beauté, c'est clair. Mais ils font des progrès, les noirs et versions chrono sont bien plus sympas à l'œil.
La compatibilité et la gamme Rotor :
Il ne se passe pratiquement pas de mois sans que Rotor n'augmente son offre. Le compact, le classique, le standard Campagnolo, le Shimano, les différentes couleurs d'anodisation, la gamme "aéro" (plateau plein), les différents choix de denture, la gamme est maintenant quasi-complète. A noter qu'il existe parfois une difficulté de montage sur des marques particulières, un petit limage est alors nécessaire. La chaîne Campa fonctionnerait moins bien que d'autres car trop étroite, à vérifier.
En conclusion :
Intellectuellement, le concept de plateaux ovalisés est attrayant. A priori, on croit aux gains de puissance apportés par la réduction du temps mort. Sur un démarrage, sans doute un peu, sur une durée de cinq minutes, rien d'objectivable. Sur des parcours longs, il semblerait que le gain soit non négligeable en terme de fatigue musculaire. Rien évidemment qui bousculent les classements que ce soit chez les pros (de plus en plus nombreux à l'adopter), en course, ou en cyclosportive
Sur nos deux testeurs, le cyclotouriste les a commandés en compact 50x36, il a été conquis dès le premier essai. On ne lui donnera que peu la parole car il dit : "je ne saurais me contenter de quelques remarques, trop séduit et trop convaincu de l'intérêt de ce produit". Le cyclosportif se tâte encore, déçu de l'absence de gain chiffré. Il demande à ressentir la différence avec un dossard dans le dos sur une grande cyclo. Ou peut-être en petit plateau seulement, "ça se verrait moins..."
Plus d'infos sur Rotor sur
www.rotorfrance.com. Pour toute question sur ce test matériel, vous pouvez nous contacter directement par email :
testvelo101@velo101.com.