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  Magazine  Journal de bord


  Journal de bord de Christophe Laurent (10 décembre 2008) (11/12/2008)

Journal de bord de Christophe Laurent : "chez Slipstream, j'ai compris la difficulté d'une intégration dans une autre culture."


© Vélo 101
Christophe, quels étaient vos espoirs au début de l'aventure Slipstream ?
"Je souhaitais d'un point de vue sportif découvrir de nouvelles courses et avoir un rôle un peu différent que par le passé. D'un point de vue personnel, je souhaitais apprendre l'anglais et l'espagnol en vivant en Espagne. Je voulais vivre une expérience différente, voir le cyclisme différemment, faire de nouvelles rencontres. J'avais envie de changement dans ma vie professionnelle mais aussi dans ma vie privée. J'attendais beaucoup de cette expérience, d'autant plus que c'est moi qui avais fait le choix de partir. C'est peut-être pour cela que j'avais des attentes différentes que si ça m'avait été imposé. Parmi ces attentes, certaines sont arrivées et d'autres pas. Je ne regrette rien mais je suis content de revenir en France un an avant la fin de mon contrat."

Pensez-vous avoir manqué des rendez-vous ?
"Je sais pas si on peut parler de rendez-vous manqués, mais le Tour de France restera une énorme déception. J'étais prêt physiquement et mentalement, j'avais ma place, mais bon c'est comme ça. Dans la tête, ma saison était terminée après ma non-sélection, pour la simple raison qu'on m'avait demandé de calquer ma saison sur cette course. Dans ce cas, je peux dire que les rendez-vous manqués sont les courses du début de saison que j'affectionne (Etoile de Bessèges, Paris-Nice...) et que je n'ai pas préparées en vue du Tour de France."

Que vous a apporté cette expérience néanmoins ?
"J'ai compris beaucoup de choses, la difficulté d'une intégration dans une autre culture, l'importance de la communication avec les autres, mais je me suis rendu compte aussi grâce à cette expérience que j'avais un équilibre autour de moi (famille, amis, repère géographique...) dont je ne pouvais pas m'éloigner pour être bien dans ma tête. Si je n'avais pas saisi cette opportunité, je l'aurais toujours regretté. J'avais besoin de cette expérience à l'étranger pour me rendre compte du confort psychologique que j'ai en France. Ca va m'apporter beaucoup pour mon avenir, qu'il soit professionnel ou privé. D'un point de vue humain, j'ai aujourd'hui un regard différent sur l'exclusion au sens large. Je fais plus attention à tout ça, et j'ai des regrets de pas avoir fait plus d'efforts avec certains coureurs étrangers quand j'étais dans des équipes françaises. Si ça doit se reproduire, je serai plus attentif. Mais je n'en veux pas à mes coéquipiers, car avec l'effet de groupe, on ne se rend même pas compte qu'un coureur à des difficultés d'intégration."

Vos relations se sont dégradées tout au long de l'année ?
"Dès le départ, j'ai senti que je ne me sentais pas bien à Gérone. La première déception est venue quand j'ai découvert que personne ne parlait espagnol dans cette ville mais seulement le catalan. A partir de là, j'ai compris que c'était râpé pour apprendre l'espagnol. Ensuite, les Américains sont arrivés seulement fin février. J'ai donc passé plus d'un mois tout seul car seul David Millar habite réellement là-bas à l'année. Ensuite, le programme que l'on m'avait fixé a commencé à changer dès Milan-San Remo. A partir de là, j'ai compris que ce n'était plus tout à fait comme on me l'avait promis. Comme dans la plupart des équipes, j'allais avoir mon programme de course modifié régulièrement, mais bon ça fait partie de notre métier, ça ne m'a pas beaucoup perturbé. Le gros clash est arrivé avec l'annonce de ma non sélection pour le Tour de France. C'est à partir de là que nos relations sont devenues plus houleuses. Une non sélection qui ne m'a jamais vraiment été justifiée, alors qu'à la base j'avais été recruté pour cette course, enfin si j'en crois les propos qu'on m'avait tenus pour me faire venir."

Que s'est-il passé alors ?
"J'ai décidé de revenir vivre en France et je n'ai plus fait aucun effort d'intégration ni de communication. J'ai même entamé des démarches pour quitter l'équipe car je me voyais mal repartir sur une saison supplémentaire. Nous avons discuté avec Jonathan Vaughters et j'ai eu son feu vert pour chercher ailleurs. Dans ma tête, je n'étais plus vraiment dans l'équipe, j'ai sollicité Agritubel et ses dirigeants, que je connais bien. Ils se sont montrés intéressés, nous sommes tombés d'accord rapidement."

Quels seront vos espoirs chez Agritubel ?
"Retrouver le plaisir de partir en course, de partager l'avant et l'après-course avec une bande de copains, et puis sur le vélo retrouver le niveau qui était le mien, attaquer et gagner... ma place sur le Tour. J'aimerai vraiment y être l'année prochaine. Il fait étape chez moi à Montpellier et pourquoi pas gagner l'étape de Gérone ! Je plaisante."

C'est un retour aux sources ?
"C'est en quelque sorte un retour aux sources. Disons que je voulais partir pour une équipe dans laquelle je serais sûr de bien me sentir. Chez Agritubel, j'avais cette certitude, je connais les dirigeants et ils me connaissent. J'ai toujours un petit temps d'adaptation et d'intégration dans une équipe. Chez Agritubel, je ne l'aurai pas. Et puis j'aime beaucoup les coureurs qui la composent, je les connais presque tous, on a la même philosophie. Je pense que chaque équipe a un état d'esprit qui correspond à la personnalité d'un coureur, et on va plus ou moins bien se sentir dans une équipe en fonction de ça. Agritubel me correspond et c'est déjà un gros plus pour être performant. Maintenant je dois faire ma place, il n'y a plus aucun coureur de l'équipe Agritubel 2005 et un seul (Gonzalo) de l'équipe 2006. Mais je suis confiant. Je tiens à conclure en remerciant quand même les dirigeants de l'équipe Garmin de m'avoir permis de partir et d'avoir été réglos sur les démarches administratives, c'est rarement le cas lorsqu'on rompt un contrat avant son terme."

Propos recueillis le 9 décembre 2008.


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