Interview de René Mandri (Auber 93)
Le 30/11/2006 10:07
Interview de René Mandri (Auber 93) : "c'est une joie de rallier une équipe comme Ag2r, dont on dit chez nous qu'elle est un peu estonienne."
On a connu Jaan Kirsipuu, meilleur ambassadeur sportif de l'Estonie dans le monde du cyclisme. On va devoir dorénavant se familiariser avec le nom de René Mandri. A 22 ans, ce dernier fait partie de la génération montante de son pays en compagnie de Rein Taaramae, petit prodige de la Roue d'Or Saint-Amandoise, sur lequel Cofidis à déjà pris une option. Vainqueur des Monts du Lubéron, pour ses débuts professionnels cette saison sous les couleurs d'Auber 93, et acteur d'un bon Tour de l'Avenir, l'ex sociétaire de l'EC Saint-Etienne Loire s'apprête à faire la découverte du ProTour au sein d'une équipe Ag2r Prévoyance plus que jamais ambitieuse. Le coureur balte, qui a déjà fait la démonstration de belles dispositions sur les routes de l'Hexagone, devrait selon toute logique s'avérer un renfort très apprécié au sein du groupe de Vincent Lavenu, déjà très riche en éléments de valeurs.
René, vous êtes tout juste de retour en France après votre coupure survenue au lendemain du Mondial ?
"Je viens tout juste de réintégrer Aix-les-Bains et la France après deux mois en Estonie. Un grand plaisir d'abord, il faut l'avouer, de retrouver les miens ainsi que les amis. Après une coupure d'un mois environ, j'ai repris l'entraînement depuis quasiment quatre semaines. Le climat n'était pas des plus propices à la pratique du vélo de route dans mon pays à cette époque, alors j'ai préféré faire du VTT sur les routes parfois un peu enneigées. 1000 kilomètres environ. Autrement, j'ai eu la surprise d'être fêté par mon club formateur de Jögeva pour ma médaille d'argent remportée au Championnat d'Europe en ligne de Valkenburg en juillet. Une grande réception le 24 octobre, entouré de mes copains Andrus Aug, Erki Putsep, Janek Tombak et bien d'autres. Les supporters, les amis autour d'un pot, très sympa."
En somme, vous êtes heureux d'entrer par la grande porte chez Ag2r Prévoyance ?
"C'est une immense joie de rallier une grande équipe comme Ag2r aux côtés de coureurs très cotés au niveau international. J'ai l'ambition de bien réussir mon intégration et donner raison aux dirigeants qui m'ont recruté. Je n'aurai fait que croiser mon compatriote Erki Putsep en partance lui pour Bouygues Telecom."
Comment êtes-vous arrivé dans le groupe de Vincent Lavenu ?
"C'est une histoire qui date de l'an dernier. J'ai été mis en contact avec Ag2r par mon manager de l'EC Saint-Etienne Loire, Gilles Mas, conjointement directeur sportif chez eux, sur la base des résultats obtenus dans la première partie de la saison. Un stage plutôt bien négocié avec leur équipe en août-septembre et un certain encouragement à bien progresser de la part de Vincent Lavenu lors de ma saison à Auber 93 pour signer un contrat fin 2006. J'ai en fait eu la quasi assurance de les rejoindre dès le printemps dernier. La concrétisation de cinq années de travail à l'AC Val d'Oise-Oddass d'abord, Tarbes Pyrénées Cycliste ensuite, et l'EC Saint-Etienne et Auber 93 pour finir."
Une tradition vieille de quelques années, quand on se souvient du passage de Lauri Aus, Jaan Kirsipuu et Erki Putsep dans les rangs de Vincent Lavenu ?
"Une tradition, certes, mais bien vécue de part et d'autre. La réputation du cyclisme français est bien établie dans mon pays. Il existe désormais un grand climat de sympathie de la part des amoureux de la petite reine chez moi vis-à-vis d'Ag2r. On dit même chez nous qu'elle est un peu estonienne."
Vous allez devoir encore convaincre, vous battre pour vous imposer dans une grande équipe. Comment vivez-vous ça ?
"J'aurai à cœur de ne pas rater mon début de saison. Je suis scrupuleusement le programme d'entraînement qui m'a été donné par Arturas Kasputis, mon nouveau directeur sportif. Je ne ressens pas de stress particulier dans la mesure où j'ai souvent traversé avec succès dans le passé les différents challenges auxquels j'ai été confronté."
Y aurait-il une pépinière de coureurs dans votre petite ville de Jögeva, quand on s'aperçoit qu'y furent aussi originaires des coureurs comme Lauri Aus, Andrus Aug, Erki Putsep et Janek Tombak ?
"C'est un peu le hasard si nous sommes tous originaires de cette petite ville et que nous avons été formés au sein de son club cycliste. Quand ont sait que Tartu, la ville où demeure Jaan Kirsipuu, n'est pas très éloignée, c'est tout le peloton estonien ou presque qui est originaire des provinces de l'est de mon pays. Une tradition qui n'est pas loin de se perpétuer quand on voit pointer de bons Juniors dans le club."
Le cyclisme est-il un sport très populaire chez vous ?
"Assurément de plus en plus, mais surtout sur le plan du cyclotourisme. De nombreux pratiquants sillonnent nos belles campagnes verdoyantes, dans le plus pur esprit écologiste. La compétition a quand même droit de cité puisque nous avons tout de même quelques courses professionnelles à Tallin et à Tartu. Le championnat national est aussi très populaire. Le cyclisme ne se classe en fait qu'en quatrième ou cinquième position au niveau popularité rencontrée auprès du public après le ski de fond, le premier sport en Estonie, le basket, le football et le handball."
Quels seront vos objectifs prioritaires en 2007 ?
"Essayer de gagner une épreuve de la Coupe de France. Ce serait tout simplement géant. J'ai toujours jusqu'ici plus ou moins réussi mes paris. Celui-ci en sera un. Il va falloir s'accrocher, j'en ai conscience. Une première année ProTour, il s'agit de ne pas la rater."
Vous avez participé à trois Mondiaux Espoirs, pour des résultats à peu près identiques aux alentours de la 20ème place. Satisfaction ou relative déception ?
"Autant ma 19ème place d'il y a deux ans a Vérone avait été vécue comme un bon résultat, mon 23ème rang cette année me laisse un goût d'inachevé. J'ai faisais partie de l'échappée du jour et je me suis vu repris dans les derniers kilomètres. Voir que tous les efforts étaient ruinés si près du but est quand même dur pour le moral."
Peut-on résolument vous classer dans la catégorie des grimpeurs au vu de vos prestations dans les cols des Alpes et des Pyrénées sur les différentes épreuves auxquelles vous avez participé à Tarbes Pyrénées Cycliste ?
"J'ai quand même des difficultés pour passer actuellement la très haute montagne. Cela a été assez criard sur le dernier Tour de l'Avenir. Je me classerais plutôt dans la catégorie des rouleurs puncheurs. Bien que je possède une certaine marge de progression, j'aurai peut-être du mal à combler cette lacune. J'ai découvert la montagne ici en France, puisque dans mon pays, nous sommes dépourvus de la moindre dénivellation."
Vous étiez bien dans l'allure dans les premières étapes du Tour de l'Avenir, où vous arriviez pour la gagne à Metz. Et puis vous avez sauté dans l'étape vosgienne pour terminer assez loin au final dans les Alpes. Explication ?
"J'ai accusé la fatigue en cours d'épreuve pour me consacrer ensuite à placer Julien Mazet, qui concourrait à un excellent classement au général. Au départ, je partais pour essayer essentiellement de remporter une étape. "
Avez-vous déjà une petite idée du calendrier qui pourrait vous être affecté pour votre première année ProTour ?
"Pour l'instant, rien n'a encore été défini. Je pense que cela va être plus ou moins abordé lors du premier stage que nous allons avoir du 7 au 15 décembre à Temple-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne."
Aimeriez-vous participer dès 2007 à des épreuves comme Paris-Nice ou le Dauphiné-Libéré ?
"Ce serait un rêve, j'en conviens. Mais j'ai conscience qu'il faudra pour cela être plutôt convaincant. Ce serait énorme pour moi. Le réalisme me conduit plutôt à penser que je me verrai assigner un programme intermédiaire, avec à la clé une participation au Tour d'Italie ou au Tour d'Espagne."
Après cinq années de résidence, vous sentez-vous bien intégré dans la société française ?
"Je le pense. C'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé la France. C'est vrai que j'ai vite maîtrisé la langue et adopté les coutumes."
Propos recueillis par Jean-François Modery le 29 novembre 2006.