Interview de Jean-Baptiste Wiroth

Le 14/04/2008 00:02

Interview de Jean-Baptiste Wiroth : "nous intervenons selon les besoins des sportifs de manière totalement personnalisée."

Jean-Baptiste, vous suivez des coureurs pros, amateurs, vététistes ou cyclosportifs, en quoi et jusqu'où va votre intervention auprès d'eux ?
"Nous sommes une société de conseil et nous intervenons selon les besoins des sportifs de manière totalement personnalisée. Pour certains, cela se limite à un programme sur mesure, avec un suivi minimum. Pour d'autres, la collaboration est beaucoup plus poussée, avec l'analyse de tous les enregistrements de puissance, une présence sur le terrain, un suivi nutritionnel... Il faut que le programme et le suivi conviennent bien aux attentes du sportif."

Il semble que les coureurs étrangers soient souvent plus ouverts aux nouvelles technologies, comme l'utilisation
des capteurs de puissance, des manivelles d'entraînement Powercranks, etc... Est-ce votre sentiment ?
"Oui, tout à fait. Il y a un certain conservatisme de la part des coureurs français. Les sportifs étrangers, en particulier anglo-saxons, sont beaucoup plus ouverts à ce qui est novateur. Quand on est proche du sommet, c'est en innovant dans les méthodes d'entraînement et dans les outils que l'on utilise que l'on peut progresser. Selon moi, le coureur qui veut atteindre le plus haut niveau de performance doit progressivement s'entourer de personnes compétentes, chacune dans leur domaine de prédilection (entraîneur, kiné, médecin, préparateur mental...). Le coach spécialiste de la puissance est une de ces personnes."

Comment l'expliquez-vous ?
"Cela tient à la mentalité des coureurs français qui ne sont pas toujours dotés d'une grande ouverture d'esprit. Mais c'est progressivement en train de changer. Avec le développement des moyens de communication, et notamment de l'Internet, les coureurs voient ce qui se fait ailleurs. Ils sont donc incités à adapter leur manière de fonctionner."

Pensez-vous malgré tout qu'on aille vers une démarche plus systématique au niveau des pros ? Et au niveau des cyclosportifs ?
"Cela vient petit à petit chez les professionnels, en particulier chez les néo-pros. De toute façon, la concurrence est de plus en plus féroce, donc pour gagner, il faut travailler sur tous les paramètres de la performance, y compris sur le plan des méthodes d'entraînement. L'un des problèmes réside aussi dans la frilosité des équipes à recourir à des compétences externes issues d'autres milieux. Chez les cyclosportifs, cela vient aussi petit à petit, mais les enjeux sont différents !"

Certains disent que dans cinq ans, d'autres dans dix ans, tous les pros auront recours au capteur de puissance, quel est votre sentiment ?
"Oui, c'est presque inéluctable, car un capteur de puissance comme le Powertap permet de mesurer en direct et avec une grande précision la puissance qui développée par le sportif. C'est donc un formidable outil pour mieux comprendre comment réagit l'organisme. Chaque effort peut être analysé a posteriori comme un test d'effort en laboratoire. Il faudra cependant former les sportifs et les staffs techniques pour qu'ils puissent maîtriser le formidable potentiel de ces appareils."

Qu'en est-il de l'approche des cyclosportifs en général ?
"La grande majorité des cyclosportifs se contente de rouler pour le plaisir. Certains sont dans une démarche d'optimisation mais ils ne sont pas majoritaires ! Bien entendu, tout le monde veut progresser."

Pour vous, est-ce un mieux en terme de performance mais aussi d'éthique ?
"La puissance permet de beaucoup mieux gérer le contenu qualitatif des séances tout en permettant de quantifier précieusement la charge d'entraînement. Bien entendu, la qualité de la préparation physique n'est qu'un aspect de la performance. Beaucoup d'autres paramètres ont une forte influence sur la performance : la qualité des apports nutritionnels, la préparation mentale, la précision des sensations... En terme d'éthique, le fait d'avoir accès aux données de puissance peut donner beaucoup de clarté à certaines performances douteuses. Je crois que la priorité actuelle du cyclisme professionnel, c'est la transparence !"

N'y a-t-il pas le risque d'une dépendance au "tout statistique" qui ferait qu'une fois un changement de matériel effectué, le coureur est perdu en même temps que ses stats ?
"Il est clair qu'un coureur avec des statistiques de puissance élevées n'est pas forcément le plus performant. Il ne suffit pas d'avoir une grosse PMA pour gagner des courses. C'est pourquoi il est important que le sportif puisse corréler ses sensations avec la puissance développée. L'analyse fine des sensations est indispensable pour ajuster sa stratégie en course comme à l'entraînement. Sur le plan des statistiques annuelles, le carnet d'entraînement a toujours été un outil très important dans la progression des sportifs. En intégrant les données de puissance, le carnet prend une autre dimension et se transforme en une formidable base de donnée."

Cette démarche vers plus d'analyse est-elle, selon vous, un bon moyen d'éliminer ou de réduire la relative consanguinité propre au vélo ?
"Tout à fait, le renouveau du cyclisme passe entre autres par la remise en question de certaines méthodes d'entraînement et de management. L'apport de compétences externes (physiologistes, entraîneurs qualifiés, chercheurs en sciences du sport...) ne pourra que contribuer à élever le niveau."

Vous avez l'ambition de créer un réseau de coach WTS, pouvez-nous expliquer en quoi cela consiste ?
"Le réseau WTS a pour vocation de permettre aux cyclistes de trouver un coach proposant un service de qualité, avec des programmes et un suivi totalement personnalisé, à proximité de son lieu de résidence. Pour le moment, nous avons cinq départements couverts (Alpes-Maritimes, Pyrénées-Orientales, Isère, Haute-Savoie et Bas-Rhin). Notre ambition est d'avoir un coach par département dans cinq ans. Bien entendu, chaque coach sera formé à notre méthode, en particulier en ce qui concerne la maîtrise des outils que sont les cardiofréquencemètres Polar, les capteurs de puissance Powertap, les manivelles d'entraînement Powercranks..."

De quel constat partez-vous ?
"Le constat de départ est que le coaching sportif nécessite une certaine proximité géographique pour être efficace. Etant basée à Nice, notre activité est restée principalement centrée sur la région PACA depuis six ans. D'autre part, nous avions régulièrement des candidatures spontanées de la part de personnes spécialisée dans l'entraînement. A partir de ce constat, nous nous sommes dit qu'il fallait fédérer toutes ces énergies pour répondre aux besoins des cyclistes en quête de progression et pour contribuer au développement de WTS."

L'idée est-elle de jouer sur la proximité plutôt que sur le nombre, l'éloignement que peuvent permettre les programmes d'entraînements à distance ?
"Les programmes à distance ne sont que la conséquence de l'avènement de l'Internet. A la base, le coaching efficace repose sur la relation entre un sportif et son entraîneur. Tôt ou tard, il faut que le sportif puisse rencontrer son coach pour franchir un cap et pérenniser sa relation."

Pensez-vous que le peloton cyclosportif soit réceptif à cette approche plus technique du vélo, en terme de performances, notamment lié au fait que les cyclos ont moins de temps à passer sur leur vélo ?
"Selon moi, il y a deux logiques pour un cyclosportif : soit il adopte une logique orientée vers la performance, soit il adopte une logique orientée vers le plaisir sans contraintes. Dans le premier cas, il se dit qu'il a peu de temps pour rouler, qu'il n'a plus de temps à perdre s'il veut progresser, et il doit donc optimiser son entraînement. Dans le second cas, il se dit qu'il va profiter des quelques heures dont il dispose chaque semaine pour se faire plaisir en roulant sans intellectualiser sa pratique. Toutefois, cette logique ne permet pas de progresser de manière vraiment significative. Les cyclosportifs qui nous font confiance veulent travailler avec des professionnels de l'entraînement pour se préparer plus intelligemment sans compromettre leur santé."

Propos recueillis le 10 avril 2008.
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