Interview de Laurent Jalabert, consultant pour France Télévision

Le 02/07/2008 09:28

Interview de Laurent Jalabert : "les Français sont décomplexés au niveau international, bien dans l'allure dans des courses difficiles, c'est encourageant."

Un petit mot sur les coureurs du Midi-Pyrénées qui ont bien marché lors des Championnats de France ?
"Je connais Jean-Christophe Peraud (champion de France amateurs, NDLR) à travers un Raid VTT en Tunisie. Il est très bon, ce n'est pas une surprise qu'il soit dans le coup. Je connais mieux Maryline Salvetat. Quant à Blel Kadri (troisième de la course amateurs, NDLR), je ne le connais pas personnellement mais je sais que c'est bien ce qu'il fait depuis longtemps. La suite logique, c'est qu'il passe chez les professionnels, il le mérite. Ce fera un Pyrénéen de plus donc pour moi ça me va."

Comment voyez-vous les Français lors du Tour de France ?
"Je suis très optimiste. Pour gagner non, mais pour animer la course et avoir une victoire d'étape, je crois que c'est possible.
Ils sont décomplexés au niveau international, on les sent bien dans l'allure dans des courses difficiles, c'est encourageant."

Regrettez-vous l'absence de Pierre Rolland sur le Tour de France ?
"Non parce que je pense qu'une saison et une carrière se gère et ce n'est pas parce qu'il a cartonné en début d'année qu'il faut le mettre à toutes les sauces. Ça serait le meilleur moyen de le griller. C'est un garçon qui promet pour l'avenir, qui est bon sur tous les terrains. Je pense que c'est juste de le ménager."

Comment jugez-vous l'évolution du cyclisme depuis votre retraite ?
"Je ne sais pas si le cyclisme a vraiment évolué mais il y a eu des bouleversements et des remises en cause. Mais au final on est à peu près toujours dans la même situation. Il faut garder l'espoir car il y a des coureurs qui se battent, des jeunes qui sont motivés pour faire du vélo. C'est important parce que aujourd'hui, être cycliste, ce n'est pas évident de le crier haut et fort."

On remarque tout de même que le public s'amasse encore sur le bord de la route.
"Le cyclisme reste un sport populaire parce que le public n'est pas dupe, il a compris que la tricherie, le dopage se trouvent dans tous les sports et que l'hypocrisie est ailleurs que dans le vélo. Il y a sûrement des choses à améliorer mais on a tellement d'avance sur les autres… Quand tout leur pétera au visage, on vivra des jours heureux."

Dans ce sens, le passeport biologique est-il une arme efficace ?
"Je ne saurais pas jugé parce que je ne sais pas si les contrôles ont été pratiqués comme il le faut. C'est peut-être un peu tôt pour juger si le passeport sera efficace."

Mais pouvons-nous être confiant à propos du dopage sur le prochain Tour de France ?
"En tout cas, je trouve que l'approche est plus calme que lors de ces dernières années. C'est un point positif. Après je pense aussi qu'il va y avoir encore une population sur le Tour à l'affût du moindre scandale. S'il n'y a pas de scandales, ça ne va pas les intéresser."

Ne pas engager Astana sur le Tour de France a apaisé tout le monde ?
"Oui, c'est bien. Il faut que ce Tour se passe comme il faut. Qu'on ne commence pas en se disant est-ce que celui est clair ou pas ? Dès qu'il y a un doute, les gars ne sont pas là et c'est mieux comme ça."

Etes-vous favorable au retrait des oreillettes durant les courses ?
"Ah oui, tout à fait. Je trouve tellement de points négatifs et très peu d'intérêt que je suis contre."

Le motif de la sécurité des coureurs ne tient pas ?
"Alors sur la sécurité des coureurs, d'accord, il faudrait une oreillette. Mais avec Radio Tour ! Tu as toutes les informations qui sont répercutées dans les voitures et vers les oreillettes des coureurs. Mais pas de contacts directs entre les coureurs et les directeurs sportifs. Aujourd'hui tu ne sais plus qui a du talent, qui est doué et qui est téléguidé. On les habitue de plus en plus jeune avec ce système et ils n'apprennent plus à courir, ils se laissent guider. Quand l'oreillette tombe en panne, quelques uns sont perdus."

Le conflit entre ASO, la société organisatrice du Tour, et l'UCI, la fédération internationale vous attriste évidemment ?
"Je suis triste pour le vélo, tout simplement. Tout ce conflit ne fait pas avancer les choses même si je comprends la position d'ASO qui défend son bien. Tu as une entreprise, tu n'as pas envie que le voisin vienne gouverner chez toi. Je suis également conscient qu'ASO fait énormément pour le vélo, pour la promotion de ce sport, chez les jeunes. ASO a repris pas mal de courses qui seraient déjà mortes depuis longtemps s'ils n'avaient pas été là."

Personnellement, ambitionnez-vous d'établir de grosses performances sur des épreuves de triathlon Ironman dans le futur ?
"Non, j'ai fais du triathlon pour me faire plaisir. Il faut être honnête, quelques fois en course, le plaisir n'y est plus trop mais l'envie revient tout de suite après. Je reste passionné par l'effort, par l'entraînement et le triathlon est un sport qui permet de varier les disciplines. Faire que des cyclosportives ne m'intéresserait pas. Avec le triathlon, je côtoie des sportifs amateurs, il y a un esprit de groupe, une aventure humaine. Je trouve là un équilibre qui me plaît en retrouvant l'état d'esprit que j'avais quand j'étais jeune coureur."

Propos recueillis le 29 juin 2008 à Semur-en-Auxois.
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