Interview de Thierry Adam, commentateur pour France Télévision
Le 03/07/2008 17:55
Interview de Thierry Adam : "pour le Tour, on essaiera d'avoir une harmonie entre nous et de donner un beau concert."
Avec quel dispositif France Télévisions va-t-elle aborder le Tour ?
"Le dispositif restera aussi exceptionnel que celui de l'an dernier. Cependant l'esprit sera nouveau. On prend l'antenne de 11H à 18H avec un fil conducteur comportant divers tiroirs. Le tiroir du matin, le tiroir du direct, le tiroir d'avant, le tiroir d'après. Tout cela reste un fil conducteur mais la philosophie sera d'être encore plus proche du téléspectateur."
Comment allez-vous vous y prendre pour être au plus près du téléspectateur ?
"Nous allons essayer de l'intéresser. Comme si moi j'étais assis dans le canapé et que je me posais des questions. Le spectateur se pose lui aussi des questions. Je pense aussi qu'unLaurent Fignon ou un Laurent Jalabert, c'est ce qu'on fait de mieux pour donner la réponse."
Au final, comment serez-vous organisé ?
"La seule réelle nouveauté est une voiture de plus avec une caméra et un journaliste. On aura un consultant historique avec Jean-Paul Ollivier, plus de motos, plus de voitures…Normalement, je pense qu'on va réussir à s'en sortir !"
Et dans un plus long terme, le groupe France Télévision a-t-il des projets pour innover ?
"Oui. J'ai vu chez les Suisses des caméras sur le vélo mais je ne suis pas convaincu que ce soit aussi efficace qu'en Formule 1. Pour les micros sur le vélo, je doute également que cela apporte un plus. La seule chose qui serait intéressante, c'est de mettre un journaliste dans l'hélicoptère. Actuellement le dispositif est suffisant, on a une base de données interne."
Est-ce que le cyclisme est un sport télégénique ?
"Oui, tout à fait. On a touché le fond à un moment. Tout le monde a été emmené avec cette mauvaise période. Je crois qu'aujourd'hui j'ai un esprit neuf. Je ne suis pas naïf mais on va tenter de redonner de l'espoir. Le cyclisme plaît aux gens, c'est un sport populaire. On doit pouvoir arriver à retrouver le cyclisme des années précédentes."
Que faut-il faire pour y arriver ?
"Ce qu'il faut, c'est un Français devant. Le jour où on aura retrouvé un Hinault, un Fignon ou un Jalabert, tout ira beaucoup mieux. Avec Sylvain Chavanel déjà, c'est beaucoup plus facile de parler vélo."
Comment sont distribués les rôles entre vous et les consultants ?
"On essaie d'avoir une harmonie entre nous. Sur le Tour, j'ai tout fait que ce soit sur la moto, ou fabriquer des sujets. Aujourd'hui, je suis bien placé pour ressentir les choses et décider quand il faut aller voir un consultant, aller voir l'autre consultant. Du coup dans l'équipe, il y a un très bon état d'esprit et tout le monde me connaît bien. Pour le Tour, ma philosophie est de me dire que je suis le chef d'orchestre avec des solistes. On joue et on veut qu'à la fin, les gens se disent que le concert était bien !"
Combien de personnes le Tour génère-t-il chez France Télévision ?
"Entre tout le staff, les techniciens, les chauffeurs, les cameramen... Je pense que nous ne sommes pas loin de 300 personnes. C'est une grosse responsabilité mais je n'ai pas pour autant la pression. Je ne cours pas, je ne pédale pas, je ne vise pas la victoire d'étape, ni le maillot jaune ! La seule pression que j'ai, c'est de satisfaire mon public."
En tant que commentateur, depuis combien de temps vous préparez-vous à un évènement si médiatique ?
"Je m'y prépare toute l'année. Du jour ou le Tour est présenté, je m'imprègne. L'année dernière, je me suis dit après-coup, comment j'ai fait en arrivant aussi tard, avec aussi peu de préparation. Après on aime ou on n'aime pas, on ne peut pas être aimé par tout le monde. Il y a des gens qui ne vous connaissent pas et qui ne vous aiment pas. Etre apprécié des coureurs et des gens du milieu, c'est beaucoup plus facile. Il faut savoir vivre avec le Tour, transpirer avec le Tour et ça durant toute l'année. J'ai appris à vivre Vélo."
Vous avez les JO à préparer également ?
"Oui mais c'est beaucoup moins dur que le Tour de France. J'y serai avec Laurent Jalabert et j'ai déjà fait les Jeux d'Athènes en 2004. Les Jeux, c'est un grand critérium qui dure quatre jours. Le contre-la-montre n'est pas très télégénique. Pour la course en ligne, je pense qu'il est plus difficile d'obtenir le maillot que de commenter. Et je ferai également le BMX, les interviews pour le cyclisme sur piste et la deuxième semaine de football en intégralité sur France 4."
Cela vous tracasse-t-il ?
"Non du tout, rien ne me tracasse. Il faut savoir que la télévision n'est pas ma vie. Le sport est ma vie mais pas la télévision. Demain je peux arrêter de faire de la télé, je vivrai toujours. J'ai une vie à coté, des passions, j'organise une course cycliste, je joue au foot, j'ai des enfants, j'ai gardé ma maison à Amiens parce que c'est une ville que j'aime."
Comment va se dérouler le Tour selon vous ?
"Le Tour va être bon cette année. Et cela, sur tous les niveaux, même sur le dopage. Il y a bien un idiot qui va se faire prendre mais tant pis pour lui. Il n'y aura pas de pitié avec moi. Du côté français, les coureurs seront prêts, ils le sont depuis le début. Le cyclisme est dans un renouveau et personne ne peut dire le contraire. A mon avis cela va être l'évènement de l'année et les audiences seront là."
Préférez-vous le cyclisme ou le football ?
"Je préfère le cyclisme au foot. C'est plus dur à commenter mais ce n'est pas un concours avec le téléspectateur si je reconnais plus vite un coureur que lui ou non. Je veux que les gens passent un bon moment devant la télé."
Vous êtes l'organisateur du Grand Prix de la Somme, plus tard pensez-vous organiser d'autre course ?
"Il faudrait que j'intègre ASO alors ! A Amiens je suis juste revenu car ce sont des amis qui organisaient et ils avaient besoin de sang neuf. L'idée, c'est sans doute d'organiser le Championnat de France en Picardie. J'ai déjà une idée de la ville et du circuit dans la Somme. L'exemple de Semur-en-Auxois avec son décor me plaît bien."
Propos recueillis le 29 juin 2008 à Semur-en-Auxois.