Interview de Cyril Dessel (Ag2r La Mondiale)

Le 22/07/2008 18:07

Interview de Cyril Dessel (Ag2r La Mondiale) : "pour un Français, le Maillot Jaune est quelque chose qu'on se rappelle plus qu'une victoire d'étape."

Cyril, vous remportez une étape du Tour de France après un début de Tour médiocre. La journée de repos vous a fait du bien ?
"C'est vrai que les sensations étaient moins bonnes depuis le début du Tour que sur une course comme le Critérium du Dauphiné-Libéré. Pour cette raison, j'avais du mal à aller dans les échappées. Les sensations étaient moins saignantes. Dans le final, je n'arrivais pas à accompagner les meilleurs. Cela dit, je savais que si j'arrivais à aller dans une échappée, avec ma motivation, je serais capable de faire quelque chose."

Et vous êtes parvenu à saisir la bonne échappée...
"Au début, je ne croyais pas la victoire accessible. Il y avait en tête de nombreux coureurs, de bons coureurs même. J'ai pensé qu'il serait difficile d'aller au bout. Nous avons fait une bonne
partie du travail dans l'ascension de la Bonnette. Au sommet, j'ai vu qu'il ne restait plus grand-monde. C'est là que j'ai commencé à penser à la victoire, au sommet, quand nous avons été réduits à quatre concurrents."

Dans le dernier kilomètre, vous avez attaqué au bon moment. Connaissiez-vous le final ?
"Effectivement, je savais qu'il y avait un virage serré à quelques mètres de la ligne. Je ne sais pas si d'autres coureurs avaient regardé le road-book ce matin. Sur le Tour de France, on a la chance d'avoir des livres de route très détaillés. En plus, les directeurs sportifs ne manquent pas de nous communiquer des infos sur le final, surtout quand c'est un peu technique comme aujourd'hui. C'était pareil à Bagnères-de-Bigorre, où j'ai fini 3ème. J'ai géré sur la fin. Je savais que le final était tortueux."

Pourquoi ne pas avoir levé les bras en franchissant la ligne ?
"Je n'ai pas levé les bras pour ne pas me faire avoir sur la ligne. Je ne voyais pas ce qui arrivait derrière, alors tant pis pour la photo. J'ai préféré ne pas me relever avant la ligne franchie."

Bernard Hinault vous a glissé quelques mots sur le podium. Que vous a-t-il dit ?
"Il m'a félicité pour ma très belle étape ! Il a tendance à demander aux coureurs français de tenter, d'aller de l'avant, et il a raison, mais il faut avoir les jambes pour attaquer, aller dans les échappées, surtout dans les étapes de montagne. Bernard Hinault est content de voir gagner un coureur français."


Comment évaluez-vous une victoire d'étape sur le Tour par rapport au Maillot Jaune conquis en 2006 ?
"C'est sûr que lorsque j'ai porté le Maillot Jaune en 2006, j'étais déçu à l'arrivée, car pour moi ce qui était important, c'était de passer la ligne en levant les bras, de gagner. Avec le recul, j'ai compris que pour un Français, le Maillot Jaune est quelque chose qu'on se rappelle plus qu'une victoire d'étape. Mais sur un palmarès, une victoire ça marque. J'avais vraiment à cœur de gagner une étape. J'avais gagné dans les plus belles courses qui précèdent le Tour. Aux Quatre Jours de Dunkerque, au Tour de Catalogne, au Critérium du Dauphiné-Libéré. Le gros objectif, c'était le Tour."

Comment avez-vous appréhendé votre approche du Tour ?
"J'ai eu des pépins de santé qui ont perturbé mon approche, ce qui explique que j'étais moins bien dans les premiers jours. La journée de repos m'a fait beaucoup de bien. J'aurais aimé voir la famille, mais elle n'était pas là. Le bon coté, c'est que j'ai pu rester allongé dans la chambre toute la journée !"

L'an passé, vous aviez connu un coup d'arrêt avec votre toxoplasmose. Quand avez-vous repris confiance ?
"J'ai eu l'impression de toucher le fond, surtout sur le Tour 2007, parce que l'année d'avant, j'avais connu des moments fantastiques. Tout le monde savait que j'avais des problèmes de santé, et j'avais eu une approche difficile. J'étais en difficulté. Heureusement que j'ai eu la famille, les amis et l'équipe, qui m'a permis de me reposer pendant deux mois dans la foulée. Début novembre, il a
fallu me reconstruire. Je suis reparti de zéro. J'arrivais bien à enchaîner séance de musculation et entraînement sur le vélo l'après-midi. C'était encourageant car auparavant, je ne récupérais plus après deux jours de vélo."

Aujourd'hui, tout cela est du passé ?
"J'ai connu un début de saison difficile, mais j'ai eu le mérite de ne pas me décourager. Mon expérience m'a permis de savoir qu'on ne passe pas du niveau zéro au top niveau en trois mois de travail. Après les Quatre Jours de Dunkerque, j'ai commencé à ressentir des sensations qui ressemblaient à celles que j'avais par le passé. A ma façon de grimper, au braquet utilisé. J'ai retrouvé la lumière et la confiance à partir des Quatre Jours de Dunkerque. C'est là que j'ai cru en mes possibilités de retrouver le haut niveau, ce qui n'était pas le cas en début de saison, où le manque de résultat pouvait arriver à me faire douter."

Propos recueillis à Jausiers le 22 juillet 2008.
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