Interview de Pierre Boué, organisateur de la GBFI
Le 17/11/2009 00:04
Interview de Pierre Boué, organisateur : "j'ai la conviction et les preuves d'une exécution progressive de la Grande Boucle Féminine Internationale."
Créée en 1992 et portée avec courage et ténacité par Pierre Boué et son équipe durant près de vingt ans, la Grande Boucle Féminine Internationale disparaîtra des calendriers féminins l'an prochain. Sans le savoir, nous avons assisté cette année à la dernière édition de l'épreuve. Véritable moteur du cyclisme féminin, l'épreuve ayant permis aux filles d'escalader pour la première fois des cols de renom (le Galibier, le Tourmalet, le Ventoux, l'Alpe d'Huez...), la course ne repartira pas. Aussi, c'est avec beaucoup d'amertume envers une discipline et une catégorie qu'il aura défendues corps et âme tout au long des éditions passées que Pierre Boué fait le point avec nous sur la situation alarmiste du cyclisme féminin. Son désarroi, il a déjà prévu de le raconter dans un livre à paraître en 2011 et qui s'intitulera "Quand le cyclisme féminin perd les pédales..."
Pierre, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
"J'ai 51 ans, je suis marié et j'ai trois enfants. J'ai débuté ma carrière de journaliste à Toulouse après des études de droit et de journaliste. J'ai été appelé à la Mairie de Paris en 1983 où j'ai eu des responsabilités au cabinet du Maire de Paris. J'ai ensuite pris la suite du Tour de France féminin en créant la Grande Boucle Féminine Internationale en 1992. J'ai écrit trois livres dont la biographie de Jacques Chirarc en 1995. Je suis un pragmatique, iconoclaste, altruiste et fidèle à ses engagements."
Comment vous portez-vous après ces semaines tumultueuses ?
"Lorsqu'on est conscient de la mentalité de notre pays, on peut s'attendre à tous les coups bas, les plus puérils, iniques ou extravagants. Ma force réside en une concentration de tous les instants basée sur l'introspection. J'ai la chance d'avoir un refuge exceptionnel pour me ressourcer et recharger les accus. Mon épouse Anne partage ma vie depuis sept ans. Elle m'aide et pourrait témoigner du combat que je mène depuis qu'elle m'accompagne. Vous savez, les proches se transforment en des mirages comparables à l'horizon lointain entre le ciel et l'océan. Lorsque vous ne représentez plus rien, vous êtes mort ! Ceux qui m'ont presque adulé ont sombré dans ce tourbillon d'égocentrisme, d'indifférence, de mépris. L'homme reste l'animal le plus féroce de la terre."
Après dix-huit ans de mariage avec la GBFI, avec ses hauts et ses bas, la mort à été brutale, pouviez-vous la prévoir ?
"Il s'agit d'une campagne de dénigrement articulée sur des sentiments de jalousie, de défiance, de provocations incessantes. J'ai la conviction et les preuves d'une exécution progressive dont l'issue aurait dû intervenir beaucoup plus tôt. Vous comprendrez que je n'évoque pas ce récit et que je le réserve pour le livre "Quand le cyclisme féminin perd les pédales...", qui sera publié début 2011. L'Union Cycliste Internationale, bien épaulée par la Fédération Française de Cyclisme de l'époque, ont entamé une authentique guerre avec la complicité des services de l'Etat. Une offensive bien orchestrée par tous ces protagonistes et leurs alliés objectifs depuis 2000."
A qui en voulez-vous en particulier et pourquoi ?
"J'en veux à ce système dont l'intérêt principal est de nous faire croire qu'il défend une cause en servant ses intérêts personnels. Il y a des choses graves. Il faut briser le silence et dénoncer ceux qui sont les complices d'homicides. Tous les livres que j'ai eu la chance d'écrire ont été basés sur des témoignages. J'ai prévu de rencontrer 450 personnes avant de prendre la plume. Ceux qui ne voudront pas me répondre seront consignés dans mon livre. Tout ce processus sera encadré par un avocat. Il faut crever l'abcès car il s'agit de la survie d'un sport. Depuis 1992, rien n'a changé. Depuis presque 20 ans la France est encore à la traîne de la totalité des pays européens, pays de l'Est compris. Les politiques nous balancent à la figure des faux semblants sur la parité pour nous faire avaler la pilule. La France 'dégueule' les femmes qui réussissent. Nous sommes un pays de machos, de vieux gaulois rustres et grossiers. Le Français est un vrai paléo qui ne supporte pas la prédominance des femmes. Nous ne comptons que des victimes et dans tous les milieux. Yannick Noah est encore aujourd'hui vénéré par sa victoire en 1983 à Roland Garros, alors que personne ne se souvient que Mary Pierce a gagné la même chose en 2000, il y a neuf ans seulement ! Le public ne retient que les caprices de Surya Bonaly, qui a refusé de monter sur un podium, l'homosexualité d'Amélie Mauresmo, Marie-José Pérec qui claque la porte des Jeux Olympiques de Sydney ou encore récemment le renoncement de Laure Manaudou. Je suis un guerrier qui n'acceptera pas d'être assassiné pour rien !"
Vers quel avenir se dirige selon vous le cyclisme féminin ?
"Vous savez, mon jugement doit être mesuré car mon retrait pourrait être mal compris si je clamais 'après moi le déluge'. Personne n'est indispensable. Lorsqu'on connaît la situation du cyclisme français et international, on ne peut que craindre le pire. Vous n'entendrez pas quiconque s'en émouvoir car les autorités fédérales et internationales, les politiques, les journalistes et les forces vives du sport s'en moquent totalement ! Le cyclisme féminin va droit dans le mur."
Comment cela ?
"Trois symboles. Lorsque vous connaissez le niveau du cyclisme français, une des ses représentantes Karine Gautard raccroche à 24 ans. Nicole Cooke, championne olympique en titre cherche toujours des partenaires depuis deux ans. Elle a été contrainte de s'engager dans une équipe comme salariée sans avoir la garantie d'être leader et avec des exigences financières qu'il serait bon de ne pas évoquer pour ne pas que le cyclisme féminin s'effondre. Enfin la Suissesse Nicole Brändli abandonne à 30 ans. Luperini, 35 ans, Pucinskaite, 34 ans, Ziliute, 33 ans, continuent à briller au plus haut niveau en ayant remporté la Grande Boucle Féminine Internationale respectivement en 1995, 1998 et 1999. Cherchez l'erreur ! On perd la boule ! Que dire du cyclisme français lorsque Jeannie Longo n'a aucune opposition pour les sélections mondiales et représente la France aux Championnats du Monde à 51 ans. Elle sera aux Jeux Olympiques de Londres à 54 ans !"
Le milieu vous a-t-il dégoûté à tel point que vous pensez couper les ponts ?
"Je ne me vois pas revenir dans le milieu si ce n'est par l'intermédiaire d'un livre et certainement d'un film car je possède beaucoup d'archives. Je veux travailler sur ces projets avec mon épouse et le seul pour qui je garde une grande estime dans la famille du cyclisme, Alfred North. Il y aura peut-être aussi un album photos. Personne n'a émis le moindre regret de mon départ. Je suis parti dans le plus strict anonymat de la même façon que je suis arrivé en 1991. Une cyclosportive à mon nom m'a été proposée. Je n'ai pas besoin de ça pour être traité de prétentieux."
On vous sait passionné, enthousiaste, iconoclaste et besogneux. Vers quels nouveaux challenges vos qualités vont-elles vous mener ?
"Il est vrai que j'avais dans l'idée de monter une croisière sur le thème du sport féminin pour 2012. Je ne sais pas si j'aurai à cœur de poursuivre cette idée. L'écriture d'un livre est à la fois un devoir de mémoire et une obligation d'exprimer ma réflexion sur presque vingt ans de ma vie. Il s'agit d'un travail énorme. Rebondir dans le cyclisme me semble illusoire tellement ce milieu est corrompu, faux et nauséabond. Les actrices de ce sport m'ont également beaucoup déçu. Certains me suggèrent de m'investir pour le sport féminin mais dans un autre sport. Mon principal challenge est de retrouver un travail."
Vous semblez fourmiller d'idées...
" J'ai beaucoup d'idées mais une telle expérience m'interroge sur l'avenir. J'ai une famille que j'aime et à qui je dois beaucoup tellement elle a dû subir mes absences, mes soucis et mes préoccupations. J'ai du temps à rattraper et beaucoup d'amour à donner. Bâtir chaque année un parcours atypique pour des ingrates donne à réfléchir. Les concurrentes ne franchiront peut-être jamais plus l'Izoard, le Ventoux et le Tourmalet de leur vie. Elles ne reviendront certainement jamais en Corse ou prendre le départ dans les plus belles métropoles européennes pour une compétition. La peur du vide, les absences, la nostalgie risquent de condamner certaines et les mettre en face de la réalité. L'heure est venue de courir les tourniquets et de visiter et revisiter les mêmes circuits dans les départements. Les 'petites reines' ont été sacrées sans couronne et leur avenir s'apparente désormais à celui des troubadours ou des fous du roi !"
Propos recueillis par Emmanuel Chaillard le 15 novembre 2009.