P Mauduit :

Pros Publié le 03/08/2017 15:15

Philippe Mauduit, directeur sportif de Bahrain-Merida revient sur un Tour de France compliqué et sur les objectifs à venir.

Philippe Mauduit
© Vélo 101

 

Comment gère-t-on un Tour de France qui commence de manière si négative à Dusseldorf lors de la première étape ?

On gère comme on peut. On essaye de remettre les troupes en ligne et de fixer de nouveaux objectifs. Malheureusement, ça n’a pas été notre seul problème. On est arrivé avec des coureurs qui n’étaient pas vraiment à leur niveau parce qu’on s’est planté dans la préparation et il faut qu’on tire les enseignements de nos erreurs. Maintenant, c’est une jeune équipe, la première année d’existence de l’équipe. On a placé la barre un petit peu haut en voulant trop bien faire mais on s’est planté

On peut être satisfait quand même de la naissance de cette équipe et du podium de Nibali au Giro. On est la seule équipe naissante sur les 20 dernières années à faire un podium sur un grand Tour. Ce n’est pas toujours réalisable sur tous les Tours mais la pilule est difficile à avaler. Le Tour de France est important pour tout le monde. C’est une grande fête, on est passé à côté et c’est dommage.

Vous dites avoir commis des erreurs. A quel niveau ? Les coureurs sont arrivés trop épuisés ou vous vous êtes mis trop de pression ?

Ce n’est pas du tout un problème de pression parce qu’on ne l’avait pas du tout sur ce Tour de France. Le message était clair, on est là pour se faire plaisir, on est là pour aller dans les échappées, pour gagner une étape. Il y avait une certaine liberté d’agir. Maintenant, c’est vrai que nous sommes arrivés fatigués parce que trop couru en amont, parce qu’on a fait des stages trop intensifs et ça nous a mené dans le mur. Il y a des choses positives malgré tout. On a eu un super groupe, le staff a bien bossé. Les coureurs ont été solidaires dans la difficulté. C’est aussi dans ces moments là que l’on voit la qualité d’un groupe.

Au soir de la première étape quand vous perdez votre carte numéro 1 au général, comment avez-vous remobilisé l’équipe ? Quels ont été les nouveaux objectifs ?

Le premier soir, on a laissé tout le monde un peu libre de s’exprimer.  Ca a été difficile pour tout le staff, tous les coureurs parce que la blessure de Ion Izagirre était grave. Il y avait des inquiétudes concernant la suite de la carrière de Ion. On était tous très touché par cet accident.

Après le lendemain matin, on est reparti sur un nouveau Tour de France. On remotive les troupes avec de nouveaux objectifs. On les fait participer à l’élaboration de ces nouveaux objectifs de façon à ce qu’ils se sentent vraiment concernés. Et puis on essaye d’aller de l’avant. Malheureusement, on a pas réussi à le concrétiser sportivement.

Avez-vous l’impression que l’enchainement Giro-Tour de France est moins réalisable qu’avant surtout quand on vise le général ?

On se rend bien compte depuis plusieurs années que c’est hyper compliqué de doubler Giro-Tour. Giro-Vuelta, c’est réalisable mais pour le Tour de France, il faut absolument arriver frais et il ne faut pas oublier que lorsqu’un coureur arrive au Tour, il a déjà six mois de saison dans les jambes. Donc il faut essayer de bien calibrer le calendrier et ne pas se louper dans la préparation physique.

L'équipe Bahrain-Merida
© Sirotti

La carte numéro 1 pour la Vuelta sera-t-elle Vincenzo Nibali ?

Bien-sûr. Vincenzo Nibali reste le leader incontesté et incontestable de l’équipe. Et évidemment quand il s’aligne sur un grand Tour avec le palmarès qu’il a, on ne peut pas vraiment faire autrement que de le supporter à 100%.

Comment va être structurée l’équipe autour de Nibali ? Y aura-t-il des participants du Giro ?

Il y aura quelques coureurs du Giro mais malheureusement pas tous parce qu’on a eu des blessés grave. Kanstantsin Siutsou s’est fracturé le fémur et d’autres coureurs qui ont des petits pépins de santé. Mais il y aura l’ossature du Giro et à côtés quelques coureurs qui ont montré en début de saison qu’ils avaient le physique pour le faire. En général, la Vuelta, c’est aussi une belle occasion pour lancer des jeunes coureurs dans le bain. Actuellement, on a 14 coureurs en tête et on fera notre sélection définitive après le Tour de Pologne et Eneco.

Il y a plusieurs idées qui germent pour équilibrer les forces des équipes. On parle notamment de salary cap. Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi pas. Je crois que cela s’est déjà vu dans d’autres sports. Maintenant, a-t-on les moyens des contrôler tout ça ? Je ne sais pas. L’UCI est très confuse  sur la réglementation. On s’est rendu compte qu’il y a quelques années, ils avaient travaillé avec l’université de Lausanne pour gérer le calendrier des coureurs. Faire en sorte qu’il y ait un peu moins de directeurs sportifs et beaucoup plus d’entraineurs pour avoir un meilleur suivi et assistance des coureurs. Et finalement, ils devaient courir moins, s’entrainer et récupérer mieux avant et après les épreuves. Mais aujourd’hui, on se rend compte que l’UCI nous ajoute toujours plus de courses au calendrier World Tour. C’est vraiment un non sens. A un moment donné, ils font des choses bien puis ils détruisent tout, tout ça dans la même année. Ce qu’il nous faudrait, c’est une équipe dirigeante qui fasse preuve de bon sens. Rien n’est construit, on fait tout à l’emporte pièce. Une année, on part sur un projet et six mois plus tard on part sur un projet totalement opposé. Il faut une vision à long terme et aujourd’hui, elles sont souvent à court terme. 

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Safilo Mai-Juillet
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