Interview de Jérôme Chiotti

Le 25/10/2000 00:00

Après de longs mois d'absence, Jérôme Chiotti faisait son retour sportif à l'occasion du Roc d'Azur. Nous l'avons rencontré sur place pour une interview exclusive.

Vélo 101 : Bonjour Jérôme, c'est ton grand retour dans la famille du VTT, quels sont tes objectifs sur le Roc d'Azur ?

Jérôme Chiotti : Mon objectif sera de me donner à 100% de mes capacité naturelles. Si je termine dans les cinq premiers, je serais entièrement satisfait.

Vélo 101 : Au printemps dernier, il y a eu à la fois la naissance de ta fille Lou et tes révélations sur ton dopage, comment as-tu vécu ces moments ?

Jérôme Chiotti : L'un ne va pas sans l'autre. La naissance de ma fille a été le véritable déclic. Suite à mes révélations, ce fut un choc pour beaucoup mais j'ai cru sans doute naivement que les gens me suivraient.

Vélo 101 : Quelle a été l'attitude de ta famille et de tes proches ?

Jérôme Chiotti : Cela n'a pas tellement surpris mes proches dans la mesure où je les avais prévenus. Ma famille était au courant. Par contre, ceux qui ne me connaissaient pas et qui avaient des doutes sur mes performances physiques, parce qu'on arrive toujours à avoir des doutes sur les coureurs et leurs performances en elles mêmes, ont pu être déçu.
Il ne faut pas se voiler la face, à partir du moment où un champion signe un contrat de haut niveau, le dopage est un passage quasi obligatoire. Malheuresement, le dopage est un phénomène global contrairement à ce que les instances fédérales et internationales veuillent nous faire croire.

Vélo 101 : Tu dis avoir décu certaines personnes, de ton côté, as-tu subit des revers ?

Jérôme Chiotti : Je pensais que le ministère de la Jeunesse et des Sports me suivrait, il n'en fut rien. Quant à la fédération française de Cyclisme, elle m'a timidement suivi en reconnaissant que le mal était profond mais aujourd'hui, je me retrouve tout seul.
Cela m'a aussi permis de connaître mes vrais amis, c'est au moins une bonne chose, c'est positif.

Vélo 101 : Les Cycles Lapierre t'ont fait confiance en te faisant signer chez eux, avais-tu reçu d'autres propositions ?

Jérôme Chiotti : Mon ancien sponsor GT aux Etats-Unis m'a contacté mais nous ne sommes pas allés plus loin. Au moins, je les respecte car ils n'ont pas eu d'a priori sur moi.

Vélo 101 : As-tu participé à des compétitions depuis tes révélations de dopage ?

Jérôme Chiotti : J'ai participé à seulement deux épreuves, une chez moi dans l'Aveyron et une autre près d'Aurillac. Les organisateurs étaient vraiment sincères et intéressés par ma venue. Cela prouve qu'il reste des personnes qui souhaitent promouvoir un sport propre.

Vélo 101 : Le dopage est-il encore présent dans le peloton professionnel ?

Jérôme Chiotti : Je suis sûr que c'est encore d'actualité en l'an 2000 malgré tout ce que l'on essaie de nous faire croire. Il suffit simplement de regarder la moyenne horaire du Tour de France pour s'apercevoir du malaise. Si la moyenne n'a pas diminué, cela veut simplement dire que les coureurs ont continué à faire ce qu'ils faisaient autrefois. C'est une évidence !

Vélo 101 : Penses-tu avoir mis ta vie en danger en te dopant ?

Jérôme Chiotti : Oui, et la naissance de ma fille m'a fait réfléchir. Les coureurs sont complètement déconnectés de la réalité parce que l'EPO est utilisé depuis plus de 10 ans mais aucun coureur n'a encore eu des problèmes graves identifiés. Aujourd'hui, même les laboratoires ne connaissent pas les effets secondaires de l'EPO. Mais il y a aussi les corticoïdes, les hormones de croissance, les anabolisants. J'ai déjà utilisé quasiment tous ces produits, cela fait un cocktail plutôt dangereux et j'ai du mal à croire que l'on s'en sortira indemne.

Vélo 101 : Les médecins des équipes sportives sont-ils au courant ?

Jérôme Chiotti : Oui, ce sont même eux qui planifient tout. Lorsque je suis arrivé chez Festina, le docteur Ryckaert m'a dit "tu sais Jérôme, je ferais également ces injections à mes enfants".
Cela m'a mis en confiance mais cela prouve que ces gens là sont sans scrupule et qu'ils ne font ce métier que pour l'argent.

Vélo 101 : Que retiendras-tu de ta carrière sportive depuis tes débuts en 1988 au club de Millau ?

Jérôme Chiotti : Quelques joies mais surtout beaucoup de déceptions. C'est vrai qu'il y a eu des moments fabuleux, comme ma victoire aux Championnats du monde en Australie même si c'était à l'EPO. Les moments de déception ont été plus nombreux et notamment lorsque je faisais de la route en pro.

Vélo 101 : Dans 10 ans, comment envisages-tu le cyclisme ?

Jérôme Chiotti : Le cyclisme ne va pas bien et cela ne devrait pas s'arranger. A l'heure actuelle, ni les instances nationales, ni les instances internationales ne semblent vouloir reconnaître l'évidence que tous les sportifs pros se dopent. Le procès Festina arrive au bon moment et va le prouver. A partir de là, je ne vois pas comment un sponsor pourrait apporter 30 MF dans un sport gangrené par le dopage. Je suis vraiment pessimiste pour ce milieu. Il faut
repartir sur des bases saines.

Vélo 101 : Tu t'accordes encore combien de temps sur le vélo ?

Jérôme Chiotti : Au moins un mois jusqu'à la décision finale de l'UCI. Si je ne suis pas suspendu, j'ai un an de contrat avec les Cycles Lapierre que j'honorerai du mieux possible. C'est certain que je commence à avoir un dégoût profond du sport de haut niveau.

Vélo 101 : Maintenant avec le recul, regrettes-tu d'avoir avoué ?

Jérôme Chiotti : Non, il n'y a pas eu un moment de toute cette difficile période que j'ai regretté même si beaucoup de journalistes peu scrupuleux auraient souhaité me le faire dire.
Non, je ne regrette rien. Au contraire, je me fais l'ambassadeur d'un cyclisme propre. Je souhaite sensibiliser les jeunes en leur disant de faire attention.

Vélo 101 : Et Jérôme Chiotti à la FFC pour aider les jeunes ?

Jérôme Chiotti : Jamais, ces gens là sont bien trop peu scrupuleux et ont bien trop peu de moral pour penser un jour m'offrir un poste. J'ai tellement attendu d'eux que je ne peux plus me fier à ces gens là.

Vélo 101 : Connaissais-tu le site Vélo 101 ?

Jérôme Chiotti : Je ne vais pas mentir, non. Mais maintenant que je le connais, je serai là pour le promouvoir.

Merci Jérôme et bonne course.

Propos recueillis par Johnny Bolgiani le 21 octobre 2000.

NDLR : Jérôme Chiotti a terminé 5ème du Roc d'Azur, il a donc largement reussi son retour à la compétition.