Interview de Jacques Devi (1re partie)

Le 09/02/2006 10:40

Interview de Jacques Devi : "ça m'a toujours déplu de dire que les Américains ont inventé le VTT, ils ont optimisé la machine, point."

Jacques Devi fait partie des premiers personnages du VTT, sans doute même a-t-il été le premier. A l'époque où l'Internet n'en était qu'à se version militaire, sa moustache (qu'il a toujours), ses casques, son style, et ses coupes à l'iroquoise ont marqué les esprits. Deux années 1987 et 1988 et puis s'en va, jusqu'en 2005 où sa gouaille, son style et ses perfs sont revenus sur le devant de la scène. Un tapissier-décorateur se doit d'être haut en couleur, pourquoi-comment est-il arrivé au vélo, en est-il reparti puis revenu ? Tout ça, notre cycliste venu de Bagnols-sur-Cèze à Bedoin pour se faire la caisse sur la route, nous l'évoque, sans détours, ce n'est pas le style du personnage.
Jacques, les moins de 20 ans ne peuvent pas te connaître alors, fais-nous une petite présentation...
"Jacques Devi, 41 ans et demi, je tiens au demi, j'habite à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, et suis originaire de Sarrians dans le Vaucluse, pas bien loin d'ici. Le Ventoux, je connais."

Quel est ton passé vélo et quel était ton premier vélo ?
"Je devais avoir 9-10 ans, et le passé, ça a été Sarrians-Monteux, tous les jours à vélo : 17 kilomètres pour aller à l'école. Et puis, ça a été les petites courses, Minimes-Cadets. Quand le VTT est apparu, les premiers MBK tracker ont été achetés par mes parents et logiquement, je suis monté dessus et le gros déclic est parti de là. C'était en 1987. La première impression sur ce vélo, c'est pas compliqué, du VTT, on en a toujours fait. On venait dans le Ventoux avec des solex sans moteurs, les bases soudées par le père et on se faisait des descentes du Ventoux. L'évolution est arrivée, avec les 18 vitesses, les petits braquets. On a pas mal bricolé. On soudait des plateaux. 20-22 dents sur des triples, des TA à l'époque, avec des demi-boudins, sur des vélos normaux de route, on fairsait des chemins, et des cols. On faisait des cols sur la route, mais dès qu'il y en avait un sur les sentiers, on le prenait, on faisait déja du vélo tout terrain. Quand ces vélos sont arrivés, je les ai pris, et ça m'a plu de suite. Quinze jours après, je faisais ma première course à Lirac, où j'avais rencontré le vainqueur du Roc 86, Morel. Sur cette course, j'ai cassé ma chaîne au démarrage. J'ai courru de partout pour réparer, je suis reparti et à mi-course, je lui sentais la transpiration ! Je n'étais pas loin. La technique, je l'avais et je me suis dit que je pouvais y aller. Ca m'a emballé, et j'y suis allé."

Finalement, avec vos bricolages sur des vélos ou des solex, vous avez fait la même chose que les Américains en Californie, mais vous n'avez pas commercialisé vos idées ?
"J'ai des photos de mon press-book de 1987, dans le col du Conte, à faire les idiots. Les Américains sont forts pour commercialiser. Tout le monde a fait du VTT, de tout temps, des rallyes cyclo-muletiers. Ca m'a toujours déplu de dire que les Américains ont inventé le VTT. Ils ont optimisé la machine, point."

Toute ta famille a baigné dans le vélo ?
"Dans la famille, on est tous dans le vélo."

Comment se sont passées tes premières manches de Championnat de France ?
"A cette époque, le Championnat de France se déroulait par manches en effet. Je suis allé faire la première manche au Pilat, avec les frères Hosotte. J'ai gagné et petit à petit, il y a eu pas mal de monde. Ca bataillait, et j'ai gagné le premier Championnat de France de l'Histoire."

Quel était le sentiment parmi vous, les pionniers, c'était tout sauf la route ?
"Pas spécialement. En ce qui me concerne, c'était une autre discipline. Aller s'éclater en pleine nature, appliquer une discipline à part entière, car le vélo tout terrain est une discipline à part entière. Bien plus en contact avec la nature que le vélo de route, mais la base est la même, il faut pédaler, être costaud."

Jusqu'à quand a duré cette première phase ?
"J'ai arrêté en 1988. On va parler des choses qui fâchent, mais avec l'arrivée des sponsors, de l'argent à gagner, sont arrivés sur les courses des gars qui étaient malhonnêtes. En fait, des gars qui étaient suspendus pour dopage sur la route et qui venaient là pour prendre l'argent. J'ai tempesté auprès de l'AFMB, l'Association Française pour le Mountain-Bike, qui existait avant que le VTT ne soit intégré à la FFC, Stéphane Hauvette. Voir arriver des routiers avec cet état d'esprit était malsain, et en 1988, j'ai tiré le rideau. Je suis parti, je ne voulais pas jouer avec des tricheurs."

Pendant la transition, es-tu resté proche du vélo ?
"Je n'ai jamais arrêté le vélo. J'avais 20 ans, j'ai mis l'accent sur ma carrière professionnelle, tout en continuant de pratiquer le vélo. Avec mon épouse, on a fait de grandes traversées dans le monde entier, en cyclo-camping, jamais en tandem. On a fait de gros trucs, un mois de vélo, vélo chargé de 40 kilos, donc il fallait avoir de gros entraînements, il fallait être très entraînés. Six mois de préparation, pour un mois de vacances à vélo. Comme en plus, je suis un bon épicurien, j'aime les arts de la table, ça m'a permis de m'équilibrer à tous les niveaux."

A suivre demain...

Propos recueillis à Bedoin le 3 février 2006.
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