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Cyclo-cross

Matthieu Legrand sait ce qu'il veut

Publié le 28/12/2018 14:49

Matthieu Legrand est de retour à haut-niveau, à l'image de sa belle course mercredi sur la Coupe du Monde de Zolder, où il prend la 9ème place. C'est plus motivé que jamais qu'il aborde la fin de saison. Entretien.

Matthieu Legrand à ZolderMatthieu Legrand à Zolder | © Coline Briquet

Te voilà de retour à haut-niveau, en témoigne ton top 10 sur la Coupe du Monde de Zolder hier. Quel sentiment domine aujourd’hui ? 

Aujourd’hui je suis vraiment très satisfait de mon top 10 sur la Coupe du Monde de Zolder. Je retiens ma belle course, même si j’ai un peu les boules d’avoir crevé dans le dernier tour. Honnêtement, il y a quatre mois je n'aurais jamais imaginé retrouver un tel niveau, et encore moins l’équipe de France. J’ai entamé la saison de cyclo-cross pour une remise à niveau en vue de l’année prochaine. J’avais comme objectif d’approcher le top 10 sur une Coupe de France. J’ai décroché ce top 10 mais en Coupe du Monde, je peux être que satisfait, c’est même énorme. 

Tu as été l’un des animateurs de l’épreuve. Parti en septième ligne tu te retrouves en tête au premier virage et effectue une grande partie du premier tour en pole position. Qu’est-ce que tu t’es dit à ce moment ?  

J’ai été appelé en septième ligne, je pensais que j’allais faire une course de remontée. Sur la ligne j’ai commencé à gratter une ligne, puis deux, puis trois, jusqu’à me retrouver en quatrième ligne derrière Sandy (sourire). Je me suis bien faufilé entre les mecs, entre ceux qui partent faire pipi, d’autres qui parlent à gauche à droite, pour moi la course avait déjà commencé 10 minutes avant le départ. Du coup en partant quatrième ligne ça change tout, j’ai fait un gros start et je me suis retrouvé en tête au premier virage. A ce moment-là je me suis dit « c’est ton jour », je me suis mis à mon rythme pendant le premier tour. Ensuite Eli est passé en tête, j’ai pris sa roue, je me suis retourné et j’ai vu qu’on était plus que tous les deux, et là… Je me suis dit « oh punaise qu’est-ce que tu fais dans la roue du champion du monde ». Puis je me suis concentré sur ma course, je ne me suis pas laissé impressionner. J’ai quand même dû lever le pied, il faisait de trop grosses relances je n’aurais jamais tenu 50 minutes avec lui. Je suis resté lucide et j’ai préféré me mettre à mon rythme. 

Alors que tu étais en troisième position dans le dernier tour, tu es victime d’une crevaison. Penses-tu que sans ça tu serais monté sur la boite pour ton retour en Equipe de France ? 

Je suis passé deux ou troisième à chaque tour, sauf à l’arrivée. Peut-être que sans la crevaison j’aurais continué sur ma lancée, je ne le saurai jamais. J’avais vraiment de bonnes jambes, même quand le groupe de Sandy est revenu sur moi à deux tours de l’arrivée. Les mecs se regardaient tous pour savoir qui allait rouler alors je me suis mis devant à un bon rythme. Ensuite j’ai essayé de faire le travail pour Sandy comme me l’avait demandé François. Nous n'étions plus que quatre dans le groupe, à deux Français. Sans ma crevaison on aurait pu finir le boulot tous les deux et la troisième place aurait été pour un de nous. Sandy a fait le « taf » pour moi jusqu’à deux tours de l’arrivée, puis on a inversé les rôles. On a fait une très belle course d’équipe et je le remercie encore une fois. 

Matthieu Legrand dans le sableMatthieu Legrand dans le sable | © Jordi De Ryck

Après plusieurs mois sans vélo tu as décidé de remonter sur selle en début d’année. Peux-tu nous parler de cette période ? Tu avais besoin de souffler ? de vivre une « vraie » vie de jeune ? 

J’ai arrêté le vélo car j’ai enchainé pas mal de coups durs à cette période, que ce soit en vélo ou dans ma vie personnelle. On m’a fait de sales coups et ça m’a dégouté du vélo, je ne pouvais plus en entendre parler. Beaucoup disent « Legrand c’est un branleur » parce qu’ils pensent que j’ai arrêté uniquement pour aller en soirée mais personne ne sait réellement ce qui s’est passé. Je ne vais pas en dire plus mais maintenant je suis passé à autre chose et ça m’a rendu plus fort mentalement. Bien-sûr j’en ai bien profité, beaucoup même et grâce à ça je me suis rendu compte que ce n’était pas la vie que je voulais. Parfois je me regardais en me disais « c’est ça que tu es devenu », sortir tous les soirs ce n’est pas la vie que je veux avoir, je me dégoutais un peu parfois. Puis un jour j’ai repris doucement, pour rouler avec mon père et les copains avec comme objectif de reprendre du plaisir sur un vélo. J’ai refait de courses sur route et je me suis vite pris au jeu en retrouvant rapidement un petit niveau sympa. 

Tu sembles avoir gagné en maturité. Quelle est ta vision des choses aujourd’hui concernant ton avenir dans le cyclisme ? 

Je pense que c’était mon point faible et maintenant je suis persuadé que c’est l’un de mes points forts. Avant d’arrêter le vélo en juniors, je ne voulais pas être professionnel, je ne me voyais pas avoir une vie comme ça. Au final je faisais du vélo sans aucun objectif final, ça ne pouvait pas fonctionner. Aujourd’hui je me sens beaucoup plus mature, je sais ce que je veux, je souhaite être pro. Ça demande du travail et des sacrifices, je sais qu’en étant sérieux comme je le suis maintenant (ce que je n’étais pas du tout en junior), je peux faire de très belles choses dans le vélo, la preuve avec ma course à Zolder. Je suis entouré uniquement par des gens qui veulent mon bien et ma réussite, contrairement à avant, ça aussi c’est un gros plus. Je remercie ma famille, mes amis, ma copine, qui me soutiennent beaucoup et me motivent. Ils me poussent dans la réussite, je tiens vraiment à les remercier. 

Avec quel état d’esprit abordes-tu les dernières échéances de la saison, avec la Coupe de France de Flamanville ce dimanche et le championnat de France à Besançon mi-janvier ? 

Je l’aborde avec de gros objectifs, dimanche à Flamanville je serais très content de monter sur le podium. Pour Besançon, c’est différent j’y serai pour tenter de ramener le maillot de champion de France. Je ne veux pas un podium, je souhaite le titre. Ça sera très dur j’en suis conscient, Antoine semble sur une autre planète il faut l’avouer. Eddy est aussi très fort mais ils ont deux bras deux jambes comme tout le monde. Je peux créer la surprise, je vais mettre toutes les chances de mon côté, bien bosser pour être très fort le jour J. 

Matthieu Legrand et Sandy Dujardin après l'arrivéeMatthieu Legrand et Sandy Dujardin après l'arrivée | © Coline Briquet

En junior tu avais terminé sur le podium lors du France à Besançon, cela te rappelle des bons souvenirs ? C’est un circuit que tu apprécies ? 

Oui ça me rappelle de très bons souvenirs. En junior la dernière Coupe de France était à Flamanville et le Championnat de France à Besançon, comme cette année. Cela m’avait bien réussi, j’avais terminé troisième au deux. J’apprécie beaucoup ces deux parcours, ils me conviennent bien. 

As-tu dans un coin de la tête de décrocher une sélection pour le mondial ? 

Bien sûr, j’espère vraiment que j’aurai ma place. Je n’ai pas pu m’exprimer à la deuxième Coupe de France à cause de mes ennuis mécaniques. C’est la course et c’est dommage. La fin de saison sera décisive pour moi, mais dans tous les cas la saison est déjà réussie. Je n’aurais jamais imaginé retrouver un tel niveau aussi tôt, et puis si je ne suis pas sélectionné au mondial ça me permettra de mieux préparer la saison de route, où j’aurai aussi de gros objectifs. 

Que penses-tu de la domination de Mathieu Van der Poel ? 

Je pense que Xavier Macé doit se remettre au cyclo-cross pour aller calmer MVDP (rire). 

Par Maëlle Grossetête 

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