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Cyclosport

Les Témoins du Cyclosport #7 : Frédéric Ostian 1/2

Publié le 30/11/2018 07:15

Cette semaine, Frédéric Ostian, coach à WATTS'UP Coaching Vélo, nous révèle sa passion pour le cyclosport.

Fred, à quand remonte ta première cyclosportive ?

Merci de rentrer sans détours dans le vif du sujet…en me rappelant au passage que je fais partie des têtes aux cheveux gris (pour ceux qu’il me reste) ! J’ai une histoire d’amour avec ma première cyclo façon « je t’aime moi non plus » : la Marmotte. J’y suis venu en sortant de mes années junior ou j’avais eu quelques résultats prometteurs au niveau national. Je me souviens encore de mon braquet : 39x25. Et comme d’usage à l’époque : sans casque. Et pour répondre à la question…c’était il y a…27 ans !!!Fred Ostian MadeleineLa Madeleine | © K. Chenal

Tu étais venu là pourquoi ? 

J’ai toujours aimé la difficulté. J’avais donc dû me dire à l’époque (je dois dépoussiérer le disque dur car ça n’était pas le mois dernier) que tant qu’à faire une cyclo autant commencer par la plus difficile. Mais je n’étais absolument pas préparé. J’étais parti loin derrière sur la ligne de départ. J’avais fait un contre la montre pour revenir sur la tête de la course toute la montée du Glandon. Mais à partir du Galibier ça a été un calvaire. Il faut dire qu’à l’époque c’était 2 petits bidons et 2 pâtes de fruit dans les poches et surtout pas d’arrêts aux ravitos. Mais j’étais allé au bout. En me jurant de revenir. 25 ans après je terminais 7ème. Mais la boucle n’est pas bouclée. Je veux faire mieux.  

Vis-à-vis de ta pratique du vélo jusqu'alors, tu t'es dit quoi ?

J’avais probablement -et sans le savoir- posé les bases du métier que j’allais exercer 20 ans plus tard : quand on s’attaque à un monument comme celui-ci il faut être bien entraîné ! Je mentirais si je disais aujourd’hui que j’avais eu une révélation pour la discipline. J’ai maudit chaque mètre de la montée de l’Alpe d’Huez.

Depuis lors, comment vois-tu évoluer le cyclosport que ce soit sur le nombre d'épreuves, le nombre de pratiquants, l'arrivée des teams, celle d'organisations plus privées, (liste non exhaustive) ?

Ouf le sujet est vaste ! Cette question pourrait me faire parler des heures. Pour commencer la sémantique a changé mais au fond certaines choses restent identiques.  Par exemple on parle de « team » alors qu’on pourrait parler de club. Finalement ça n’est pas très différent. Sauf que l’appellation de team fait plus pro, plus moderne mais porte peut-être plus facilement à la critique que si on parlait d’une équipe de club…. J’ai toujours trouvé ça bien ces teams. Ça a aussi tiré notre discipline vers le haut en faisant venir des sponsors et contribué indirectement au développement du nombre d’épreuve. Car c’est un changement majeur. Certains week-end on peut faire 4 ou 5 cyclos de nos jours ! Quand on parle de crise du cyclisme ça laisse perplexe. Même si dans le même temps des belles épreuves FFC disparaissent. Mais c’est dans l’air du temps et l’on voit clairement aujourd’hui les limites d’organisations bénévoles dans une société ou les responsabilités deviennent extrêmement lourdes et complexes à gérer. Si les organisations de cyclo deviennent le fait de sociétés privées c’est que monter un dossier pour organiser une course devient un job à temps plein. Pour l’évolution du nombre de participants on semble atteindre un plateau sur de nombreuses épreuves. Mais c’est assez logique avec la multiplication des courses. Pour finir sur les teams ou les organisations privées qui suivent les coureurs je trouve juste dommage que cela puisse fausser la course en aidant certains à ne pas s’arrêter aux ravitaillements. Sur une Marmotte, pour jouer devant c’est très compliqué sans suiveur. Et c’est assez loin de l’esprit originel du cyclosport ou nous devrions tous être sur un pied d’égalité. 

Quelle différence ferais-tu entre le cyclosport à l'Italienne (avec des coureurs de 25 qui ne seront jamais pros et qui rentrent dans des teams, rémunérés en fonction des retombées médias !) et la Française ?

Objectivement on ne peut pas dire que nous avons une énorme concurrence d’étrangers sur nos épreuves Française. En tout cas pas plus qu’il y a 15 ans en arrière ou pour rester sur l’exemple de la Marmotte elle était déjà gagnée par des étrangers. Mon ami Didier Miranda est longtemps resté le dernier vainqueur Français. Et puis soyons honnêtes : il y a aussi des Français qui se concentrent à 100% sur le cyclosport. Et ça n’est pas un mal. Je suis personnellement pour la présence de coureurs de tous niveaux sur les cyclosportives et même des professionnels. Et dans l’immense majorité des cas ils se comportent en gentlemen en nous laissant la place. Même si nous avons tous des exemples contraires. Mais qui restent minoritaires. La seule chose finalement capitale c’est de garder cet esprit cyclosport : on s’arrête si quelqu’un est en danger, on se passe un bidon si on peut, on se tire la bourre à la loyale dans un bel esprit de camaraderie. On a tous un point commun au départ : l’amour du vélo.

On a un peu le sentiment de voir arriver des mercenaires qui voudraient vivre du cyclosport en France, alors que manifestement ça n'a pas de sens, ton sentiment ?

Là aussi il faut couper court aux légendes et aux fausses informations : on ne peut pas vivre du cyclosport en France. Les coureurs qui se concentrent à 100% aux cyclosportives arrivent certes à trouver des sponsors. Mais dans la grande majorité des cas cela reste sous la forme d’une aide matérielle. Et si elle est financière elle est vite utilisée pour faire face aux frais divers. Après les quelques coureurs à se spécialiser en cyclosport sont souvent critiqués. Mais pourquoi ? Premièrement ils ont la liberté de faire ce qu’ils veulent. Et deuxièmement beaucoup le font en première catégorie chez les amateurs. Aujourd’hui si ces spécialistes des cyclos n’étaient pas là les courses de prestige seraient gagnées par des coureurs élites (ce qui est aussi le cas). Le temps des « purs » cyclosportifs a changé. Les cyclos aujourd’hui c’est un très bon niveau même sur des petites épreuves. Les pros le disent. On entend aussi dire que les résultats sont faussés par rapport aux gens qui travaillent la semaine et qui ont moins de temps pour s’entrainer. D’accord mais même dans les pratiquants qui travaillent il y a des inégalités ; Entre le maçon qui est sur un chantier toute la journée et le cadre qui est dans un bureau on ne peut pas dire que l’état de fraîcheur soit le même le dimanche matin ! Je sais de quoi je parle puisque j’ai été longtemps cadre dans un bureau. D’où mon admiration pour les gars qui ont un job hyper fatiguant. Même si j’ai aussi connu pendant 20 ans le velotaf de nuit pour s’entrainer, ou le home trainer dans une chambre d’hôtel…Fred Ostian et Max BouetFred Ostian et Max Bouet | © Fred Ostian

Aujourd'hui, tu entraînes des coureurs pros, comme M Bouet, et des cyclos  dirais-tu que le niveau se rapproche entre les cyclos et les pros ? 

J’étais l’an passé avec Maxime Bouet sur les Bosses de Provence après avoir passé quelques jours chez lui. Il me disait qu’il trouvait que les ascensions se faisaient vraiment très vite. Il était impressionné par le niveau. Mais quand il faut mettre le 53-11 il n’y a plus grand monde qui peut suivre. C’est une des différences majeures par rapport au haut niveau amateur ou professionnel. Je cours la première partie de saison sur certaines épreuves élites comme Annemasse-Bellegarde et cela demande une bien plus grande polyvalence. Il faut grimper vite et rouler fort sur le plat. Gardons une lucidité en se disant que le niveau pro c’est une toute autre dimension. Quand ils viennent sur les cyclos c’est souvent en préparation ou pour faire plaisir à des copains ou un organisateur. En tout cas le niveau a considérablement augmenté en 10 ans. Ça c’est indiscutable. Il y a 5 ans sur la Marmotte en haut du Glandon nous étions 10, cette année nous étions 50… Mais l’exemple récent de Kenny Nijssen est intéressant : il est un des tous meilleurs cyclosportifs, il a été repéré par l’équipe pro Katusha pour y être stagiaire cet été et les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances. Bien qu’il semblerait qu’il n’ait pas eu beaucoup d’occasions de courir. Encore une fois le monde pro est…un autre monde ! Prenons-nous pour ce que nous sommes : des cyclosportifs ! Vouloir se prendre pour des pros c’est perdre l’esprit de notre discipline.

De la même manière, as-tu le sentiment que le niveau des cyclosportifs progresse sans cesse, comme le confirment les gars qui font des top 30 (où il est de plus en plus difficile de rentrer) //marathon ?

J’ai fait 5ème à l’étape du Tour en 2012 qui arrivait à la Toussuire (clin d’œil à mon ami William Turnes qui a également fait 5ème au même endroit 4 ans plus tard). Quand je vois le niveau aujourd’hui je me dis qu’un top 10 c’est un exploit pour lequel je signe de suite ! Pourtant c’était il y a 6 ans seulement. Avec quasi les mêmes devant (déjà Nicolas Roux). Ce qui change beaucoup c’est la densité de bons coureurs de nos jours.  Avant il y avait le top 5 et les autres. Maintenant il y a le top 20 et les autres (aucun sens péjoratif dans le mot « les autres »). Maxime Bouet fait la même remarque au Tour de France. Lui qui grimpe bien me disait qu’avant sur les étapes de montagne ils étaient 25/30 en haut des cols quand ça vissait fort. Maintenant ils sont 80. La préparation des coureurs a énormément évolué quelle que soit la catégorie. Et c’est clairement le cas en cyclosport. Où les premiers ont 6% de masse grasse comme les pros ! N’oublions pas qu’un garçon comme Nicolas Roux a été stagiaire pro (et il aurait pu faire bien plus en étant à la « bonne époque » du cyclisme), J-F Pessey un des meilleurs élites français, Nicolas Ougier, J-L Chavanon, David De-Vecchi ont été des années des excellents premières catégories FFC…

Combien de cyclosportives as-tu faites en 2018 ? 

12 cyclos et 9 courses FFC.

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