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Cyclosport

Les Témoins du Cyclosport #7 : Frédéric Ostian 2/2

Publié le 01/12/2018 07:30

Deuxième partie de notre entretien avec Frédéric Ostian : « Je suis extrêmement ferme au sujet du dopage ».

Tu as subi combien de contrôles anti-dopage ? de quand date ton dernier contrôle ? ton sentiment sur ça ? 

S’en est presque risible : je n’ai jamais eu aucun contrôle !!! C’est absolument anormal. J’ai gagné plusieurs courses et je pense avoir fait une bonne trentaine de podiums scratch au minimum. Et jamais aucun contrôle… Difficilement compréhensible quand dans le même temps Maxime est contrôlé 10 à 15 fois par saison. Je suis extrêmement ferme au sujet du dopage. C’est ce qui m’avait fait arrêter le vélo jeune car je ne voulais pas de ça. Je n’accepte aucune forme de triche.  Si aujourd’hui le milieu pro est bien plus propre -et j’en suis absolument persuadé- nous devons agir à la base.Fred ostian en EspagneCalpe-Espagne | © Fred Ostian

Serais-tu ok pour avoir des contrôles systématiques moyennant 1/2/3 euros de majoration ? Pour les tops 10 ? ou pour tous ceux qui prétendent à des podiums quel que soit l'âge ?

Non seulement je serais ok mais je le demande depuis longtemps ! Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il y a du dopage potentiellement à tous les niveaux sur les cyclos (et même dans des sorties du dimanche entre copain pour être le premier en haut du col !). Il faut contrôler les podiums et aussi au hasard. Nous ne pouvons pas tout attendre des fédés ou des instances organisatrices. Nous devons nous positionner nous coureurs pour un sport propre. Se positionner et revendiquer. Seul le sport propre est intéressant. Prendre le départ d’une course c’est un regard introspectif pour savoir qui l’on est vraiment, ce que l’on a «sous le capot». Bien plus que pour battre un autre coureur et finir avec son nom dans un journal qui aussitôt lu passera à la poubelle. En prenant des produits interdits quel intérêt ? On se ment à soi-même en n’ayant aucune chance de se découvrir réellement. Je le dis souvent aux jeunes : ne regardez pas la place, regardez ce que vous êtes capables de faire en vous donnant tous les moyens. C’est la seule chose intéressante. La gloire n’a aucun intérêt. Quand le projecteur s’éteint vous vous retrouvez bien seul. Les vrais amis ne se comptent pas en « j’aime » sur des réseaux sociaux. Tout ça c’est de la poudre aux yeux. Révélez-vous qui vous êtes vraiment. Ce voyage intérieur vaut vraiment le coup. J’ai trouvé dans le vélo des réponses à tellement de questions… On comprendra donc que je n’adhère pas avec le tatouage d’un coureur français qui a écrit sur son bras « seule la victoire est belle ». Non c’est le chemin qui est beau. Qu’importe le résultat. En plus j’adore ce coureur et je suis surpris de le voir arborer cette devise qui ne colle pas au personnage qu’il semble être.

De la même manière, des athlètes suspendus par une Fédération (FFME) ou étrangère viennent faire et gagner des cyclos sans entrave, comment juguler ça ? 

Les cyclos ont souvent été le repère de coureurs déjà suspendus dans leurs pays ou de retour de suspension.  Et il faut le dire : cela n’a rien de nouveau. Nous sommes dans un système d’antidopage qui laisse une seconde chance après une suspension. Dès lors que faire face à un coureur qui purge sa peine et qui revient faire des cyclos ? Il n’est pas hors la loi. Mais il en est de même en amateur ou chez les pros. La suspension à vie serait une solution. J’ai longtemps été pour. Mais avec l’âge je deviens moins extrémiste. En me disant que pour certains jeunes une suspension à vie pourrait les exposer au pire. Je pense carrément au suicide dans le plus terrible des cas. Mais 2 ans est clairement insuffisant. Je pense qu’une suspension de 5 à 10 ans est un bon entre 2. On voit bien aujourd’hui qu’au niveau pro il faut passer la vitesse supérieure. Tout a été amélioré. Les contrôles extrêmement pointus et efficaces grâce au développement de la technologie des appareils d’analyses. Reste la durée de suspension comme ultime levier pour dissuader le coureur de passer outre les règles. Pour ce qui est des organisateurs de cyclos ils ont 100 problèmes à gérer. Peuvent-ils être au courant de chaque cas de coureur qui aurait eu un contrôle positif ? Franchement j’en doute et rien n’est fait pour les aider. Encore une fois ils ont d’autres préoccupations. La première étant la sécurité des participants. Mais la lutte anti-dopage est difficile à lire et comme pour de nombreuses choses dans notre société on aime faire des coups d’éclats médiatiques pour dire (plutôt faire croire) que les problèmes sont résolus. Je pense au cas Armstrong. Pourquoi lui est-il suspendu à vie alors que des centaines d’autres coureurs ont fait la même chose et ne sont pas inquiétés ? Pour en faire un exemple ? Mais on en fait un martyr plus qu’un exemple. Et au final on ne comprend plus rien. 1 gars prend 1 an de suspension, 1 autre 2 ans, 1 autre 5 ans, 1 autre 10 ans. C’est incompréhensible.

Le 2ème de l'étape du Tour a été suspendu aux Etats-Unis et déclassé, des cas existent et sont connus, mais on a l'impression que vous les coureurs qui vous faîtes "voler" des podiums, vous êtes peu concernés, c'est une réalité selon toi ?  

Si on pouvait faire des contrôles sur toutes les cyclos de la saison 2019 on aurait peut-être un nombre de cas positifs à faire sourire Ricardo Ricco en personne ! Car oui les cas sont probablement nombreux. Et de toute façon quand on a un doute sur un coureur on sait qu’il y aura 99% de chances pour qu’il ne soit pas contrôlé. Mais que faire ? En effet c’est devenu presque une fatalité. Au départ de la Marmotte cette année j’étais interviewé. A la fin de l’interview j’ai souhaité bonne course aux 7500 participants en disant qu’il fallait respecter les règles et être propre mais pas seulement en gardant les papiers dans ses poches. Mais j’ai eu l’impression de gêner et de gâcher la fête en faisant allusion au dopage. Pourtant nous devons nous mobiliser. Mais je suis sans doute un idéaliste. Ce qui est difficile c’est que chaque performance peut devenir suspecte. Avec les ragots qui vont avec. Quand j’ai gagné ma première cyclo devant le team Scott de la grande époque j’ai très vite entendu dire que je prenais des « trucs ». La question reste entière : un vainqueur est-il condamné à être suspecté ? L’image du cycliste dopé est devenue tellement ancrée dans l’imaginaire que j’ai bien peur que la réponse soit affirmative. Aux repas entres amis j’ai arrêté d’essayer de convaincre les sceptiques qu’on pouvait faire un très bon Tour de France à l’eau claire. Pour le grand public cycliste = dopé. Et cela va prendre des dizaines d’années pour inverser la tendance. Les cas dans le milieu amateur et cyclosportif ne vont pas aider à changer cette image. C’est aussi la raison pour laquelle les instances doivent nous aider à avoir un milieu le plus propre possible. Oui c’est un appel à l’aide !!!Fred Ostian et fillePère et fille | © C. Petroz

Côté dopage mécanique, des magasins de vélo installent des moteurs électriques à 3000 euros et ont des listes d'attente, quid du dopage mécanique dans les cyclosportives qui existe déjà sans doute ? Pourquoi aucun organisateur (certains ont des moyens puissants) ne s'équipe pas ? quelle serait la solution selon toi ? 

Cette année sur la Granfondo St Tropez un des coureurs de tête avait un bruit de vélo très suspect en montée (je n’accuse pas mais c’était plus que troublant). A l’arrivée une personne de la fédé est allée regarder son vélo de près car d’autres coureurs avaient remarqué la « bizarrerie »… Mais sans équipement il faut au minimum démonter une tige de selle pour voir quelque chose. Ou plus simplement commencer par un peson pour voir si le poids peut être suspect et cacher une fraude mécanique. Car ne rêvons pas : avant d’avoir des moyens de lutte contre la fraude technologique en cyclosport il va falloir attendre un moment (même si David Lapartient a évoqué une aide pour le cyclosport). Alors que c’est bien plus simple d’attraper du monde que pour un contrôle antidopage. D’ailleurs les rares cas de fraudes technologiques avérés sortent du milieu amateur. Des garçons comme Christophe Basson font un travail remarquable. On ne peut pas dire que rien n’est fait. Mais nous manquons de moyens. Si J-C Péraud lit ces lignes …SOS !

Une cyclo à Avoriaz a mis l'accent sur les vélos électriques, y vois-tu un avenir ? quel type de batterie ? de classement soit côté performance chrono, soit côté performance d'autonomie ? quid d'une cohabitation entre les différents types de vélos ? 

Contrairement à de nombreux cyclistes qui ne voient pas toujours d’un bon œil le vélo électrique, je trouve que c’est une formidable porte ouverte pour découvrir des parcours trop difficiles pour des cyclistes peu entrainés ou plus âgés. Et tout ce qui fait la promotion du vélo est bon. J’ai récemment encadré un groupe de personnes qui reprenait le sport après une maladie. En vélo électrique on s’est amusé comme des fous. Maintenant le proposer en mode compétition me laisse plus perplexe. Car si la technologie se développe ça va devenir une course à « l’armement » pour avoir le meilleur moteur ou la meilleure batterie. Dès lors la performance physique passera au second plan. La meilleure cohabitation sur une cyclo est de leur réserver un parcours randonnée sans classement. Comme ça tout le monde y trouve son compte.

Penses-tu que le cyclosport prenne le bon virage en ce moment ? qu'est ce qui te rend pessimiste ? au contraire, optimiste ? 

Je suis un éternel optimiste. L’évolution du cyclosport est à l’image de notre société : plus vite plus haut plus fort. Comment pourrait-il en être autrement ? Il est pour moi clé de garder notre discipline sans enjeux financiers. Le vainqueur ne doit pas repartir avec un gros chèque. Sinon l’esprit n’y est plus.  Je suis aussi compétiteur en FFC. Quand je prends le départ en FFC je ne suis pas le même coureur. Quand je vais sur une cyclo je viens chercher une ambiance, un esprit. Et contrairement à ce que disent certains il existe toujours. Mais nous devons, nous coureurs, l’entretenir. Encore une fois nous ne pouvons pas tout attendre d’un organisateur. Il est également capital de savoir que les jeunes qui veulent prétendre au haut niveau se feront repérer en allant courir en élite. C’est le seul tremplin vers le monde pro. S’ils viennent sur une cyclo c’est pour s’amuser sur un beau parcours. Pas pour gueuler sur un gars (qui termine sa semaine de boulot) parce qu’il a sauté un relais. L’autre évolution qui fait plus peur est la professionnalisation des organisateurs. Les petits disparaissent. Car c’est épuisant d’organiser. Mais s’il reste 2 ou 3 grands acteurs qu’en sera-t-il des tarifs ? Tous à 100 euros comme l’étape du Tour ? Le cyclosport doit être accessible à tous. Car l’étape du tour ou la Marmotte deviennent des courses élitistes financièrement. Sur lesquelles l’esprit de camaraderie est en voie de disparition. Enfin le volet sécurité est primordial. Les organisateurs doivent sanctionner la prise de risque inconsidérée. Car les accidents auront la peau des organisateurs. C’est une certitude. Et là encore nous sommes les acteurs. Aujourd’hui ça va trop vite en descente.  C’est complexe car même des coureurs sensés ont parfois des moments de perte de lucidité. On est tous exposés à aller un peu trop loin dans les limites. Nous devons gentiment arriver à nous parler pour se rappeler à l’ordre quand nous perdons cette lucidité. Et pour finir l’aspect environnemental sera garant de la survie de notre sport. Le papier d’emballage dans la poche c’est une simple évidence. Une règle absolue. Et cela doit passer par la même obligation chez les pros. Car ils ont valeur d’exemple.

Compte-tenu de tout ça, et d'autres contraintes de sécurité, d'urbanisation, comment vois-tu le cyclosport dans 10 ans ? 

Les pouvoirs publics et notre société procédurière seront les maîtres de notre destin. Il pourrait être très facile demain de demander des sommes exorbitantes de dommages et intérêts à un organisateur en cas d’accident. Et ainsi de mettre la clé sous la porte. Aujourd’hui il n’y a pas de jurisprudence. Mais demain ? D’où l’importance de notre comportement exemplaire sur la route ! En se disant à chaque instant qu’une course se gagne en montée. Enfin les pouvoirs publics imposent de plus en plus de contraintes. Il faut bientôt un doctorat de droit pour monter un dossier pour la préfecture. Avec des autorisations toujours plus difficiles à obtenir. Jusqu’à quand ? Combien de petits organisateurs arriveront à suivre ? Dans 10 ans j’imagine les gros évènements toujours plus…gros. Des courses à étapes plus nombreuses. Avec beaucoup de professionnalisme comme on le voit aujourd’hui sur des épreuves comme les Hautes Routes. Et encore quelques irréductibles petits clubs organisateurs essayant de proposer des épreuves « familiales ». Mais je vois le tarif d’inscription bien plus élevé. C’est ma crainte. En tout cas le cyclosport a de beaux jours devant lui. J’en suis persuadé. Car nous vivons dans des sociétés dans lesquelles les loisirs ont une part grandissante. Car les gens ont besoin de sens. Et les bons moments conviviaux en vélo en sont un.

A qui souhaites-tu passer le témoin du cyclosport ?

Le choix est difficile. J’y ai tellement de copains. Mais quand on prend de l’âge ont devient beaucoup plus sensible aux gens qui durent et qui ont la passion rivée au corps. Car on est pleinement conscient de la difficulté pour se faire. Et puis les anciens sont bien souvent exemplaires à bien des égards. Ne recherchant pas la gloire mais l’authenticité. Aussi je ne pouvais pas passer à côté de J-L Chavanon qui est un des plus beaux représentants de notre discipline.

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