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Le point de vue de Nicolas Fritsch

Le Tour de l'Avenir révèle-t-il le futur vainqueur du Tour de France ?

Publié le 23/09/2016 09:30

"Se poser la question de savoir si les meilleurs coureurs du Tour de l’Avenir seront les meilleurs coureurs du Tour de France revient à se poser celle de savoir comment doit être effectué le recrutement des néo-pros."

Nicolas FritschNicolas Fritsch | © Nicolas FritschProfessionnel entre 1999 et 2006, 3ème du Tour de Suisse 2002, Nicolas Fritsch est aujourd'hui conseiller auprès de l'agent Clément Gourdin. Tous les quinze jours, il nous apporte son point de vue sur l'actualité cycliste.

"Le Tour de l’Avenir est couramment présenté comme le Tour de France des jeunes, plus encore depuis l’édition 2007, la première réservée aux coureurs âgés de moins de 23 ans. Dans un édito publié sur le site du Tour de l’Avenir, Brian Cookson lui-même, président de l’UCI, voit en lui « un rendez-vous incontournable pour les futurs professionnels du peloton mondial ».

Mais qu'en est-il réellement ? David Gaudu, Edward Ravasi, Adrien Costa et autre Tao Geoghegan Hart sont-ils les champions de demain, les stars qui trusteront les podiums du World Tour en général, et des Grands Tours en particulier ? A la lueur du passé de cette course et du présent du cyclisme professionnel, le futur de ces coureurs indiscutablement brillants n’est pourtant pas cousu de fil (de maillot) blanc (et encore moins jaune). Ainsi, sur les 27 coureurs montés sur le podium des 9 dernières éditions (sans 2016 donc), seuls une dizaine d’entre eux se sont réellement exprimés au plus haut niveau, même s’il est évidemment un peu tôt pour juger de la carrière des protagonistes des deux ou trois dernières éditions.

Il faut tout de même noter que l’année 2010 fut un grand cru avec un podium général final digne de celui d’un Grand Tour (Quintana, Talansky, Pantano) et des podiums d’étapes que ne renierait pas « son grand-frère » (dixit Christian Prudhomme) le Tour de France (Degenkolb, Phinney, Matthews, Kwiatkowski, Dowsett, etc). Pourquoi un pourcentage finalement faible pour une course pourtant censée être « un rendez-vous incontournable »?

Parce-que le cyclisme moderne, celui du World Tour, dense, homogène, parfois ultra professionnalisé (mais pas toujours…), n’est pas le cyclisme des espoirs !

Au départ du Tour de l’Avenir on retrouvait cette année 24 équipes de 6 coureurs, avec une forte disparité de niveau et de compétitivité. Moins de coureurs par équipe, moins de coureurs au total, moins de densité, autant de facteurs qui font que l’on se retrouve confronté à un cyclisme plus proche de celui des années 80 que des années 2000, avec des leaders très vite isolés et livrés à eux-mêmes et aux attaques des uns et des autres.

Alors certes, c’est spectaculaire, et cela nous rappelle au passage le débat quant au manque d’intérêt du dernier Tour de France et des mesures qui permettraient de le relancer, mais ce n’est finalement pas représentatif de ce qui se passe à l’étage supérieur, les prérequis ne sont pas nécessairement les mêmes et des qualités qui s’expriment sur le Tour de l’Avenir ne s’exprimeront pas forcément dans un autre cyclisme. Ce n’est pas une question de talent, c’est une question de contexte. Se poser la question de savoir si les meilleurs coureurs du Tour de l’Avenir seront les meilleurs coureurs du Tour de France revient d’’ailleurs à se poser celle de savoir comment doit être effectué le recrutement des néo-pros.

Les résultats bruts obtenus chez les amateurs ne suffisent évidemment pas, il faut avant tout partir des qualités qui permettent d’être performants chez les professionnels, et qui peuvent évidemment être différentes en fonction des différentes courses, pour recruter des coureurs dont les caractéristiques correspondent. Par caractéristiques il faut également entendre potentiel futur, peut-être même encore plus que capacités présentes : il est plus facile de perdre du poids que de gagner des watts !

Question : qui de l’évidence Warren Barguil ou de la révélation Tom Dumoulin achèvera sa carrière avec le plus beau palmarès sur les grandes courses à étapes ? Pour l’heure, et d’après les chiffres, c’est bien le Néerlandais, certes plus âgé d’un an, qui devance le Français, avec pour meilleur résultat une 6ème place au classement général final du Tour d’Espagne, contre une 8ème, et 5 victoires d’étapes réparties sur les 3 Grands Tours, contre 2 sur la Vuelta, sans compter les 12 jours passés avec le maillot de leader sur le dos…

Warren Barguil avait pourtant terminé 5ème du Tour de l’Avenir 2011 (avec une victoire d’étape), loin devant un Tom Dumoulin 16ème, avant de l’emporter l’année suivante. Evidemment leurs carrières sont loin d’être terminées, et je souhaite au Breton de combler son retard et même de dépasser son coéquipier et néanmoins adversaire, mais cette petite comparaison me paraissait pertinente entre deux coureurs d’une même équipe et à priori différents.

Pour conclure sur une note optimiste, David Gaudu est assurément très fort, et sa 9ème place sur le Grand de Prix de Plumelec avec les professionnels en mai ainsi que son comportement lors des derniers Championnats d’Europe espoirs disputés sur le même circuit laissent à penser qu’il n’est pas simplement un pur grimpeur pour qui les occasions sont rares de s’exprimer dans le calendrier World Tour, mais un coureur plus complet qu’il n’y paraît et apte à ne pas se laisser broyer par le rouleau compresseur qu’est le World Tour.

Mais un futur vainqueur du Tour se cache peut-être un peu plus loin dans le classement…nul ne le sait !"

 


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