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Les 101 qui font ...

Les 101 qui font le cyclisme français : François Pervis

Publié le 02/01/2020 08:00

Septuple champion du monde, auteur de l'inédit triplé keirin - kilomètre - vitesse individuelle à Cali en 2014, sprinteur le plus titré de l'histoire, il a incontestablement marqué la décennie passée. Portrait de François Pervis.

Dans l’Histoire de la piste mondiale, son nom apparaît au rang des légendes. Ancien sprinteur prodige et septuple champion du monde, cet homme a marqué la décennie passée de son empreinte. A l’aube des années 2020, il serait temps de se rappeler que se clôt peut-être la carrière d’un champion sans conteste, explosant les records pour briser l’impossible. Multiple médaillé mondial, ex-maître du keirin, du kilomètre et de la vitesse individuelle, il a également régné durant ses jeunes années sur les épreuves de vitesse par équipe, épaulé par une génération dorée de pistards tricolores. Ce jeudi, portrait du sprinteur le plus titré de l’histoire de la piste, portrait de François Pervis.François Pervis et ses médailles d'or mondialesFrançois Pervis et ses médailles d'or mondiales | © FFC 

Son parcours :

Tout commence au paisible Véloce Club de Château-Gontier, dont le jeune François Pervis décide de pousser les portes un jour de l’année 1996. Curieux et volontaire, il s’essaye à tous les terrains avant de jeter son dévolu sur la piste lors de son entrée chez les juniors. Le succès est alors immédiat, instantané et foudroyant. En 2001, avec Mathieu Mandart et Mickaël Murat, il survole les épreuves internationales de vitesse par équipes, se hissant avec ses compères au sommet des championnats d’Europe Junior, enchaînant avec une seconde place aux mondiaux. Aérien lors de l’année suivante, il dépasse sa trace en atteignant la première marche des mondiaux, qu’il complète avec deux autres médailles sur les épreuves du kilomètre et de la vitesse individuelle.

Sa moisson de médailles chez les juniors complétée, il découvre la catégorie élite en 2003 en disputant plusieurs manches de la coupe du monde. Signe de sa réussite prodigieuse, il ne lui faut que quelques mois pour s’en adjuger une, en vitesse par équipes, qui plus est sur la mythique piste d’Aguascalientes. En parallèle, ses participations aux championnats espoirs ne marquent même pas de temps d’adaptation. En récoltant trois médailles d’or aux championnats d’Europe entre 2003 et 2004, François Pervis s’affirme avec autorité dans le monde de la piste mondiale, profitant du savoir-faire tricolore dans la discipline. Ses exploits ayant d’ailleurs tapé dans l’œil du Directeur Technique National (DTN), le mayennais se voit propulsé au sein de la sélection française aux Jeux Olympiques d’Athènes, alors qu’il n’a même pas vingt ans. S’il ne parvient pas à grimper sur le podium, il décroche toutefois une encourageante 6e place au kilomètre individuel, le prédestinant dès lors à un avenir florissant.François Pervis aux JO d'Athènes en 2004François Pervis aux JO d'Athènes en 2004 | © L'Obs

Pourtant, les promesses peinent à prendre réalité. Freiné par sa santé, miné par des blessures à répétition, le natif de Château-Gontier peine à se révéler sous le feu des projecteurs. Hissé dans la catégorie élite à partir de 2004, sa progression fulgurante tend alors à stagner. S’il glane en 2005 son premier titre de champion de France chez les élites en remportant le kilomètre, il voit ses succès se raréfier. Souvent placé, rarement vainqueur, il collectionne les honneurs tout en échappant systématiquement aux couronnes. Si les victoires en Coupe du Monde tendent à s’accroître au fil des saisons, les médailles se refusent à dorer, ses performances aux mondiaux du kilomètre oscillant entre bronze et argent.

Le virage décisif intervient en 2012. Sévère et cinglant, il détourne le ligérien de sa trajectoire malheureuse. Le coupant de sa ronde de pistard au destin fâcheux, il l’envoie au sommet des cimes de son sport, jusqu’au panthéon des maîtres de la vitesse. Totalement métamorphosé par un stage intensif de quatre mois au Japon à la suite de sa non-sélection aux JO de Londres, c’est un autre François Pervis qui regagne le Vieux Continent. Véritablement transformé physiquement et mentalement, il entame l’année 2013 avec un tout autre état d’esprit, prêt à franchir le sas de la gloire. L’été suivant, le résultat est sans appel. En repartant de Minsk radieux, une première médaille d’or et deux records mondiaux dans la besaçe, le mayennais est revigoré par tant de succès. Toutefois, le paroxysme de sa carrière ne prend place qu’un an plus tard, sur la piste du vélodrome de Cali. D’abord intraitable sur le keirin, il parvient quelques heures plus tard à conserver son titre sur le kilomètre, pour n’être plus qu’à une médaille d’un inédit triptyque victorieux en sprint. Lors de l’ultime épreuve de la vitesse individuelle, il est le tombeur du russe Denis Dmitriev, son bourreau de l’année passée. Opposé à Stéphane Bötticher en finale, il ne cède pas au jeu de nerfs engagé par l’allemand, pour afficher une supériorité incontestable, réglant la partie en deux manches. En réalisant une telle prouesse, le mayennais se hisse alors sur le toit du monde, là où personne avant lui ne s’était encore assis. Définitivement assuré de voir son nom encré dans les prestigieuses pages du livre de la grande Histoire du cyclisme, il s’élève vers les cieux de la discipline pour y rejoindre des illustres maîtres. Sans quitter des yeux l’année suivante.François Pervis sacré dans les trois épreuves du sprint individuel à CaliFrançois Pervis sacré dans les trois épreuves du sprint individuel à Cali 

C’est ainsi qu’il se présente avec une ambition intacte au départ des mondiaux de Saint-Quentin-en-Yvelines, à quelques centaines de kilomètres seulement de son domicile. A la sortie d’un hiver tumultueux, brouillant ses sensations de champions, le ligérien s’aventure au vélodrome national sans véritable référence. Il est pourtant vite rassuré. Plaçant une puissante accélération dans le dernier tour de la finale du keirin, il laisse sur place ses adversaires pour s’adjuger l’or d’une main de maître. Le lendemain, c’est rebelotte pour le pistard français. Recordman du kilomètre, il y affirme une nouvelle fois sa souveraineté en repoussant à huit centièmes de seconde l’allemand Joachim Eilers, décrochant alors son sixième titre mondial.

A ce fabuleux butin, François Pervis ajoute encore une médaille de bronze en vitesse par équipes lors de Jeux-Olympiques de Rio en 2016, ainsi qu’une ultime médaille d’or lors des mondiaux d’Hong-Kong l’année suivante, devenant de ce fait le sprinteur le plus médaillé de l’histoire. 

Son statut aujourd’hui :

Véritable légende vivante de son sport, François Pervis est aujourd’hui sur le déclin. Après le cinglant échec collectif de l'équipe de France aux JO de Rio, le trentenaire s'est retrouvé mis à pied avec l'ensemble de ses confrères, avec confiscation de tout matériel et interdiction d'accès à la piste du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines. Si l'incident est désormais réglé et passé, il a toutefois laissé des traces.

Sans victoire en Coupe du Monde depuis plus de cinq ans, destitué de tout maillot de champion de France depuis 2017, non participant aux championnats du monde et d’Europe 2019, le ligérien vient même de voir son dernier objectif s’envoler, sans même qu’il ne puisse s’y confronter. Focalisé sur les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, soit sa dernière chance de décrocher l’or dans cet évènement sans égal, le pistard mayennais vient d’être écarté de la sélection tricolore par le DTN français, Christophe Manin. Dépassé de plus de deux secondes par la nouvelle génération de sprinteurs, le septuple champion du monde semble désormais plonger lentement et péniblement vers une retraite inéluctable. Démotivé par une telle annonce, dépourvu d’ambitions pour l’avenir, fâché avec sa fédération, il semblerait que cet hiver puisse bien être son dernier en tant que coureur professionnel.

Conférencier rémunéré depuis quelques années, il fait part à ses commanditaires de son expérience en termes de dépassement de soi et de quêtes de triomphes. S’il pourrait bien intensifier cette activité dans les années à venir, son prestigieux passé de pistard médaillé est en mesure de lui ouvrir de nombreuses portes, du journalisme à l’encadrement sportif, dans un choix non exclusif. Si la page de pistard prodige se referme, celle de la reconversion post-carrière professionnelle s’ouvre désormais pour François Pervis.

Par Jean-Guillaume Langrognet

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