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Les 101 qui font le cyclisme français : Roger Legeay

Publié le 21/06/2020 08:00

C'est un personnage aux multiples vies et facettes, de coureur modeste à puissant manager, au gré des contrôles positifs et des scandales de dopage. Portrait de Roger Legeay, président du Mouvement Pour un Cyclisme plus Crédible.

Sa contribution au cyclisme français est ample, immense, incommensurable. Et son ascension dans sa hiérarchie, au fil des âges et des époques, a de quoi forger le respect. Car cet homme n’a pas eu ni une, ni deux, mais bien trois vies dans la Petite Reine. Modeste coureur puis manager reconnu, le voilà désormais poursuivre une carrière de dirigeant d’institutions et d’organisations cyclistes. Et s’il figure aujourd’hui à la tête du Mouvement Pour un Cyclisme plus Crédible (MPCC), c’est parce que son existence entière est marquée de l’empreinte du dopage. Véritable livre d’histoire de ces pratiques malheureuses, arrivé dans les pelotons au temps des amphétamines, puis ayant été pris au vicieux piège de l’EPO, l’image positive dont il jouissait autrefois a sérieusement été éclaboussé par les scandales à répétition au tournant des années 2000, dans lesquels ses équipes ont sérieusement été mêlés. Vivement critiqué, fustigé, parfois même renié, il a alors porté en France le lourd fardeau de la responsabilité de ces mauvais penchants, alors qu’il appartenait en réalité à l’ensemble. Terriblement tiraillé entre l’éthique et le succès, lui qui avait vu Greg Lemond et Gilbert Duclos-Lassalle triompher respectivement sur le Tour de France et Paris-Roubaix avant que la médecine pharmaceutique ne se charge de régir les places, il avait finalement décidé à fermer les yeux sur un mal pourtant évident et omniprésent parmi les coureurs, se retrouvant dès lors crucifié en place de grève lorsqu’il fallut désigner des coupables. En quelque sorte, sa vie est une allégorie de l’âme humaine, philanthrope, solidaire, humble, mais aussi attirée par toutes sortes de tentations, quitte à plonger dans l’abus. S’il a parfois été dépeint avec des traits extraordinairement sombres, la réalité de son visage est en réalité plus nuancée. Portrait d’un fautif aujourd’hui repenti, portrait de Roger Legeay.Roger Legeay sur le Tour de la Sarthe 2011Roger Legeay sur le Tour de la Sarthe 2011 | © Vélo 101 

Son Parcours :

Né en 1949 à Beaufay, petite commune de la Sarthe, Roger Legeay rencontre au cours de son enfance la passion de sa vie : la bicyclette. Dans la France des Trente Glorieuses, celle-ci se développe en effet à une allure prodigieuse, accompagnant la modernisation effrénée d’un pays en reconstruction. Séduit par le principe, ses sensations et les émotions qu’il véhicule, l’adolescent s’engage alors dans les compétitions amateures à partir de ses 18 ans. Loin des cracks de l’époque, il se distingue cependant par sa bravoure, sa force et son humilité. Si bien qu’il glane presque naturellement 36 bouquets jusqu’en 1972, date à laquelle le ligérien est recruté par la formation belge, Flandria-Carpenter. Aux côtés de Michel Pollentier ou Walter Godefroot, le sarthois découvre alors les pelotons professionnels, en qualité d’équipier. Heureux de sa situation et conscient de ses limites physiques, il s’adonne dès lors à jouer au gregario parfait auprès de ses leaders, lorsqu’il ne part pas à l’aventure dans les échappées. Effectivement, baroudeur téméraire, le sarthois n’hésite pas à se lancer dans de longues épopées à l’avant de la course, quitte à batailler parfois pour finir dans les délais en fin d’étape. Mais enivré par sa passion, il continue de se lancer frénétiquement dans de longues chevauchées, frôlant souvent le bouquet, accrochant quelques fois la victoire. En effet, notable vainqueur de la 3e étape de la Route de France en 1972, avant d’entamer d’éternelles années de disette.

L’histoire de Roger Rogeay le coureur n’est donc pas celle d’un champion, aux temps du roi Merckx et de son tombeur, Bernard Thévenet. Mais elle raconte la brave histoire d’un sacré coureur, particulièrement serviable et avide d’efforts, prêtant même un coup de main au normand Raymond Delisle, en voisin, lorsque celui-ci croit être en mesure de remporter le Tour en 1976. Cette même édition de la Grande Boucle marque d’ailleurs son premier coup d’éclat aux yeux du grand public, lorsqu’une cruelle crevaison sur la route de Fleurance le prive d’une victoire pourtant méritée. Dressé en héros malheureux dans les journaux, il devient dès lors ce vaillant grognard, cantonné aux places d’honneurs lorsqu’il n’est pas au service de ses leaders. Cumulant les podiums mais n’escaladant jamais leur première marche, le normand voit enfin le vent changer de sens au printemps 1978, lorsqu’il conquiert en l’espace de quelques mois d’importantes victoires, comme son fétiche Grand Prix de la Côte Normande, une étape de son local Tour de la Sarthe, ou encore un bouquet sur le prestigieux Tour de Romandie. Alors que sa formation, Lejeune-BP, disparaît au terme de la saison, ces succès en chaîne, cumulés à son abnégation reconnue, lui permettent de revêtir l’historique damier Peugeot en 1979, s’inscrivant dès lors dans la relation ancestrale que le concessionnaire français entretien depuis toujours avec la Petite Reine.Roger Legeay sous le maillot PeugeotRoger Legeay sous le maillot Peugeot | © Le Site du Cyclisme

C’est d’ailleurs dans cette dernière formation que Roger Legeay change de casquette. Achevant en 1982 une fière et honnête carrière, qui lui aura permis de vivre de sa passion à défaut d’entrer dans les annales de son sport, le ligérien rejoint la direction de l’équipe, d’abord en tant qu’assistant, puis devient au fil des années l’homme fort de l’équipe. Ses premières années sont d’ailleurs les plus heureuses, lui permettant de récolter quelques prestigieux succès sans se salir les mains pour autant. Bref, les années pré-EPO, où concilier éthique et victoire était encore possible. En effet, lorsque Peugeot disparaît progressivement au profit de Z, marque de vêtements pour enfants du groupe Zannier, Roger Legeay remporte le Tour de France 1990 avec Greg Lemond, fraîchement recruté. S’il ne voit plus jamais ses hommes jouer les premiers rôles sur la Grande Boucle, dépassés par la suite par les hégémonies successives de Miguel Indurain et de Lance Armstrong, il remporte cependant par deux fois Paris-Roubaix en 1992 et 1993, par l’intermédiaire de Gilbert Duclos-Lassalle. De plus, avec le soutien de Gan, devenant sponsor unique en 1993, le sarthois parvient à hisser sa formation à la pointe du cyclisme français, si bien qu’elle porte seule le drapeau tricolore en première division internationale au cœur des années 1990. Si les années Z concentrent l’essentiel des vedettes françaises, à l’image de Thierry Claveyrolat, Ronan Pensec ou encore Eric Boyer, l’ère Gan s’ouvre davantage à l’étranger, en recrutant notamment pour leader le puissant rouleur britannique Chris Boardman.Greg Lemond, portant le maillot jaune sur le Tour 1990, pour sa première année chez ZGreg Lemond, portant le maillot jaune sur le Tour 1990, pour sa première année chez Z | © Wikipédia

Alors que la banque Crédit Agricole prend le relais de la compagnie d’assurance en 1998, l’affaire Festina ne manque pas d’avoir des répercussions sur les autres formations françaises, dans une chaîne de scandales à répétition qui marque durement le cyclisme tricolore. Roger Legeay, multipliant alors les mandats, occupant alors, entres autres, la présidence de la Ligue du Cyclisme Professionnel et la vice-présidence de la FFC, est mis en examen en 1999, mis dans le même sac que ses confrères de Festina. « J’ai été faible » confesse-t-il alors, aux instructeurs, pour qualifier ses décisions passées. Mais le bilan est lourd. La liste des médecins sulfureux ayant eu accès à ses coureurs est aussi interminable qu’effrayante, induisant presque une régence de ces « docteurs de l’EPO ». Alors que Gan était en perte de vitesse, et ses coureurs plantés face à des adversaires écrasants, Roger Legeay a vraisemblablement cédé, sa modestie d’antan ayant muée en une avidité de victoires, sous la pression des sponsors. « Les gars, il serait temps de charger le canon », lâche-t-il un jour à ses hommes, selon un témoignage d’Eric Boyer. D’ailleurs, aux côtés de l’ancien grimpeur de Gan, figure alors le diabolique Kim Andersen, conservé dans les rangs du Crédit Agricole malgré quatre contrôles positifs. D’abord inculpé pour ses responsabilités en tant que dirigeant d’instances sportives, le navire Roger Legeay prend vite l’eau, de tous côtés. Les discours à charge se succèdent et se prolongent jusqu’au cœur des années 2000, lorsque suivent aux plaidoiries du sarthois de longues interviews d’accusations de la part d’anciens membres de ses équipes. Au fil des années, il apparaît dès lors que Quand Legeay affirme que " celui qui fait l'imbécile, qui est pris dans la nasse du dopage, n'aura jamais plus rien à faire dans notre bande ", il induit plutôt la loi du « pas vu pas pris, mais condamné licencié ». Alors coupable ou victime ? Nul ne peut réellement répondre à cette question. Mais la vérité se situe sûrement entre les deux. Dans cette affaire, une résistance infaillible au fléau de l’EPO aurait sûrement coûté son poste et son équipe à Roger Legeay, engloutie par une concurrence aux performances plus chimiques que physiques. Le ligérien paraît ainsi être tombé comme tant d’autres dans l’engrenage du dopage, qui ronge l’âme et détruit l’éthique, sans qu’il ne soit plus possible d’en sortir. Encore sali par ces scandales, cumulés à la révélation de son contrôle positif sur Paris-Nice 1974, Roger Legeay a vu le Crédit Agricole le lâcher au terme de la saison 2008, après avoir brillé de longues années sur les routes de la Grande Boucle par l’intermédiaire de Thor Hushovd, maillot vert en 2005, et Christophe Moreau, classé trois fois dans le top 10 du classement général final, et unique protagoniste français dans l’exercice. Impossible aujourd’hui de savoir ce qu’il regrette ou non, mais sa nouvelle carrière de gouvernant indépendant lui évite nombre de tentations, pour une prise de décision nécessairement désintéressée.Eric Boyer, ici sous le maillot Gan, a lourdement attaqué Roger Legeay après sa carrièreEric Boyer, ici sous le maillot Gan, a lourdement attaqué Roger Legeay après sa carrière | © Wikipédia 

Son statut aujourd’hui :

Effectivement, Président du MPCC depuis sa création en 2007, Roger Legeay poursuit aujourd’hui sa troisième vie, dans la gouvernance sportive. Si personne n’a oublié les scandales passés à son sujet, le sarthois essaie peu à peu de redorer le blason à son sujet, et s’inscrit dès lors dans ce mouvement loué, engagé par les équipes françaises. Effectivement, marquées, choquées et fragilisées par l’affaire Festina et ses conséquences, désintéressant les sponsors du sport cycliste, décevant un public féru de bicyclette, un groupe de formations françaises professionnelles se décide à se constituer en organisation anti-dopage, adoptant des règles plus strictes que celles de l’UCI. Parmi elles, figurent notamment les célèbres AG2R Prévoyance, Agritubel, Bouygues Telecom, Cofidis, FDJ et Crédit Agricole, rejointes également par deux formations étrangères : Gerolsteiner et Rabobank. La chartre éthique alors édifiée stipule, entres autres, qu’un coureur contrôle positif doit être immédiatement retiré d’une épreuve par son équipe, qu’une formation ne peut engager un cycliste fraîchement et lourdement sanctionné pour dopage, ou encore qu’un coureur contrôlé positif peut être poursuivi devant la justice pour atteinte à l’image de son équipe.

Au fil des années, le MPCC a su séduire de nombreuses formations, coureurs, et organisateurs, formant aujourd’hui une association massive. Au total, le mouvement compte aujourd’hui dans ses rangs 9 équipes du World Tour, 17 formations continentales, 6 écuries féminines, ainsi qu’une dizaine d’organisateurs d’épreuves professionnelles. Offrant une image d’éthique et de propreté, il fournit effectivement un certain label à ses membres, s’inscrivant alors dans la grande lutte de la Petite Reine contre le fléau du dopage, chimique mais aussi technologique.Le logo du MPCCLe logo du MPCC | © MPCC

Cependant, le MPCC a aussi connu de sérieux revers, et ce dès sa création, avec le contrôle positif à la testostérone de Cristian Moreni, coureur de la Cofidis, le mercredi 25 juillet. Par la suite, s’il enregistre de nombreuses recrues, il est aussi fréquemment quitté par certaines de ses membres lorsque des conflits éclatent, pointant du doigt ses défauts de pouvoir de sanction. Surtout, si le mouvement séduit auprès des « petites » équipes, il ne parvient pas à attirer les grosses cylindrées, à l’image des Teams INEOS, Deceuninck Quick-Step, ou encore Jumbo-Visma. Le récent départ de Tom Dumoulin, membre à titre individuel, souligne ainsi ces failles, déclarant justement « hypocrites » de rester dans une organisation interdisant les cétones, alors que son équipe en utilise. Par conséquent, si l’idée est noble, l’efficacité du MPCC reste modérée. Sur le sujet de la lutte contre le dopage, seul un durcissement du règlement UCI pourrait porter ses fruits. La clé ne figure donc pas entre les mains de Roger Legeay, mais de son compatriote David Lappartient…

Par Jean-Guillaume Langrognet

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