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Les "Hommes du Tour de France" : Henri Anglade

Publié le 10/07/2002 09:14

Suite de notre saga les "Hommes du Tour" avec Henri Anglade, deuxième de la Grande Boucle en 1959.
Suite de ntore saga les "Hommes du Tour" avec aujourd'hui Henri Anglade, 2ème de la Grande Boucle en 1959 derrière Bahamontès.

Quelle image forte gardez-vous de votre premier Tour en 1957 ?
"Je vais répondre à moitié. J'ai mis une semaine à reconnaître Poblet dans le peloton, on m'avait dit qu'il était dégarni, mais il portait une casquette tout le temps. L'autre bout de réponse c'est le piège que m'avait tendu Stablinski sur l'étape de Marseille. Notre directeur sportif nous avait demandé de gagner le souvenir Henri Desgranges, ensuite on ne s'est pas relevé et dans le Faron, Stablinski m'a flingué et est allé gagner à Marseille."

1957, c'est aussi l'année des premiers reportages à la télévision, comment l'avez-vous vécu ?
"On avait l'impression que leurs appareils photos étaient différents des autres, ils les remontaient toutes les 30". Au départ, ils ne nous marquaient pas vraiment. Et puis on m'a dit "ce qui compte, c'est le classement et la presse" donc d'entrée, j'en ai pris mon parti. J'étais très disponible avec les journalistes et en particulier Robert Chapatte, que je connaissais à la radio. La règle que j'imposais était : si vous dîtes du mal de moi, je ne vous parle plus."

Vous avez surtout couru en équipes nationales, quels souvenirs en gardez-vous ?
"En équipe nationale, on avait nos couleurs mais le problème c'est qu'on faisait porter un même drapeau à des gens qui n'étaient pas dans le même camp. En 1957, j'étais dans l'équipe Sud-Est, puis en 1958/59 en Centre-Midi avec Géminiani. J'avais une certaine intelligence de course alors me fondre dans un moule, c'était pas facile."

Charly Gaul avait ce problème mais à l'opposé ?
"Son équipe était Pays-Bas-Luxembourg. C'est vrai qu'il n'était pas aidé sur le plat, pour remonter les bordures par exemple. Il manquait de grosses cylindrées mais en montagne, il n'avait besoin de personne."

Vous étiez relativement proches ?
"Oui, d'abord géographiquement. Je suis né à Thionville, lui à Luxembourg à 25 kilomètres, nous parlions la même langue. Et puis Gaul était la bête noire de l'équipe de France. En 1958, Géminiani nous avait traité de "judas" à la suite de sa victoire à Aix les Bains. Moi, j'étais la bête noire de Marcel Bidot. En 1959, j'étais champion de France, il avait refusé de me prendre en équipe de France. Avec le carafon que j'avais, ça ne pouvait pas passer entre Napoléon (NDLR : le surnom de Henri Anglade) et lui.
J'étais proche de Charly Gaul, même si nous étions adversaires sur le vélo, il m'a fait progresser en montagne sur un détail, il m'avait dit "Henri, si tu veux apprendre à grimper les cols, il ne faut pas rester en 30ème position car avec une cassure, tu prends 30" tout de suite" alors j'ai retenu la leçon et j'acceptais de décrocher dans le dernier kilomètre pour revenir dans les descentes."

En 1960, vous aviez le maillot de l'équipe de France quand le peloton s'arrête devant le général de Gaulle, pouvez-vous nous raconter ce moment ?
"L'étape arrivait à Troyes. Je m'étais arrêté pour faire un petit pipi, et comme je remontais les voitures, Jacques Goddet m'a appelé pour m'annoncer que le général était sur le parcours. Il m'a alors demandé "peut-on envisager de s'arrêter ?", on me demande ça à moi ,Napoléon, alors que d'habitude on prenait une amende si on mettait pied à terre ! Je lui réponds oui sauf si ça chataîgne. Je remonte donc en tête pour prévenir tous les leaders Nencini, Adriaenssens. Dans la bosse de la Boisserie, les gardes du corps étaient en travers de la voie, on s'est tous arrêté. Le général est alors descendu de son gradin, il m'a salué en premier et ensuite Nencini à qui il a annoncé qu'il allait gagner puis il est remonté et on est reparti."

Pourquoi vous en premier ?
"En fait, je me suis posé la question souvent et j'ai eu la réponse un an après. Le général était en visite à Lyon, et j'étais une des personnalités invitées. Le chef du protocole me présente et de Gaulle dit "on ne me présente pas Henri Anglade". Je lui ai demandé pourquoi, et il m'a dit "vous avez été notre porte drapeau et je vous devais bien ça"."

Quel est votre moment le plus fort dans le Tour de France ?
"C'est le Tour 1960. J'étais maillot jaune avec plus de 6' d'avance et dans l'étape de Caen-Lorient, il y a eu "la trahison de Lorient". Une échappée avec Rivière, Nencini, Junkermann, et Adriaenssens nous prend 14'40", je ne pouvais pas imaginer ça d'un équipier, je me retrouve avec plus de 5' dans les carreaux !"

Vous mettez fin à votre carrière en 1967 ?
"Oui, le 13 septembre exactement, j'ai quitté l'équipe Mercier et le 14 je suis parti travailler dans la mécanographie, chez Olympia avec un de mes cousins. Je voulais couper avec le cyclisme et puis, en 1975, j'ai été contacté par les Lejeune. J'ai dirigé l'équipe Lejeune-BP durant trois Tour de France, on n'avait pas de leaders, ce ne fut pas une réussite."

Vous restez attaché à la période De Muer ?
"Ce fut pour moi le meilleur. Avec lui, on avait une belle équipe et d'ailleurs, les suiveurs disaient: "Les Pelforth, l'équipe des copains", il avait le discours adapté à chacun de nous."

Vous ne marquez pas le même respect vis à vis des coureurs ?
"Non, aucun ne m'a vraiment marqué, je n'ai jamais été impressionné. Et comme j'étais un adepte du yoga comme Rudy Altig, un de mes maîtres m'avait appris que "le super homme n'existe pas, il n'existe que l'homme avec son intelligence et sa conscience". Cela m'avait marqué et même métamorphosé. Je n'avais plus peur de l'obstacle, pas même de la montagne. Il y avait des gens que j'aimais bien, par exemple Jacques Anquetil mais plus à côté du vélo que dessus, Van Looy, Baldini, Gaul bien sûr."

Que pensez-vous du Tour de France 2002 ?
"Comme tout le monde, je vois Armstrong gagner. Mais il ne le gagnera pas dans les mêmes conditions que ces trois dernières années. Avec la mondialisation du cyclisme, on va découvrir des gars qu'on ne connaît pas. Des noms qui arrivent et qui surprennent."

Selon vous, combien de fois Lance Armstrong peut-il gagner de Tour de France ?
"Une chose est sûre : s'il ne gagne pas cette année, il n'en gagnera plus d'autres. Le cyclisme a ça de particulier qu'on sait à quelle heure on part mais on ne sait pas à laquelle on va arriver, ni même si on va arriver tout simplement."

Et les Français ?
"Je crois en Chavanel, je pense qu'il va sortir du trou, il a un beau tempérament. Quant à Moreau, si sa chute en reconnaissance des championnats de France est liée à son bidon, je trouve ça grave à 15 jours du Tour de France. Malgré tout, il a prouvé en 2001 qu'il peut être le meilleur Français."

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