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Entretien avec l'homme qui murmure à l'oreillette des Champions — ITW Nicolas Portal, l'homme qui a 7 Tours dans son sac

Publié le 29/07/2019 16:15

Nicolas Portal est passé du VTT à la route puis de coureur à succès: 2006 Caisse d'épargne, équipier de O Pereiro, à directeur sportif aux 6 victoires avec Sky puis Ineos.

Comment est l’ambiance ce matin dans le bus ?

Aujourd’hui c’est vraiment profiter tout simplement. C’est un autre Tour de gagner, un Tour avec un jeune Colombien. C’était vraiment dur mais passionnant. Passionnant pour nous car on sentait qu’on pouvait gagner, on avait un sentiment de confiance mais c’était pas aussi facile, il restait une longue route, un long marathon. C’est encore plus jouissif de faire 1 et 2.

Vous avez douté à un moment ?

Non. Honnêtement jamais. Même si tous les matins on avait pas mal de questions de la part des journalistes, on a jamais douté. On croyait vraiment qu’un jour ou l’autre, à force de batailler, Julian craquerait. Le problème c’est que vu la configuration du Tour et que personne pensait qu’on allait avoir un Julian aussi fort, ça a été assez compliqué. Mais tout est venu petit à petit, il fallait être patient, faire les choses dans l’ordre.  

 

Nicolas Portal au micro de Vélo101Nicolas Portal au micro de Vélo101 | © Vélo101

Il a fallu vous adapter plus que d’habitude sur ce Tour à la concurrence ? 

Peut-être. On s’adapte toujours en permanence mais disons que c’était différent. D’un côté c’était un Tour plus facile pour tout le monde car on a pas eu ce stress des débuts des 10 jours où les gars sont tellement crevés pas parce que les étapes sont longues mais par le stress quand ça frotte en permanence. C’était différent, peut être à cause du parcours, du manque de Christopher Froome et Tom Dumoulin (Sunweb). On a vu des équipes prendre des initiatives, on avait pas besoin d’être devant, de se bagarrer pour y être. On prenait notre place et une autre équipe contrôlait. 

Egan Bernal a l’air de faire l’unanimité. Il vous impressionne ?

Oui c’est sûr. Quand on le connaît de tous les jours c’est vrai qu’il impressionne. Il est extrêmement mature pour son âge et il reste quelqu’un d’humain. C’est quelqu’un d’accessible, il vit sa passion comme tout le monde : il a du stress, des doutes mais des convictions énormes et un potentiel... C’est dans son ADN tout simplement. 

Le podium du Tour 2019Le podium du Tour 2019 | © Le Tour de France

Même les « anciens » disent qu’il a une expérience énorme pour son âge. Nibali lui a fait un joli hommage hier..

L’expérience il l’a acquise dès l’an passé en faisant le Tour. Malgré les critiques des gens sur le fait qu’il était trop jeune pour le faire, la vérité c’est que si le corps peut rouler aussi vite à 21 ans que des coureurs qui gagnent le Tour, il ne faut pas s’en passer. Le mettre dans le grand bain c’est ce qu’on voulait.  Apprendre le stress, gérer tous les jours la pression, il l’a appris aux côtés de Christopher et Geraint l’an passé. En gagnant le Tour de Californie, il a appris à être un leader. Cette année il a gagné Paris-Nice a 22 ans, c’est énorme ! On apprend avec lui et il apprend avec nous. Je pense qu’on a vu un Egan Bernal en retenu sur ce début de Tour parce qu’il fallait se retenir et quand il a fallu lâcher les chevaux, on a vu ses qualités. 

Il n’a que 22 ans, on peut s’attendre à ce qu’il en gagne encore beaucoup des Tour de France ? 

En tout cas nous, on aimerait, lui aussi je pense. Mais en ce moment, je pense qu’il pense à plein de choses. Il faut le laisser savourer, je n’ose même pas imaginer quand il va atterrir en Colombie.. Pour avoir été en Colombie et voir les foules que peut déplacer un Nairo Quitana (Movistar) ou un Rigoberto Uran (EF Éducation First), ça va être juste incroyable. 

 

Le beau vélo jaune d'Egan Bernal au départ de l'ultime étapeLe beau vélo jaune d'Egan Bernal au départ de l'ultime étape | © Vélo101

La chute de Geraint Thomas au Tour de Suisse ça l’a perturbé définitivement dans sa préparation ? 

Non je ne pense pas. Ça n’a rien retardé du tout. Le seul truc c’est que ça lui a peut-être donné un peu plus de doute. On a tout de suite vu dans la Planche des Belles Filles qu’il était là, voir le plus fort. Je pense surtout qu’il a eu un hiver très compliqué avec beaucoup de sollicitations et ses débuts au Dauphine où il n’a pas eu de chance. C’est rare de voir un vainqueur du Tour être sur le podium l’année qui suit. Il a quand même fini deuxième pas très loin derrière Egan Bernal. 

Vous faite 1 et 2 cette année avec un collectif qui était peut-être moins fort que l’an passé, c’est le paradoxe ?

Je ne suis pas sûr. Même si on a des coureurs comme Kwiatoski ou Gianni qui étaient moins costauds que l’an passé, on avait pas besoin de défendre. Quand il a fallu passer à l’attaque, on était la seule équipe à pouvoir contrôler un peu les choses à l’image de l’étape au Galibier. Et le lendemain, on était 5 coureurs au pied de l’Iseran, il n’y avait pas une autre équipe capable de réaliser ça. On a réussi à faire péter la course, à faire une sélection naturelle avec ces 5 coureurs. L’équipe était très forte, c’est l’expérience aussi qui paye, de savoir se retenir, de ne pas choisir entre Egan et Geraint.. Juste parce qu’on a réussi à attendre le bon moment, ça montre que finalement c’est la tête la plus forte de l’équipe. 

 

Même la voiture a changé de teintMême la voiture a changé de teint | © Vélo101

Potentiellement, l’année prochaine vous aurez 3 coureurs pour jouer la victoire du Tour, c’est un problème de riche à gérer ?

On préfère toujours être dans cette situation plutôt que d’arriver avec un leader qui n’est pas en forme ou qui revient de blessure. Ce sera notre challenge, il faut le relever et on est content. On se connaît tous, quand on s’ouvre à la réalité, c’est la route qui décide, ce n’est pas un sponsor qui doit décider. Clairement, c’est ce qui s’est passé être Egan et Geraint, c’est la route du Tour qui a décidé. Quand elle s’est élevée en troisième semaine surtout en altitude, c’est sa nature qui a pu nous démontrer que c’était le plus fort du Tour.  

 

Et de 7 pour le Team IneosEt de 7 pour le Team Ineos | © Vélo101

Deux Sud-Américains qui gagnent les 2 plus grand Tour en 2019, c’est un clin d’œil intéressant ?

Pour le Giro bravo à Movistar, c’est eux qui ont formé Richard Carapaz alors chapeau ! C’est vrai que le vélo devient international alors que pendant longtemps c’était anglo-saxon. On voit de plus en plus que les Sud-Americains reviennent et la vérité c’est que les Français sont très bons aussi. 

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