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Le retrait de Tom Dumoulin ressemble-t-il à un caprice ?

Publié le 29/01/2021 18:55

Alors qu’il avait annoncé la veille son programme 2021 passant notamment par le Tour des Flandres et le Tour de France, Tom Dumoulin a annoncé le 23 janvier dernier vouloir mettre sa carrière entre parenthèses.

Il a même quitté le stage sur lequel il s’entrainait avec toute son équipe Jumbo Visma.

« J’ai pris ma décision hier. Et l’équipe me soutient, ça fait du bien. C’est vraiment comme si on enlevait de mes épaules un sac de 100 kilos. Je me suis immédiatement réveillé complètement heureux. Je me sens tellement bien de m'être finalement décidé : je vais prendre du temps pour moi. » avait-il déclaré en préambule au moment de libérer sa conscience.

A l’instar de tous ses « collègues » cyclistes professionnels, le Néerlandais exerce au moins autant un métier qu’une passion. Force est de constater que, ses obligations vis-à-vis de son employeur sont devenues trop pesantes. Mais finalement, comme tant d’autres travailleurs dans un monde moderne où les burn-outs dans les entreprises sont nombreux.

Pour autant, alors que beaucoup de suiveurs eux-mêmes cyclistes jalousent souvent la vie que peut mener un coureur cycliste professionnel, le retrait de Tom Dumoulin ressemble-t-il à un caprice ?

 

Tom Dumoulin en plein douteTom Dumoulin en plein doute | © Jumbo Visma

 

Vrai

Au sein de l’équipe Jumbo Visma, Tom Dumoulin bénéficiait toujours d’un certain statut, lié à son palmarès, mais aussi à ses performances de l’année dernières. Si les ennuis physiques l’ont longtemps gêné, entre sa chute sur le Giro 2019 et ses soucis récurrents de genou qui ont suivi, il avait retrouvé une excellente condition physique. Au cours de l’été 2020, avant le Tour de France il expliquait avoir retrouvé les 1ères bonnes sensations depuis une bonne année. Lorsque l’on connait les difficultés du cyclisme moderne et la quantité d’entrainement nécessaire pour exploiter 100% de son potentiel en face d’adversaires en faisant tout autant, il était évident que pour Tom Dumoulin, retrouver le niveau qui avait fait de lui un vainqueur de Grand Tour, allait nécessiter de la patience. C’est-à-dire, de longs mois partagés entre entrainements et compétition. Et sous réserve que les ennuis physiques le laissent tranquille.

Avec une 7ème place à Paris tout en ayant joué à fond la carte du coéquipier modèle, Tom Dumoulin avait fait la majeure partie du chemin. Il avait retrouvé en montagne un coup de pédale réellement tout proche de celui des meilleurs et sa fin de Tour fait état d’une très belle 2ème place sur le Contre la Montre de la Planche des Belles Filles, loin derrière l’intouchable Pogacar mais devant son leader Roglic et son équipier Van Aert qui était dans la forme de sa vie.

Son abandon précoce sur la Vuelta quelques semaines plus tard, pouvait ne constituer qu’un accroc sur le chemin du retour au plus haut plan. Avec une demie saison supplémentaire dans les jambes jusqu’au Tour de France, la logique aurait voulu qu’il puisse combler cet hiver et les prochain printemps les derniers pourcents, les derniers watts seulement qui le séparaient du podium ou de la victoire sur un Grand Tour. D’autant que son annonce de vouloir aider Wout Van Aert à gagner sur le Ronde indiquait une recherche de plaisir sur un format de course différent, afin de probablement « meubler » un printemps souvent très long pour le coureur Néerlandais, lui qui aligne habituellement à cette période les semaines entières à Tenerife.

 

Le 13 janvier Tom Dumoulin se sentait encore cycliste professionnel pour avoir titré sur les réseaux sociaux "une sortie hivernale sympa avec mon nouveau Cervélo"Le 13 janvier Tom Dumoulin se sentait encore cycliste professionnel pour avoir titré sur les réseaux sociaux "une sortie hivernale sympa avec mon nouveau Cervélo" | © Tom Dumoulin 

 

Faux

A propos d’entrainement et de stages aux Canaries, Tom Dumoulin était l’un des coureurs de 1er plan qui disputaient le moins de jours de course sur une année. L’essentiel de son activité cycliste se « résumait » à escalader les versants du Teide, le volcan devenu célèbre à Tenerife, permettant d’accumuler un dénivelé important quelle que soit la période de l’année. Mais côté plaisir, il est difficile de s’y retrouver, tant ces semaines d’entrainement finissent par être terriblement monotones. Pour rompre ce schéma, pour retrouver une « vie sociale » et enfin pour parfaire sa condition physique, les coureurs de Grands Tours utilisent habituellement des temps de passage sur des courses par étapes.

A l’inverse, sur la saison 2019 il n’avait participé qu’au Tour UAE, Tirreno Adriatico, Milan San Remo et Liège Bastogne Liège soit 16 jours de course cumulés seulement au moment de se rendre sur le Giro. En 2018, le total était même inférieur au départ de la course italienne : 12.

Cette lassitude, ce ras-le-bol lié à son métier ressemble en tous points à celui de Marcel Kittel qui a mis un terme à sa carrière à l’âge de 30 ans également, pour des raisons proches. D’ailleurs, l’ancien sprinteur allemand a été l’un des 1ers à soutenir public son ex-coéquipier chez Giant Alpecin.

Et surtout, au-delà des résultats, Tom Dumoulin évoque surtout la lassitude et la pression qu’il se mettait lui-même : « Il y a quelques années, j’ai obtenu de beaux résultats et j’étais devenu pendant un moment Tom Dumoulin, le meilleur cycliste de mon pays. Un coureur sur lequel beaucoup d’attentes reposent alors que rien qu’en tant que coureur de haut niveau mes propres attentes sont déjà difficiles à satisfaire. »

Par ailleurs, il est possible de se demander si le Tour 2020 n’a pas accéléré les choses, à 2 niveaux au moins :

- Dès le début de la course, Dumoulin s’était étonné de la tactique de son équipe, c’est à dire de voir que son équipe devait tout contrôler, à la manière de l’US Postal ou Sky de la grande époque. Et ce, pour un maigre gain au classement général, Primoz Roglic se contentant de contrôler alors qu’il avait les moyens, semble-t-il, de creuser une avance plus confortable.

- Sur le fameux CLM de la Planche des Belles Filles, Dumoulin s’était là encore étonné d’avoir perdu autant de temps (1min21) sur Tadej Pogacar alors qu’il avait effectué une performance de haut niveau, sur la base de sa propre puissance moyenne. De ses déclarations, une allusion à des performances hors normes pour un humain « propre », sont palpables. Peut-être que Dumoulin estime que même au niveau qui était le sien sur son Giro victorieux, il n’aurait rien eu à faire contre ce Pogacar là ?

Mais c’est aussi ce qui interpelle car avec une interruption d’une saison (au moins ?), dans le cyclisme de très haut niveau d’aujourd’hui, il est difficile d’envisager que Dumoulin puisse revenir pendant que les jeunes pleins d’ambitions et de talent poussent derrière. Car pendant que le coureur hollandais effectuera sa pause, tous ses concurrents vont poursuivre leur progression et se situer probablement à un niveau atteignable seulement à un Dumoulin doté d’une motivation sans failles. Alors que c’est justement là que le bât blesse aujourd’hui.

 

Par Olivier Dulaurent

 

 

Tom Dumoulin en équipier modèle sur le Tour de France 2020Tom Dumoulin en équipier modèle sur le Tour de France 2020 | © Jumbo Visma

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