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Les Championnats de France doivent-ils encore se courir entre équipes de marques ?

Publié le 22/06/2021 08:00

Ce weekend, c’était au tour du site d’Epinal d’accueillir les Championnats de France, cette épreuve traditionnellement disputée 6 jours avant le Grand Départ du Tour de France.

Course à l’issue de laquelle - et même desquelles, car il en va de même hors de nos frontières - les équipes World Tour et invitées finalisent leurs sélections pour la Grand Boucle.

Dans la catégorie « Elite », ce sont 152 coureurs professionnels qui se sont élancés pour l’épreuve sur route masculine, les concurrentes engagées sur l’épreuve féminine, qui mélangeait pro et amatrices, étant en nombre similaire (151).

Mais comme chaque année, au regard de la liste des équipes engagées, le même constat s’impose : cette année, pour ne parler que des hommes, les 152 coureurs étaient répartis en 27 équipes, parmi lesquelles une « armada » de 19 coureurs (Groupama FDJ), une autre de 17 (AG2R Citroën), deux de 16 (B&B Hotels et Total Direct Energie), et une de 14 (Arkea Samsic). On retrouvait ensuite 5 équipes de taille plus « normale » (Saint Michel Auber, Cofidis, Xeliss Roubaix Lille Métropole, le Cross Team Legendre et Delko). Face à tout ce beau monde, 28 coureurs dont le Champion du Monde en titre dans de toutes petites formations, voire complètement isolés…

Alors, comme chaque année, la même problématique revient. Dans le football, véritable sport d’équipe s’il en est, un ou même des footballeurs isolés, aussi talentueux soient-ils, ne sont pas opposés à 11 joueurs, même de niveau inférieur.   

Or, si le cyclisme est un sport d’équipe, comme on se plait à le répéter, est-il juste de faire concourir un plateau aussi déséquilibré ?

 

Rémi Cavagna emporte le Championnat de France 2021 en costaudRémi Cavagna emporte le Championnat de France 2021 en costaud | © Deceuninck Quick Step

 

Non

Les partisans du « non » font essentiellement valoir que ce déséquilibre des plateaux fausse la course à l’excès. Cela impacte tant les scénarii de course, les armadas ayant du personnel à foison pour aussi bien mettre des coureurs dans les échappés que contrôler celles-ci, que le résultat final : peu surprenant de constater que parmi les 10 dernières éditions 7 ont été remportées par la plus importante de ces armadas, la « FdJ », Et ces mêmes partisans peuvent aussi arguer du fait que c’est encore ce déséquilibre qui conduit épisodiquement à des victoires inattendues, comme celle de Steven Tronet en 2015, les oppositions entre blocs permettant parfois à des outsiders de se faire oublier pour tirer leur épingle du jeu.

Encore plus généralement les partisans du non estiment que ce déséquilibre entre les forces entre présence nuit à la qualité et au prestige du Championnat de France, une épreuve assez souvent snobée par de très bons coureurs - ce qui a le don d’agacer fortement Marc Madiot par exemple­ - et parfois remportée par des coureurs qui ne figurent pas parmi les meilleurs du peloton pro national.

Pour remédier à tout cela, il est parfois évoqué de possibles modifications de format : limitation du nombre de coureurs par équipe, « scission » des armadas en deux parties sportivement indépendantes pour cette seule épreuve, voire constitution d’équipes régionales, les coureurs pro rejoignant par exemple leurs ligues d’origine, ce qui ne serait qu’une réplique au niveau national du format des Championnats du Monde où les coureurs ne courent pas sous leurs maillots de marque mais sous des maillots nationaux….

 

Evita Muzic gagne dans un sprint serréEvita Muzic gagne dans un sprint serré | © FDJ - Nouvelle Aquitaine - Futuroscope


Oui

A l’inverse, le statu quo, c’est-à-dire le maintien du format actuel de l’épreuve, trouve de nombreux défenseurs qui ne manquent pas non plus d’arguments. Le premier est que cela fait très longtemps qu’il en est ainsi. Et le cyclisme, sport plus que centenaire, est un sport plutôt conservateur, où le format et le calendrier des courses change peu, ce qui lui a permis de ne jamais perdre le fil de son histoire et ainsi perpétuer les mythes et légendes qui font sa grandeur.  Ensuite, le championnat national est une opportunité unique de rassembler tous les coureurs pro d’une même nation sur la même ligne de départ. Cela lui confère un air de fête, qui plait à un public qui vénère le maillot tricolore presqu’autant que le maillot jaune du Tour. Une fête dont aucun coureur pro ne devrait être exclu au seul motif qu’il appartient à une équipe trop importante en nombre… Quant aux absents, tout le monde sait qu’ils ont toujours tort. Et on ne saurait reprocher à un coureur pro, pour qui disputer le championnat de France fait partie du métier, d’être au service de son employeur, même si celui-ci est en surnombre.

Enfin, dernier argument évoqué ici, ce déséquilibre du plateau n’empêche pas la victoire « à la pédale », face aux « armadas » de coureurs ou coureuses isolées ou presque, les victoires de Rémi Cavagna ce dimanche ou celle d’Audrey Cordon-Ragot l’an dernier en étant les meilleures démonstrations (même si cette dernière, forte d’une ou deux équipières, eût certainement pu aussi gagner tant en 2019 que cette année).

 

Il y aurait certainement d’autres arguments recevables, de part et d’autre, et les opinions sur le sujet resteront partagées. Mais il est peu vraisemblable que l’on assiste à de profonds changements dans le format des Championnats de France sur route tant ceux-ci semblent bien installés, surtout que l’édition 2021 a rassemblé de beaux coureurs, et produit de belles courses et de beaux champions en Evita Muzic et Rémi Cavagna.

 

Par Olivier Dulaurent et Adrien Sarrault

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dimanche 03 octobre 2021

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