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Quand la montagne accouche d’une souris

Publié le 06/11/2020 19:11

Dans leur lutte pour capter l’audience des suiveurs et des téléspectateurs, synonymes de droits TV élevés, les organisateurs des Grands Tours sont à la recherche du plus beau, du plus difficile et du plus spectaculaire.

Rappelons tout d’abord que cette recherche et cette communication n’est pas suivie – pour le Tour de France au moins – d’une réalité allant vers un choix assumé de créer des écarts.

Pour comprendre le phénomène lire l’article qui avait été publié en septembre dernier :

https://www.velo101.com/pros/article/un-tour-qui-risque-detre-bloque-pendant-2-semaines--22037

Jusqu’à présent, le Giro avait ses Mortirolo et surtout Zoncolan, la Vuelta avait son Angliru et en partie parce que le Tour n’avait rien à proposer en face malgré un Grand Colombier qui peut s’approcher de ses « collègues » italiens et espagnols, le col de la Loze a été mis au programme du Tour 2020. Quitte à s’assoir sur le côté historique d’un ruban seulement asphalté pour l’occasion. Et pouvant laisser la place à une limite quasi infinie allant jusqu’à bitumer une vraie piste de ski tournant au fil des années du vert au noir.

Lors de la présentation du Tour 2020, Thierry Gouvenu (qui trace le parcours) avait insisté sur la trouvaille de la Loze, « ce col du 21ème siècle ».

Ainsi, sur la Vuelta, l’Angliru tout comme le col de la Loze sur le Tour, sont présentés comme étant les cols les plus difficiles de leurs pays respectifs. Qui dit col le plus difficile possible dit forcément écarts importants à l’arrivée ?

Dans la réalité il n’en est rien : l’Angliru il y a quelques jours (les 7ers de l’étape se tenant en 26 secondes !) tout comme la Loze au mois de Juillet ont abouti à des écarts entre favoris très limités.

 

 Les 1ers du général à la lutte pour une poignée de secondes sur l'AngliruLes 1ers du général à la lutte pour une poignée de secondes sur l'Angliru | © Ineos Grenadiers

 

Des favoris au même niveau intrinsèque

 

Nous allons éviter l’écueil de répéter que ce sont les coureurs qui font la course pour aller au contraire voir ce qui se passe réellement lorsqu’une étape de haute montagne est programmée sur un Grand Tour : les équipiers ont une condition physique qui les maintient aujourd’hui à un niveau extrêmement proche de leurs leaders et les leaders entre eux ont eux-mêmes des niveaux très proches, de l’ordre de quelques watts (2-3 watts moyens environ) de différence sur l’ensemble de l’épreuve.

Dans le cyclisme d’aujourd’hui, ces leaders suivent une préparation très poussée qui les conduit à optimiser tous les aspects de la performance (entraînement, diététique, récupération, matériel, etc.) avec pour conséquence d’utiliser les mêmes moyens que sont par exemple les stages à Tenerife, des connaissances diététiques entrainant des taux de masse grasse extrêmement bas.

A partir de ce constat, que se passe-t-il sur une montée aux caractéristiques redoutables ? Sur ce genre d’ascension il faut surtout ne pas dépasser son seuil anaérobie (sous peine d’exploser) tout en s’en approchant le plus possible. Et c’est exactement dans ces conditions là que les 1ers du général des Grands Tours d’aujourd’hui ont le même niveau. Ils grimpent donc tous à 1-2 watts près ce qui donne sur la ligne des différences de quelques secondes seulement. Certes le spectacle est présent avec ces coureurs arc-boutés sur leur vélo, souvent en danseuse et pour une fois, plus à l’abri derrière des équipiers. Pour autant, le côté sportif n’est pas souvent à l’unisson puisque les étapes précédentes et suivantes proposent régulièrement des écarts plus importants.  

A l’inverse quand le parcours est moins monstrueux sur le papier, avec des cols de 1ère voire de 2ème catégorie, il est plus facile de prendre des risques, tant que le plan tactique que physique. Les leaders peuvent tenter de « jouer » avec le parcours et leurs adversaires. Ils peuvent tenter de mettre des hommes à l’avant, ou eux-mêmes se mettre très temporairement dans le rouge afin de créer des écarts avant de le gérer tout en tentant de récupérer. Chose impossible quand la pente flirte 15% pendant 10 bornes où tout écart de rythme se paye au prix fort.

Et ce ne sont pas les capteurs de puissance qui arrangent les choses car sur une montée donnée donc connaissant la durée d’ascension, chaque coureur sait à quels watts moyens il est physiologiquement capable de monter le plus vite possible. Rouler au-dessus de cette valeur moyenne momentanément c’est s’exposer mathématiquement à faire une contre-performance.

 

Miguel Angel Lopez l'emporte au sommet du col de la LozeMiguel Angel Lopez l'emporte au sommet du col de la Loze | © Astana 

 

Réinventer les parcours

Comme évoqué dans l’article cité plus haut, ce n’est pas en ajoutant indéfiniment des % aux cols que le côté sportif en sortira grandi.

Le salut passe plutôt par un enchainement d’étapes permettant de faire jouer l’aspect tactique. Comme par exemple la 17ème étape de la Vuelta 2012, lorsqu’Alberto Contador a renversé Joachim Rodriguez sur une étape jugée comme une formalité.

Pour rappel, ce jour-là Contador avait envoyé des équipiers à l’avant puis s’était isolé à 80 km de l’arrivée. Rodriguez avait joué la tactique des équipiers en laissant son adversaire prendre le large. Le problème est que, rapidement, les équipiers n’ont plus été capable de produire l’effort réclamé. C’est Rodriguez en personne qui a dû s’y coller mais s’est lui-même retrouvé seul à rouler alors que devant Contador bénéficiait de ses équipiers et d’alliances de circonstances, bien heureuses de pouvoir prendre une part du gâteau.

Un tel schéma aurait été impossible sur une étape conduisant au sommet de l’Angliru : arrivés au pied ensemble, les 2 coureurs espagnols se seraient affrontés sur le strict plan physique. A ce petit jeu, Rodriguez s’était déjà montré le plus fort et l’aurait emporté. Au contraire, cette étape qui a renversé le général a servi largement à la fois le spectacle tout comme le sport.

Au-delà de l’aspect tactique ici évoqué, figure aussi le volet technique. Car, sur les routes larges et droites comme le proposent la plupart du temps les Grands Tours, la vitesse est élevée, le peloton très compact (en absence de vent) et par conséquent, le phénomène d’abri/aspiration permet à 90% du peloton d’être parfaitement abrité. A l’inverse, les petites routes sinueuses et étroites étirent forcément le peloton et l’effet d’abri est largement amoindri, mettant rapidement à contribution les équipiers tout comme les leaders qui finiraient par s’employer bien avant les 10 derniers kilomètres. A cet argument en faveur des petites routes, il serait facile pour Thierry Gouvenu de rétorquer avec côté « gigantisme » du Tour de France et la nécessité de faire passer la caravane et les suiveurs. Pour autant, le propos n’est pas ici de dessiner 3500 km de départementales mais une alternance de largeurs de route servirait à coup sûr spectacle et sport.

 

Par Olivier Dulaurent

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