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Roglic ou l’absence de renvoi d’ascenseur ?

Publié le 02/10/2020 15:48

Le Championnat du Monde a ceci de particulier : il se court par équipes nationales et non de marques.

Retour à un cyclisme d’époque pour certains, course hypocrite pour d’autres, toujours est-il que cette course à nulle autre pareille donne l’occasion de prévoir d’autres tactiques aboutissant souvent à un autre spectacle.

Donc pour la seule fois de l’année, le Belge Wout Van Aert et le Slovène Primoz Roglic ne couraient pas avec le même maillot. Mais pour ces 2 coureurs comme pour d’autres, comment oublier ce jour-là, leur employeur du reste de l’année, les réflexes, les affinités et surtout le « passif » ?

Pour ce dernier, il n’est guère question de plonger bien loin : cette année 2020 n’a vu qu’une seule petite semaine entre l’arrivée sur les Champs Elysées et la course au maillot irisé autour du circuit d’Imola.

Le hasard ou plutôt le « à la jambe » a fait que 6 hommes soient projetés à l’avant de la course à mi pente de la toute dernière bosse, avant que Julian Alaphilippe ne prenne qu’un léger avantage au sommet. A peine une dizaine de secondes devant les 5 meilleurs du jour, tout juste battus sur l’explosivité sur des pourcentages élevés face au meilleur spécialiste du monde. Il restait alors environ 16 km. Globalement pas les plus simples : certes quelques parties techniques ne favorisant pas spécialement les poursuivants mais aussi des portions qui permettaient de s’organiser. Effectivement, face à un seul homme qui avait montré qu’il était le plus costaud du jour dans le registre particulier déjà évoqué mais qui ne l’était pas forcément quand il devait s’agir d’enrouler le 53x11. Encore moins face à 5 hommes !

Parmi eux, aucun n’avait le même maillot.

Pour autant, depuis 1 mois combien de temps avait pu passer Wout Van Aert à se mettre littéralement minable pour son leader Primoz Roglic ?

 

Van Aert bien placé dans le pelotonVan Aert bien placé dans le peloton | © Jumbo Visma


Pas le même maillot

Ceux qui ont voulu clore tout début de polémique ont immédiatement rétorqué avec l’argument imparable que si le Championnat du Monde se court spécialement par équipes nationales, ce n’est pas pour faire ressurgir les tactiques habituelles, celles dictées par le sponsor.

Et effectivement, Roglic rêve certainement tout autant que Van Aert d’être Champion du Monde un jour.

Pour autant, ce jour là sur ce parcours là c’est bien le Belge qui était le plus fort et le Slovène le moins costaud du groupe.

Or, quand on parle de « moins costaud », relativisons : sa condition physique du jour lui avait permis de basculer dans la roue des meilleurs donc bien devant les Nibali, Uran, Lopez, Landa, etc.

L’explication de la panne de jambes est alors difficile à croire.

Nous ne sommes pas les seuls à nous être interrogés sur la tactique voire la loyauté de Roglic puisque la polémique est rapidement montée.

En réponse les 2 coureurs ont fait profil bas dans la presse.

Roglic expliquant : « Avec Van Aert, nous sommes des coéquipiers le reste de la saison et j'aurais préféré que Wout devienne champion du monde plutôt qu'Alaphilippe. Mais j'étais à ma limite. Je ne pouvais même plus sprinter. Les quatre autres coureurs avec moi étaient tous plus forts que moi. Après chaque virage, je devais boucher un trou. »

De son côté Van Aert a défendu son coéquipier chez Jumbo Visma : « Primoz était à la limite. Il ne pouvait pas faire mieux. Après sept heures de course, ce n’est pas toujours une question de vouloir aider mais de pouvoir. Je suis certain qu’il voulait m’aider mais il était cuit comme le reste du groupe. Je trouve dommage qu’il y ait autant d’émotion par rapport à cela. Primoz a vraiment fait de son mieux. J’étais en première ligne pour le constater et suis donc le mieux placé pour en juger. »

 

Primoz Roglic Primoz Roglic "caché" sous son masque | © Jumbo Visma

Qu’en est-il réellement ?

Primoz Roglic a ceci d’énigmatique qu’il est difficilement cernable : qu’il soit fort comme lors de nombreux moments clés du Tour ou en difficulté dans la Planche de Belles Filles, il offre (quasiment) la même gestuelle et le même rictus à l’effort.

Mais puisque les 2 coureurs ont finalement la même version des faits et puisque Roglic se sentait bien trop limite pour être Champion du Monde, il est à se demander pourquoi il n’a pas tout donné pour Van Aert – au risque d’exploser à 5 km de l’arrivée mais peu importe dans ces conditions – plutôt que d’accompagner le mouvement pour faire un semblant de sprint… et finir à la même place ou dans le peloton suivant.

En donnant le maximum c’est-à-dire en se sacrifiant pour Van Aert, son employeur habituel Jumbo Visma aurait pu espérer récupérer le beau maillot qui récompense cette journée, c’est-à-dire faire passer la pilule d’un Tour de France laissant un goût amer : prendre la course à son compte pendant plus de 2 semaines puis se faire dépasser quasiment à la photo finish par un coureur ayant bénéficié de ce travail.

Peut-être que 2 relais bien plus appuyés auraient suffisamment rapproché de Julian Alaphilippe ce groupe de chasse, permettant par exemple à Van Aert de faire le jump ou motivant les troupes à effacer les derniers mètres. Ces suppositions ne sont évidemment pas des garanties de victoires pour le « tandem » des Jumbo Visma, mais il apparait que Roglic n’a pas tout donné.

Pour la suite de l’équipe, il est possible d’imaginer que le staff va réfléchir à 2 fois avant de sacrifier tout un groupe pour le coureur Slovène. Voire remettre un coureur néerlandais en guise de leader unique, surtout connaissant le retour au plus haut niveau de Tom Dumoulin ?

 

Par Olivier Dulaurent

 

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