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VTT

Journal de bord de Virginie Souchon

Publié le 24/04/2007 09:24

Journal de bord de Virginie Souchon après la Cape Epic : récit des trois premières étapes effectuées auprès de Julien Sauvigné.
Journal de bord de Virginie Souchon après la Cape Epic : récit des trois premières étapes effectuées en compagnie de Julien Sauvigné.

Du 24 au 31 mars, Julien Sauvigné et Virginie Souchon ont participé à la Cape Epic, premier rendez-vous de la saison VTT en Afrique du Sud. Agé de 23 ans et étudiant en sixième année de droit, Julien Sauvigné pratique le VTT depuis 1998. Résidant à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, dans le Rhône, il participe principalement à des cyclosportives et à des courses de VTT longue distance. De son côté, Virginie Souchon, 32 ans, enseigne la gestion au lycée. Résidant à Bettant, dans l'Ain, la vice-championne de France de VTT marathon possède actuellement l'un des palmarès les plus riches de la scène nationale. Sur la Cape Epic, une course VTT en huit étapes, l'objectif du duo était la victoire au classement des équipes mixtes. Il s'est finalement classé 4ème et 50ème au classement général scratch. Au terme de leur périple, Virginie Souchon revient sur l'aventure du duo. Vous pouvez également retrouver les deux Français sur leur site : www.cmttitan.com.

"J-3. C'est le jour du grand départ. J'ai préparé depuis quelques jours mes bagages et je crains d'oublier quelque chose qui me ferait défaut là-bas, loin de toute commodité. Après le travail, je file à l'aéroport. Je retrouve Julien et nos quatre compagnons lyonnais. Les visages sont un peu crispés, nous partons vers une destination connue mais l'aventure est inconnue... Je doute beaucoup : je crains de ne pas réussir à tenir l'épreuve, de ne pas être au niveau attendu par Julien. Bref, comme toujours avant un objectif majeur, la pression monte : c'est un sentiment classique de peur que je redoute mais que je recherche en faisant de la compétition.

J-2. Comme nous voyageons de nuit c'est en fin de matinée que nous arrivons au Cap. C'est une vue grandiose sur False Bay qui s'offre à nous comme un cadeau de bienvenue. La température annoncée par le pilote paraît clémente : 25 °C, mais dès que nous sortons de l'aéroport nous sentons une lourdeur dans l'atmosphère. Nous prenons ensuite le car pour Knysna, lieu de départ de l'épreuve. Les bidonvilles qui longent la route sur des kilomètres nous rappellent la dure réalité de l'Afrique. Nous avons conscience de notre vie privilégiée, et quelles que soient les souffrances à venir, nous savons que nous les avons choisies. Les paysages traversés sont à la hauteur de ce que j'imaginais : de grandes terres surplombées de montagnes immenses. Après sept heures de route, nous découvrons de nuit la station balnéaire de Knysna. Notre hôtel est tenu par un Français originaire de la région lyonnaise qui est venu s'expatrier il y a trois ans. C'est un hôtel de charme qui respire la douceur et la tranquillité. Après vingt-quatre heures de voyage, je m'endors pour une longue nuit réparatrice.

J-1. Le réveil est magique. Depuis ma chambre, la vue sur la baie est un enchantement, la végétation est luxuriante. Après montage des vélos, nous nous rendons sur le site de départ (Waterfront) par le bord de mer. Là, nous prenons la mesure de l'événement : tant au niveau de l'animation, de l'organisation, de l'ambiance et des têtes d'affiches, c'est une grande épreuve ! L'excitation prend le pas sur le stress et nous sommes maintenant dans la course ! Au retour à l'hôtel, nous testons nos jambes, elles nous semblent plutôt bonnes. Même si je suis concentrée, je prends le temps d'admirer la beauté du lagon. Avec Julien, nous faisons un check-up de nos vélos CMT et préparons les pièces de réparation pour la course. Je décide (ce qu'il ne faut jamais faire avant une compétition !) de changer mes cales de chaussures car je monte des pédales neuves (détail important pour la suite). Après la mécanique, je me plonge dans un bain relaxant propice à calmer l'agitation et faciliter l'endormissement avant le grand jour.

1re étape. Le départ (comme chaque étape) est donné à 7 heures. C'est donc de nuit que nous nous rendons au départ. Le lagon de Knysna est encore endormi. Nous avons obtenu un dossard prioritaire qui nous permet de partir dans la première grille de départ. Devant moi se trouvent les stars de la discipline : Frischknecht, Brentjens, Hermida, Naf, Paulisen Sauser, Minnaar, Platt, Kessiakoff, Ritchey... Nous longeons la baie pendant quelques kilomètres de route puis nous tournons à droite et la pente va s'élever de plus en plus. Je m'accroche à Julien pour ne pas rétrograder mais l'allure est très soutenue. Au bout d'une demi-heure nous sommes dans la forêt pour une grande descente caillouteuse. Julien perd un bidon mais l'esprit vif, il en récupère rapidement un autre au sol. Nous sommes conscients que l'hydratation est la clef des courses longues distances. Perdre un bidon est un gros handicap car il n'y a que trois ravitaillements sur le circuit. Nous ne connaissons pas notre classement mais il nous semble que nous sommes dans l'allure. Une équipe mixte nous double au bout de 50 kilomètres. Nous la gardons en point de mire.

La chaleur devient de plus en plus lourde. Les descentes rapides nous rafraîchissent. Du coup, nous buvons peu. Après le troisième et dernier ravitaillement (km 65), au menu une ascension de 14 kilomètres avec 900 mètres de dénivelée. Les premiers kilomètres sont encaissés dans une gorge à la végétation luxuriante. Puis les premières pentes nous calment d'entrée : le 22x32 de rigueur ! Certains sont déjà à pied. Je m'accroche à Julien. Et c'est alors une grande piste qui va nous mener jusqu'au fameux col du Prince Alfred. Il nous reste encore 10 kilomètres d'ascension et nous n'avons déjà plus d'eau. Je suis au ralenti, ma tête est une cocotte-minute mais je n'exploserai pas ! Deux équipes mixtes nous doublent. Nous sommes bien entamés. La montée nous semble interminable. Après chaque virage, on espère voir le sommet, et c'est encore un autre virage qui s'offre à nous. Lorsque nous passons le col, nous croyons nous refaire la cerise à la faveur d'une descente ultra rapide. Mais la chaleur se rappelle à nous et devient insupportable car nous avons basculé dans le fameux désert Klein Karoo. Dans une dernière ascension au milieu des cactus, l'équipe sud-africaine Absa Pro Mixed nous double. Je suis à l'agonie. Je sens que des crampes se préparent... La descente jusqu'à Uniondale est assez dangereuse, mais nous sommes à l'attaque avec nos CMT, et revenons à quelques secondes des Absa. 200 mètres avant l'arrivée, mes ishios se tétanisent, Julien doit me pousser jusqu'à la ligne. Nous sommes satisfaits de notre condition physique mais la chaleur a été un gros handicap.

2ème étape. Le départ est donné à 7h devant le Collège de Uniondale. Petit moment de stress matinal : je suis dans le parc à vélos et je cherche en vain mon VTT CMT. Il ne se trouve plus à l'emplacement correspondant au numéro de ma plaque. Je sais que si je ne me présente pas avec Julien dix minutes avant le départ, notre équipe devra partir en dernière position. Il est 6h40 et je parcours toutes les allées du parc sans succès. Je demande avec insistance au gardien de m'aider, je crie très fort mon numéro. Le speaker rappelle qu'il ne reste que cinq minutes pour la mise en grille... Puis je vois un bras se lever pour me montrer ma précieuse monture. Je suis sauvée ! Une fois sur la ligne de départ, l'incident est déjà oublié. Nous sommes concentrés sur le profil du parcours que j'ai scotché sur ma potence. Le peloton reste groupé durant les tous premiers kilomètres sur de grandes routes. Le spectacle de l'aube sur les montagnes du Klein Karoo est saisissant.

Julien se positionne en tête du peloton aux côtés des "stars". C'est aussi ça la Cape Epic : une compétition où se côtoient professionnels et amateurs dans un esprit de convivialité. Sauf que cela n'est pas du goût de Paulissen, qui le prend par le maillot pour lui signaler qu'il n'a pas sa place à l'avant du peloton. Je considère ce geste comme un manque de respect. Mais c'est le reflet d'un comportement que j'ai déjà relevé chez certain(e)s champion(ne)s : comme seule la réussite sportive leur suffit, ils ne connaissent pas la politesse, la bienséance, la courtoisie, bref toutes ces qualités qui facilitent la communication. Nous quittons le bitume et la course bat son plein : les pistes poussiéreuses déclenchent les chutes, des cassures se produisent, l'allure est très rapide et je dois rester dans les roues le plus possible. Après une trentaine de kilomètres de 44x13, nous passons le premier ravitaillement sans nous arrêter. Nous entrons dans la réserve naturelle de Kamanassie et les choses sérieuses commencent : 1500 mètres de dénivelé sur 30 kilomètres de chemins très caillouteux. Nous sommes dans l'allure. Nous restons sur nos CMT, même dans les montées les plus raides, ce qui nous hisse à la 4ème place. Mais la chaleur devient de plus en plus pesante. Nous n'avons plus d'eau. Et l'ascension se termine par un portage : rien de tel pour accentuer la déshydratation !

La descente est la plus longue et la plus dangereuse de l'épreuve. Nous rattrapons des coureurs à pied ou qui ont crevé, nous sommes à l'attaque : il ne peut rien nous arriver ! Nous apercevons au loin les fanions symbolisant le Water Point. Nous restons lucides et grimpons avec ardeur la méchante côte avant le ravitaillement. A ce moment-là, boire de l'eau fraîche devient une source de bien-être inestimable ! Nous repartons sur de longues pistes blanches. Nous sommes revigorés mais nous sommes seuls : personne devant ni derrière ! Nous décidons de rouler à un train de sénateur. Au bout d'une quinzaine de kilomètres, l'équipe mixte nous dépasse dans une bosse à un rythme trop élevé pour nous. Plus tard, c'est un wagon d'une dizaine de coureurs (dont une équipe mixte) que nous accrochons. L'allure s'intensifie et le groupe éclate dans les portions sablonneuses. J'ai les pieds en feu, la sueur me brûle le visage, mais les encouragements de Julien font office de rafraîchissement ! Sa combativité est inaltérable ! Nous terminons l'étape la plus longue en 6ème position.

3ème étape. Dès le départ, je sens une contracture au genou droit mais je ne m'inquiète pas. Le profile roulant des premiers kilomètres rend la course ultra rapide. Nous sommes en file indienne avec une visibilité minimale à cause de la poussière. Je remarque que le coureur qui me précède est peu à l'aise dans les ornières. A la faveur d'un virage serré, je fais l'effort pour passer devant lui. Nous roulons en bordure à vive allure. Je me retourne mais je ne vois pas Julien. Je l'appelle. Aucune réponse. Je me laisse décrocher. Julien n'est pas dans le groupe. Je décide de ralentir franchement puis de m'arrêter pour l'attendre. Au bout de six minutes, il apparaît. Il m'avait lui-même attendu, pensant que j'étais derrière ! Nous avons perdu beaucoup de places mais il nous reste encore 100 kilomètres à parcourir ! Nous sommes survoltés ! Durant les 50 kilomètres suivants, nous enchaînons les difficultés avec hargne.

Mon genou me tire de plus en plus. Puis c'est une brûlure qui s'intensifie à chaque coup de pédale. Mon tendon est en train de se consumer. Je ne peux plus appuyer sur ma jambe. Julien me pousse sans rechigner. Il a connu la douleur invisible d'une tendinite sur la Cape Epic l'année dernière. Les 50 derniers kilomètres sont un calvaire. J'essaie toutes les stratégies possibles pour pouvoir rallier l'arrivée : j'étire les ishios, je verse de l'eau, je marche... en vain. Paradoxalement, rouler en force à 30 tours/minute est le moyen qui me permet de pédaler quand même. L'arrivée à Ladismith n'est pas un soulagement. Les ennuis continuent : j'ai beaucoup de mal à me déplacer. Ni la glace, ni le strapping ne m'apaisent. Après le dîner, je constate que ma tente a été visitée : mon portable et mon appareil photo ont été volés ! L'épuisement déclenche une crise de larmes que je ne peux contrôler. Je touche le fonds. Julien sait trouver les mots pour me consoler et me rassurer. Demain sera un autre jour."

A suivre...

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