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Piste

Interview de Corentin Ermenault : le pistard libéré

Publié le 10/12/2019 07:30

Après 3 années dans les rangs professionnels, Corentin Ermenault se livre sur les envers du décor et sur ce côté "monotone" qui l'a dégouté du monde professionnel. A moins d'un an de l'objectif de sa vie, nous l'avons rencontré.

Actuellement en Australie, comment va se dérouler ce moins de décembre pour toi et l’équipe de France ? 

Effectivement on est en Australie mais pour moi ça va pas changer de d’habitude, comme chaque hiver je vais faire ma reprise hivernale. Mais cette fois si ça va être au soleil, on va pouvoir rouler tout le temps sans avoir de soucis météo. Je vais reprendre petit à petit, forcément faire du volume avec des bases foncières sur 3 semaines. Je reste jusqu’au 24 décembre, je vais monter les charges semaine après semaine en profitant de ces conditions climatiques. 

Pour l’équipe de France ça va être un peu différent, ils vont profiter pour rouler pendant ces 2 semaines mais eux ont une coupe du Monde à la fin de ces 2 semaines chose que moi je ne fais pas. Je suis vraiment là pour rouler au soleil. 

Tu viens d’annoncer ton retour Chez les amateurs. Pourquoi ce choix ? Avais-tu d’autres propositions chez les professionnels ?

Ce choix n’est pas compliqué. Concrètement, le monde professionnel ne me plaisait pas vraiment. J’étais pas très très heureux. Au fur et à mesure je me rendais compte que dans ma vie je n’étais pas heureux à faire ce que je voulais. A partir du jour où je l’ai annoncé, je me sentais comme libéré. J’ai décidé de me concentrer plus sur la piste, domaine dans lequel je peux m’épanouir vraiment. Oui j’avais eu d’autres propositions d’équipes professionnelles mais je n’étais pas prêt à repartir dans ce monde pro qui ne me plaisait plus. J’avais besoin de voir autre chose, j’ai même hésité à arrêter mais je me suis dit « on est à un an des jeux alors on va se donner à fond jusqu’à cet objectif et on fera les comptes après ». 

Corentin au Championnat de France Elites à la Haye-FouassièreCorentin au Championnat de France Elites à la Haye-Fouassière | © Flore Buquet

Qu’est-ce qui t’a convaincu chez l’AVC Aix en Provence ?

C’est moi-même qui était très intéressé pour rejoindre l’AVC Aix, dès le départ. Au début c’était assez compliqué mais au final ça s’est fait. Ce qui m’a vraiment convaincu c’est la proximité parce qu’au début j’avais pensé à Nogent sur Oise, moi qui sortais de ce club mais au final ça faisait vraiment loin. L’AVC Aix ont un très beau programme, j’ai un ami qui habite à côté de chez moi qui est là-bas et qui m’en parlait beaucoup. Ça va être plus simple comme ça. Le point qui m’a rendu sûr de mon choix c’est le côté social et humain de Jean Michel Bourgouin le manager. Je l’ai eu au téléphone et j’ai tout de suite accroché. C’est très important pour moi le côté psychologique et là je suis tombé sur une personne qui a la même philosophie que moi.  

A quoi t’attendais-tu en étant professionnel ? Qu’est ce qui ne t’a pas convenu ? 

Quand j’étais petit je voyais les professionnels avec une vie parfaite : tu fais ton sport avec aucun souci. Mais ça représente pas du tout ça, c’est beaucoup de contraintes et pour une personne qui n’est pas passionnée comme moi, c’est très compliqué. Faire des choses pour les autres c’est vraiment pas mon truc, je préfère faire les choses pour moi. On était dans un système assez spécial et ça ne m’a pas plu du tout, ce n’était pas une expérience concluante tout simplement.

Je trouve qu’on allait sur les courses sans envie, à force de faire les trajets, on est tombé dans un système très monotone où il n’y a plus d’envie en arrivant sur les courses. Avant j’avais un esprit de conquérant, de vainqueur et là, on nous a juste appris à faire notre boulot, cette même routine. On ne nous apprend plus à gagner en essayant de faire des choses, d’aller à l’avant mais c’était très monotone. Comme au travail où l’on vient à la même heure, on fait notre job, on parle pas et on repart.

Le plaisir n’était plus présent et quand il n’y a plus de plaisir, automatiquement plus d’envie et de bons résultats. J’allais aux courses pour dire d’aller aux courses.

Les courses aussi ne m’ont pas convenu, c’était très ennuyant, toujours le même style de courses : l’échappée qui part ensuite ça roule tranquille puis ça accélère à la fin. C’est vraiment une caricature mais c’est tout le temps ça. Je trouvais ça très très long, je m’embêtais sur le vélo, les journées étaient longues. 

De retour à ton plus haut niveau sur piste, comment es-tu parvenu à retrouver la forme espérée ?

J’ai pas changé grand chose, je me suis vraiment bien entraîné pour la fin de saison. J’ai vraiment pris beaucoup de caisse à force de m’entraîner. J’ai pris plus de force et surtout j’avais confiance en moi. Je suis arrivé aux championnats d’Europe avec une grande sérénité. Chose que j’avais avant d’arriver chez Vital Concept B&B-hôtels et que j’ai perdu. Et quand j’ai annoncé mon arrêt, ça a été comme une libération et la confiance est naturellement revenue. C’était pas le même Corentin, j’étais là pour gagner et ça a payé. 

Le nouveau Champion d'Europe de la disciplineLe nouveau Champion d'Europe de la discipline | © Corentin Ermenault

Comment se déroule une semaine type pour toi ?

Une semaine type pour moi ça dépend vraiment des moments, des objectifs et compétitions mais on va dire que par exemple sur cette semaine de reprise ce sera : 

  • Lundi : repos
  • Mardi : muscu matin et vélo après-midi avec des exercices 
  • Mercredi : foncier
  • Jeudi : muscu matin et vélo après-midi avec des exercices
  • Vendredi : foncier
  • Samedi : foncier
  • Dimanche : foncier

Quelles sont les qualités requises pour être un bon poursuiteur ? Dans quel domaine peux-tu encore progresser ?

Pour être un bon poursuiteur, il faut savoir rouler très très vite et longtemps. Forcément il faut une très bonne PMA et une bonne position sur le vélo parce que c’est toujours quelques watts de gagnés et qui seront très important quand on sait que ça se joue à quelques dixièmes parfois. Aussi, il faut une bonne tolérance au lactique, savoir résister jusqu’à la fin de l’effort. 

Je pense que je peux encore progresser quand la position aéro, il y a toujours quelques choses à aller chercher. Après, sur mon dernier kilomètre, je peux encore progresser en restant sur la même allure que mes 3 premiers kilomètres. Travailler la régularité toujours, ça c’est quand même un point fort que j’ai et ça sera bon pour le Mondial. 

Les objectifs pour cette année ? Piste et route ? 

Les objectifs ? C’est pas compliqué : après ma reprise ce sera à la coupe du Monde à Hilton du 23 au 26 janvier. Ensuite les Championnats du Monde sur piste au mois de mars qui seront le gros objectif et qui vont permettre de découler ou non sur les Jeux Olympiques. Les Jeux Olympiques c’est le plus gros objectif de ma carrière, de ma vie, j’aimerais bien y faire l’américaine aussi si on y va. Quant à la route ce sera surtout en chrono avec le Championnat de France mais le mot d’ordre sera de s’amuser.  

Corentin au côté de son plus grand supporter : son père et ancien champion, Philippe.Corentin au côté de son plus grand supporter : son père et ancien champion, Philippe. | © Thomas Maheux

Est-ce ton père qui t’entraîne ? 

Mon père ne m’a jamais entraîné. J’ai un entraîneur qui s’appelle Mathieu Jeanne qui est sur Amiens et qui a un site : cycletraining. Il a toujours été mon entraîneur, il est vraiment très bon, très précis et a toujours fait progresser énormément de monde, ce qui m’a impressionné. Sur les watts, les nouvelles technologies, il est très calé et on s’entend très bien là-dessus. 

En poursuite par équipes, faîtes-vous des analyses vidéo ? Comment gérez-vous votre effort ? Faîtes-vous des retours avec vos capteurs de puissance ? 

En poursuite par équipes, on a tous des capteurs de puissance. On fait un effort et après on a tout de suite les données sur les ordis des coachs. Ils font leur analyse et après on fait un débriefing avec des retours sur les watts quand on est devant, dans les roues, au passage de relais.. Tout ça pour améliorer et voir ce qu’on pourrait changer. L’analyse vidéo a aussi une grande importance et le tout est fait sur place.  

Peux-tu nous décrire le rôle des 4 poursuiteurs ?

En démarreur on a Valentin Tabellion, il vient d’arriver donc je ne connais pas encore ses qualités et défauts mais il démarre très bien. Il nous met directement dans l’allure, dès son deuxième tour, dès que Benjamin Thomas, le numéro 2 passe, on est déjà dans l’allure et on a plus besoin d’accélérer et ça c’est vraiment un point fort pour l’équipe. 

Ensuite on a Benjamin Thomas en 2, là il n’y a pas grand chose à dire, il est très très fort. Il nous laisse dans l’allure et y’a plus qu’à continuer de rouler. 

En 3 on a Thomas Denis. C’est un coureur qui a eu pas mal de soucis mais moi je crois vraiment en lui. Il a d’énormes capacités, je lui ai toujours dit donc je pense que ce coureur va énormément progresser dans le temps. Il a une très bonne PMA donc je pense que dans le futur il sera un élément clef pour cette poursuite. 

Corentin en capitaine de route de cette poursuite par équipesCorentin en capitaine de route de cette poursuite par équipes | © Corentin Ermenault

On constate que beaucoup de cyclistes résident sur Nice, pourquoi selon ton ? 

Oui il y a beaucoup de coureurs sur Nice tout simplement pour le climat : la beauté du climat et du terrain de jeu. La plupart des étrangers sont dans le coin, sur Monaco donc c’est vraiment pour les parcours qui sont proposés autour de Nice. On a une météo vraiment clémente donc c’est le top.

Ton cycliste préféré ?

Mes coureurs préférés étaient depuis tout jeune Alberto Contador et Bradley Wiggins.

 

Par Jade WIEL

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