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Les 101 qui font le cyclisme français : S. Bellon (Sodexo)

Publié le 11/02/2020 08:00

Ce mardi, portrait d'une femme si éloignée des remous du cyclisme français et pourtant si importante pour cet univers à part entière. Portrait de la présidente de Sodexo, restaurateur officiel du Tour de France : Sophie Bellon.

C’est une femme à la tête d’un mastodonte de restauration collective, unique dans son genre à présider le conseil d’administration d’une entreprise du CAC 40. Fille du fondateur de la société, elle est pourtant loin d’avoir hérité des manettes sous forme de cadeau. Après s’être longtemps exilée aux Etats-Unis puis fait ses classes au sein du groupe, elle est parvenue à s’imposer à ses frères et sœurs comme la successrice de la figure patriarcale. Personnage discret et sympathique, elle est aussi capable de faire preuve d’autorité lorsque la situation le requiert, s’imposant naturellement à ses équipes comme une directrice humaine mais ferme et déterminée à poursuivre l’envolée financière opérée par son père. Loin de l’univers du cyclisme, elle s’est cependant retrouvée à la tête d’une entreprise qui régale le Tour de France chaque année depuis plus de 28 ans. Ainsi, ce mardi, portrait de la Présidente de Sodexo, Sophie Bellon. Sophie BellonSophie Bellon | © AFP

Son parcours :

Née le 19 août 1961 à Marseille, aînée d’une fratrie de quatre enfants, Sophie Bellon n’a que 5 ans lorsque son père Pierre crée à partir de l’entreprise familiale une société d’exploitation hotellière, aérienne, maritime et terrestre, dont il tire le nom de Sodexho. Arrière-petite-fille d’un entrepreneur marseillais, Sophie Bellon voit alors le patriarche dépasser ses ancêtres. En effet, sa croissance naturelle s’accompagne d’une expansion phénoménale de la société de son père. Héritant du goût de ce dernier pour le commerce, facilité par un succès hors du commun, elle s’engage à son tour dans des études de business en intégrant l’EDHEC, dont elle sort diplômée en 1983.

S’étant vu rabâcher durant toute son enfance que l’on ne confond pas organigramme et arbre généalogique, elle s’éloigne de la figure paternelle en s’envolant vers les Etats-Unis pour rejoindre à New York la filiale Fusion Acquisition de LCL. Déterminée à faire ses preuves dans le pays roi des affaires, elle n’y reste pas moins de neuf ans, passant notamment par le secteur de la mode, où elle fait ses armes. Epanouie dans l’environnement de liberté et de multiculturalisme offert par la cité nord-américaine, elle prend toutefois la décision de revenir en France en 1994. En effet, l’arrivée de deux enfants durant ce long séjour au pays de l’oncle Sam la convainc des bienfaisances du milieu familial.

Prête à relever le défi d’une carrière dans une multinationale familiale où son père serait aussi son patron, elle entame ainsi le challenge d’une séparation stricte entre l’employée lambda et la fille chérie. Si ce choix fait longtemps hésiter Pierre Bellon, celui-ci finit par la nommer à la direction financière, avec la consigne d’exceller pour progresser. Le doute ne subsiste pas longtemps dans l’esprit paternel. Dès l’année suivante, Sophie Bellon se retrouve au cœur du projet de rachat de la société britannique Gardner Merchant, permettant ainsi à Sodexo de doubler de taille. Répétant l’expérience en 1998 avec le rachat de l’américain Marriott Management Services, la marseillaise permet non seulement au groupe de croître à nouveau considérablement, mais aussi de s’ouvrir encore plus à son secteur d’avenir, celui de la distribution de repas collectifs en France comme sur l’ensemble des continents du globe. Actrice de la mue de Sodexo de l’entreprise familiale à une multinationale impressionnante, consciente des évolutions de son temps, la française dépasse toutes les espérances de son père, qui, empli de fierté, se montre beaucoup plus coopératif quant au passage de sa fille à la direction de la planification stratégique du groupe. Sophie Bellon avait amplement réussi son pari initial, il fallait désormais qu’elle confirme ces coups d’éclats financiers. Dans la continuité du travail opéré durant les années précédentes, la bucco-rhodanienne mène la transition du groupe d’un contrôle financier vers une gestion plus opérationnelle des différentes filiales internationales de Sodexo, afin de garder la main sur l’ensemble tout en se développant à l’international. Repérée par Michel Landel, elle devient en charge de la fidélisation des clients lorsque celui-ci est élu directeur général en 2004, au point de devenir directrice générale du segment entreprises quatre ans plus tard. Un nouveau domaine dans lequel la française s’épanouit et se découvre des qualités au-delà de son secteur privilégié des affaires.Pierre et Sophie BellonPierre et Sophie Bellon | © AFP

Un panel de talents qui a compté lors de la fameuse réunion familiale des Bellon en 2012. Pierre Bellon ayant en effet convoqué ses quatre enfants pour leur exprimer son souhait de voir la présidence du groupe se prolonger sur une génération supplémentaire, il leur demande de se concerter mutuellement pour désigner son successeur en évitant tout conflit. Une entreprise bienveillante et généreuse, mais aussi risquée, capable de mener à une lutte fratricide. Avec trois candidats pour un trône de prestige, l’enjeu est immense, dépassant les liens de sang les unifiant. Cependant, ces craintes ont vite été balayées. Aidé par la présence d’un facilitateur ainsi que la multiplicité des postes à responsabilité dans la société, les négociations se règlent dans un climat paisible. Et forte de ses succès passés et de la réussite de sa carrière, c’est l’aînée qui s’impose finalement. La passation de pouvoir a lieu le 19 janvier 2016, signant la transmission de ce patrimoine entrepreneurial sur une quatrième génération, marquant l’histoire en offrant pour la première fois depuis la formation du CAC 40 la présidence de l’un de ses groupes membres à une femme, couronnant ainsi la véritable success-story de Sophie Bellon. 

Son statut aujourd’hui :Le stand Le stand "espace gourmand" de Sodexo sur le Tour de France | © Olivier Chabe

Aujourd’hui présidente du conseil d’administration depuis 3 ans, la marseillaise est à la tête du 18e employeur mondial avec plus de 400 000 employés, générant 20 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Un véritable titan du commerce international, maître incontesté et incontestable de la distribution de repas collectif.

Mais si la cinquantenaire a sa place dans cette rubrique, ce n’est pas pour les résultats économiques spectaculaires du groupe éponyme, mais bien pour l’investissement de Sodexo dans le cyclisme et notamment au cours des trois semaines du Tour de France. Restaurateur officiel du Tour de France, la société prépare et sert en effet pas moins de 3 500 prestations culinaires quotidiennes depuis plus de 28 ans. En mobilisant environ 60 collaborateurs et une dizaine de véhicules chaque jour, c’est l’équivalent d’une caravane Sodexo qui parcourt durant les 21 étapes les routes de France. Des villages départs à l’arrivée en passant par la restauration en course, la corporation distille en continu ses services auprès des invités de la course. Surtout, cet investissement de Sodexo dépasse largement les frontières de la Grande Boucle pour s’étendre jusqu’à d’autres épreuves organisées par ASO, dont le siège se situe d’ailleurs aussi à Issy-les-Moulineaux, et même jusqu’à d’autres disciplines, comme le tennis avec les Internationaux de France. Ainsi, des stades aux courts en passant par les routes, Sodexo est partout, profitant du sport pour constituer une formidable vitrine de ses services.

Par Jean-Guillaume Langrognet