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Piste

Le résumé des mondiaux sur piste 2021

Publié le 25/10/2021 19:30

Des bleus en or, une retraite en apothéose et un ogre sans satiété, voilà ce qui pourrait bien définir ces championnats du monde de piste disputés sur le "Stab" de Roubaix la semaine passée.

Première couronne pour Donovan Grondin

Donovan Grondin en or sur le scratchDonovan Grondin en or sur le scratch | © UCI

« Maillon faible » de la contre-performance française en américaine aux JO de Tokyo, Donovan Grondin s’est sacrément bien rattrapé aux mondiaux de Roubaix ! Intronisé représentant tricolore en scratch, il est devenu le premier français à remporter l’or dans la discipline depuis Morgan Kneisky en 2009, affichant force et maîtrise de bout en bout de cette course longue de 15 kilomètres. « On ne sait jamais ce qui va se passer, c’est aléatoire. Dans le dernier tour, j’avais en tête de ne pas craquer, de tout donner et j’ai réussi. » a-t-il déclaré à la presse à sa descente de selle, fier de son coup. Sa victoire, il ne la doit pas à la chance, mais à un état de forme éclatant, comme il en a rarement eu dans sa carrière. Auteur d’une saison décevante sur route avec le Team Arkea-Samsic, « Dino » a fixé tous ses objectifs sur cette ultime échéance du calendrier, prêt à faire enfin valoir l’amplitude de son potentiel. Effectivement, au-delà de son titre, la copie rendue par le réunionnais éclaire le staff français de ses capacités, en vue des futures échéances. Etant donnée la marge de progression dont il dispose, il ne serait pas étonnant qu’il fasse du grand évènement de Paris 2024 une véritable fête nationale sur le vélodrome de Saint Quentin en Yvelines, où son association avec Benjamin Thomas en Madison pourrait faire fureur.

 

Benjamin Thomas renouvelle son bail avec l’arc-en-ciel

Benjamin Thomas médaillé d'or en course aux pointsBenjamin Thomas médaillé d'or en course aux points | © UCI

Personnage lumineux, Benjamin Thomas aime trop les couleurs de l’arc-en-ciel pour s’en séparer. Alors peu importe la discipline, il se débrouille toujours pour l’endosser au moins une fois par an. Après l’américaine en 2017, l’omnium en 2017 et 2020, le tarnais s’est fait champion du monde de la course au point cette saison. Dans une discipline propice aux pièges, le scénario fut parfait. Récompensé de ses efforts d’offensive en début d’épreuve (2x 20 points pour 2 tours de pris au peloton), il se détacha très rapidement au classement avec le belge Kenny De Ketele, transforma ainsi cette épreuve en duel. Débarrassé de toute considération stratégique quant aux adversaires à suivre ou à laisser filer, il a pu calquer sa course sur son rival, et profiter d’une meilleure explosivité pour le remonter progressivement. Le renversement eu lieu à 20 tours du terme, comme l’aboutissement d’une tendance inéluctable. Frustré après sa contre-performance des JO en Madison, le coureur de la Groupama-FDJ n’a pas pu retenir son émotion en zone mixte, libéré de toute la pression d’une saison. Encore impressionnant de maîtrise, le futur pensionnaire de la Cofidis a encore de belles années devant lui, sur route et surtout sur piste.

La fin du duo Wild – Pieters en apothéose, la naissance de la paire Le Net – Copponi

La paire Copponi - Le Net a enflammé le Stab samediLa paire Copponi - Le Net a enflammé le Stab samedi | © FFC

Elles voulaient se quitter heureuses. C’est désormais chose faite. Après un troisième titre consécutif en américaine, Kirsten Wild et Amy Pieters se séparent, laissant la première prendre une retraire bien méritée. Durant ces trois dernières années, les Néerlandaises ont véritablement régné sur la discipline, comme en témoigne encore cette course pleine de sang-froid samedi dernier, dont elles n’ont jamais lâché le leadership. Trop en retrait sur la route pour en recueillir les honneurs, Kirsten Wild s’est largement rattrapée avec la piste, concluant donc sa carrière à Roubaix sur un neuvième titre de championne du monde, toutes disciplines confondues. Et à 30 ans, sa dernière partenaire, Amy Pieters a encore de quoi remplir sa besace, loin d’être rassasiée de ses trois couronnes.

Mais elle devra désormais compter sur la concurrence fournie par la relève française, avec le brillant duo composé par Marie Le Net et Clara Copponi, passées de vice-championnes d’Europe à vices championnes du Monde en l’espace d’un an. Très déçues de leur prestation de Tokyo, où elles avaient raté le podium de peu, les bleues ont parfaitement rebondi à domicile pour s’offrir leur première breloque planétaire. Et au-delà de cette performance, elles remarquent aussi la dimension des progrès effectués pour se tourner désormais vers la quête de succès. "Franchement, ce n'est pas la même médaille que l'année dernière", analyse d’ailleurs la bretonne. "Là, on a montré qu'on était fortes et je pense qu'on a pris la course en main. Il nous reste quelques petites erreurs à rectifier, mais on est prêtes pour aller chercher le maillot et on l'aura un jour." Il n’en fait aucun doute.

 

L’ogre Lavreysen

Harrie Lavreysen aux JOHarrie Lavreysen aux JO | © UCI

On l’avait double médaillé en vitesse à Tokyo. On le retrouve triple champion du monde à Roubaix. Décidément, Harrie Lavreysen est un monstre de force, un ogre de succès. Même son compatriote Jeffrey Hoogland n’a rien pu faire face à lui en keirin et vitesse individuelle. Et le français Sébastien Vigier a vu ses rêves de finales brisé en le croisant en demies dans la dernière épreuve citée. En fait, le néerlandais semble imbattable, et au lieu se vaciller, son trône semble se consolider au fil des années. Il faut dire que le phénomène n’a que 24 ans, et encore un paquet de belles années devant lui, en pleine possession de sa puissance. Son tombeur n’est peut-être même pas encore pro… Son bilan est ainsi sidérant. En seulement quatre ans, le néerlandais s’est adjugé pas moins de neuf couronnes mondiales ! Désormais, il ne visera plus les simples titres mais les records, pour forger de plus en plus profondément sa marque dans la discipline. D’ores et déjà multiple couronné, il reste encore l’Histoire à écrire pour Harrie Lavreysen.

 

L’hégémonie féminine allemande

L'équipe allemande de poursuite par équipesL'équipe allemande de poursuite par équipes

Jamais une nation n’avait réalisé de triplé aux mondiaux en poursuite individuelle féminine. Pas même du temps de la grande URSS, ni même à l’heure de l’essor des pays anglo-saxons. C’est désormais chose faite. Lisa Brennauer, Franziska Bausse et Mieke Kröger ont réalisé cet exploit, portant le drapeau germanique de part et d’autre du podium. Et pour affirmer un peu plus leur supériorité dans l’exercice, la dernière nommée s’est offert un tour d’avance sur la pauvre italienne Martina Alzini dans la course aux points. Ces mêmes filles, associées à leur compatriote Laura Süssemilch ont d’ailleurs écrasé la nation transalpine en poursuite par équipes. Et pour compléter le portrait de mondiaux parfaits, Lea-Sophie Friedrich et Emma Hinze se sont partagé les quatre épreuves de vitesse. Dément. En tout et pour tout, l’Allemagne a décroché 6 des 11 titres offerts par ces championnats du monde de Roubaix, réalisant-là une domination hégémonique tout simplement ahurissante. Ce strike de performances souligne également les immenses progrès réalisés outre-Rhin dans le domaine de la piste, et particulièrement du côté féminin, où les résultats ont été boostés par un rigoureux travail de formation de l’ombre, polissant les pépites du pays. Finalement, ce carton plein symbolise l’importance des investissements dans le sport, dont feraient bien de s’inspirer les autorités françaises.

Par Jean-Guillaume Langrognet

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