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Journaux de bord

Interview de Sylvain Chavanel

Publié le 19/09/2019 07:40

A l'occasion du défi du Ventoux GSF, nous avons rencontré Sylvain Chavanel, jeune retraité du peloton, qui profite de sa nouvelle vie.

Sylvain Chavanel a encore de bonnes jambes. Invité d'honneur du 13ème défi du Ventoux GSF, Trophée Eric Caritoux, il est monté en 1h25, partant de l'arrière pour remonter et discuter avec presque tout le monde. L'occasion pour Vélo 101 de faire le tour de l'actualité avec ce champion simple et abordable qui garde un regard bienveillant et aiguisé sur le cyclisme et gagne même en VTT où il disputera le Roc marathon voire aussi le Roc d'Azur.

 

Bonjour Sylvain, c’est un plaisir de vous revoir dans le Ventoux. Vous avez mis combien de temps aujourd’hui pour monter ce Ventoux par Bedoin ?

À peu près 1h25. J’ai pris le temps de discuter avec les derniers du groupe, on était une centaine donc c’était sympa. Après, j’ai voulu faire un peu d’efforts pour voir et c’est pour ça que je l’ai monté à un bon rythme quand même, je pense qu’1h25, c’est correct. Maintenant, j’ai plus trop l’habitude de monter des cols, mais c’est toujours plaisant de revenir sur des terrains où on a bagarré en compétition. Le Ventoux, je l’ai pas monté trop de fois, mais j’ai des bons souvenirs, je crois que j’ai fait 5e, à la pédale, sur le Dauphiné, puis une autre fois sur le Tour de France où j’ai fini 5e après une échappée il n’y a pas si longtemps que ça, en 2016, où l’arrivée était au Chalet Reynard. Ensuite, j’ai aussi eu des mésaventures, par exemple, j’ai perdu un maillot jaune sur l’autre versant à Paris-Nice. Bon, c’est un terrain que je connais un petit peu, mais je venais pas là tous les ans.

Ça fait partie des cols les plus difficiles que vous avez croisé ?

Ça fait partie des cols mythiques qui ont marqué l’histoire du vélo. Les conditions sont toujours extrêmes : Soit il fait super beau, soit il y a un fort vent. Le paysage aussi est magnifique, on a l’impression d’être sur une autre planète. C’est vrai qu’en course, on n'a pas le temps d’admirer tout ça, et aujourd’hui j’ai pu voir qu’il y avait une belle vue en haut (rires).

Est-ce que vous suivez la Vuelta ?

Je ne regarde pas trop la Vuelta à la télé, mais je regarde les résultats et je vois que l’équipe Quick Step est très forte, que Roglic est haut dessus et que Valverde est toujours inépuisable (rires).


chavanel spa 2010chavanel spa 2010 | © lemonde.fr

Justement, vous connaissez bien la Quick Step, on a l’impression que malgré les grosses personnalités, l’équipe est fluide. Comment est-ce que vous expliquez ça ?

En fait, il y a une atmosphère spéciale là-bas. C’est vrai que Patrick Lefévère est incroyable et il n’y a que des champions, ce qui tire le groupe vers le haut. Un champion va aider un autre champion et vice-versa en fonction de la condition du moment. Tous les grands champions ne se mettent pas tout le temps au service des autres, sauf chez Quick Step, et je pense que ça fait la force du groupe. On le voit, ils sont solidaires, et même moi qui ne fais plus partie du groupe depuis 2013, je sens qu’il y a quelque chose qui se dégage qu’on ne retrouve pas dans d’autres structures.

Philippe Gilbert a 37 ans et il vient de signer un contrat de 3 ans. Ça ne vous donne pas des regrets ?

Non, moi, je suis allé jusqu’à l’aube de mes 40 ans et peut être qu’il va le faire aussi. On a Valverde qui a signé jusqu’à 2021 je crois, et aujourd’hui, je pense que la nouvelle génération ne serait pas capable de faire une aussi longue carrière.

Nous, spectateurs, on a toujours plaisir à voir des coureurs comme vous qui prolongez votre carrière, ça veut dire que vous aimez votre métier ?

On aime notre métier, mais c’est sûr que à un moment donné, on n'a plus notre place et il faut savoir aussi laisser la place aux jeunes. Après, quand on est performant, je vois pas pourquoi on devrait arrêter. Tant qu’un coureur prend du plaisir, qu’il ramène des résultats et qu’il aide le groupe en transmettant son expérience, il a tout pour continuer. Si c’est pour être dégoûté et aigri, il faut savoir dire stop.

Chavanel au Ventoux GSFChavanel au Ventoux GSF | © Team europ'énergie

Si vous avez suivi la Vuelta, il y a eu un début de polémique concernant le fait que Movistar roule après la chute de Roglic, vous voyez ça comment ?

Dans un peloton, il y a toujours des codes. Quand quelqu’un s’arrête pour ses besoins naturels ou quand il y a une chute, il y a des codes comme quoi on ne doit pas attaquer ni rouler. Là, apparemment, Movistar a roulé après la chute. Le problème, c’est qu’ils ont mis en place leur tactique, après ils ont été obligé de s’excuser dans un communiqué, mais de toute façon, la tactique des Movistar, on a du mal à la suivre, peu importe le scénario, on l’a vu aussi l’autre jour avec Soler…

On a parlé des coureurs qui prolongent leur carrière professionnelle, et, à l’inverse, on a Rik Verbrugghe qui sélectionne Remco Evenepoel, à la fois pour le contre-la-montre et la course en ligne et certains disent qu’il est trop jeune pour l’emmener sur les compétitions de haut niveau ?

La Belgique est l’équipe favorite, quand on voit les individualités qu’il va y avoir, en plus de leur expérience sur les championnats du monde, où ils ont prouvé qu’ils arrivaient à construire un groupe pour aller chercher le titre mondial. On a vu que Gilbert est en forme et que la dernière fois qu’il a été champion du monde, il avait gagné 2 étapes sur la Vuelta, et c’est ce qui s’est produit cette année. Ce sont des gars à mettre sur la liste des favoris, tout comme Mathieu Van der Poel, et notre Julian Alaphilippe national qui est numéro 1 mondial. Il va y avoir un beau championnat du monde avec une belle bagarre entre les grosses nations du vélo comme la Belgique, la France, les Pays-Bas, l’Italie qu’il ne faut jamais oublier car les italiens sont des hommes de championnat aussi. Concernant Evenepoel, c’est un phénomène, donc il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Il a commencé le vélo tardivement après avoir commencé à faire une carrière dans le football, donc c’est un individu qui est fait pour être dans la lumière. Là, il continue de progresser, il prend de la caisse chez Quick Step et on le voit, dès ses premières années, il arrive à performer.

On pourrait rajouter la disparition de Bjorg Lambrecht ce qui va ajouter du caractère aux belges comme on l’a déjà vu aux championnats d’Europe ?

C’est vrai que les belges ont morflé côté décès dans le vélo donc on verra leur réaction.

On vous a vu changer de discipline, en étant passé sur le VTT, notamment sur la Titan du Désert avec des succès, c’est une discipline à laquelle vous vous adonnez de plus en plus ?

Écoutez, oui, j’aime toucher à tout, mais, par exemple sur la Titan du Désert, je n’étais pas entraîné. Je découvre des choses sans pour autant faire des entraînements que j’ai pu faire en étant professionnel, donc c’est plus du plaisir, même si on reste des compétiteurs, on aime le jeu. J’ai commencé la Titan du Désert en étant vraiment mal, j’ai souffert de la chaleur, je sortais d’une blessure, puis mon moteur a tellement été habitué à souffrir que j’ai quand même réussi à remporter l’étape reine de la course, et ça m’a tellement plu que j’ai envie d’y retourner l’année prochaine.

Sylvain Chavanel sur le podiumSylvain Chavanel sur le podium | © Vélo 101

Dans à peu près 15 jours, il y a le Roc d’Azur, c’est un événement où on vous a déjà croisé. C’est quelque chose que vous pourriez faire cette année ?

J’y serai avec la société Two Nav, une société de navigation GPS Espagnole. C’est prévu que je fasse l’épreuve Marathon ou l’épreuve Master la veille, puis une journée au salon. Avec cette société, j’ai un défi qui m’attend. Du 15 au 21, je vais faire partie du groupe VTT et je suis ambassadeur pour faire connaître le nouvel appareil. On partira de Cadaques, et il y aura une autre équipe de Trail qui partira de Saint-Jean de Luz, et le but, c’est de se rejoindre au niveau des crêtes pyrénéennes. Tout le monde peut y participer, on peut s’inscrire sur le site de Two Nav, il y a un petit concours. Par contre, c’est quand même une belle galère, même si ça reste une ballade, parce que c’est quand même 900 kilomètres avec plus de 20 000 mètres de dénivellation, donc c’est costaud.

On s’est également croisé sur le Tour de France où vous travailliez pour le journal l’Equipe, de quoi est fait votre quotidien maintenant ?

Je profite de mon temps libre pour être plus présent dans ma famille, j’entraîne les chevaux chez des professionnels parce que j’ai fait une demande de licence amateur « Trot ». Je vais pouvoir découvrir quelques courses la saison prochaine. Je suis ambassadeur pour Two Nav, j’ai des défis sportifs et je me suis mis au triathlon, une discipline que j’apprends, mais je veux rester sur le « Half » pour l’instant parce que ça demande beaucoup d’entraînement encore donc, je suis quand même pas mal occupé.

Revenir proche d’une équipe ou pourquoi pas en manager une, comme l’a fait Jérôme Pineau, est-ce que ça vous est venu à l’esprit ou pas du tout ?

Aujourd’hui, c’est pas le cas, je suis pris par mes occupations, j’en profite énormément et j’ai pas de manque particulier pour le moment. Je savoure ma vie actuelle.

 

Par Nathan Malo

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