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TDF #13 : Une décennie de désillusions

Publié le 11/09/2020 18:35

Cette nouvelle décennie de Tours se referme comme elle s’était ouverte : par des défaillances tricolores, alors même qu’elle devait être celle du renouveau et du retour au sommet.

Le 22 juillet 2011, Thomas Voeckler craquait au pied de l’Alpe d’Huez à la suite d’une grossière erreur tactique, abandonnant non seulement son maillot jaune mais aussi tout espoir de podium. Ce vendredi 11 septembre 2020, Guillaume Martin et Romain Bardet sont brusquement passés du statut de prétendants au podium à celui d’outsiders évoluant hors du top 10 du classement général. Et ces deux extrémités de la parenthèse sont bien représentatives de ce qu’elle contient.

La décennie 2011-2020 fut celle des grands espoirs, portée par une génération dorée, comptant sur Thibaut Pinot, Romain Bardet, Guillaume Martin, Pierre Rolland voire Warren Barguil pour qu’un français endosse à nouveau la toison d’or sur les Champs-Elysées, et prenne enfin la succession du grand Bernard Hinault. Certain d’entre eux sont passés à côté de carrières pourtant bien entamées. D’autres ont touché du doigt ce rêve avant de s’écrouler. C’est notamment le cas des deux premiers nommés.

Brillant pour son premier Tour, Thibaut Pinot a rapidement déchanté dès sa seconde participation à la Ronde de Juillet. En perdition dans la descente du col de Pailhères, il y avait connu son premier coup dur. Entre les éclaircies et phénoménaux exploits, ils se sont multipliés. Et plus le franc-comtois montait haut, plus il semblait en mesure d’écraser à la pédale le gratin du cyclisme mondial, plus la chute s’avéra douloureuse. Demandez à William Bonnet, témoin privilégié de son cruel abandon l’an passé, à quel point il fut compliqué de consoler le haut-saônois, alors en pole position pour ravir à Julian Alaphilippe le précieux Graal et le conserver jusqu’à Paris.

Du côté de Romain Bardet, la courbe n’est pas sinusoïdale mais simplement parabolique. Une longue ascension avant un fatal déclin. 15e en 2013 puis 6e en 2014, le brivadois est monté en puissance sur l’entame de sa carrière, alors protégé des feux médiatiques par l’étonnant Jean-Christophe Péraud, leader des terres et ciel. Projeté ensuite sur le devant de la scène, il avait agréablement surpris dans la descente de la côte de Domancy, d’où il s’est envolé pour accrocher une extraordinaire victoire d’étape couronnée d’une seconde place au classement général final, derrière l’imbattable Chris Froome. A 25 ans, le meilleur devait être encore à venir. Et pourtant, il était déjà passé. Miraculeux troisième l’année suivante, le français s’est avoué impuissant lors de l’édition 2018. 6e sans regrets derrière une brochette d’impitoyables rouleurs-grimpeurs, l’auvergnat a même perdu les pédales l’été dernier. Largué au classement général et logiquement déçu de ses performances, il s’était un temps détourné du Tour pour viser le Giro, avait envisagé d’abandonner la lassante régularité des favoris pour privilégier les excitantes aventures de baroudeurs. Pourtant le coureur d’AG2R-La-Mondiale était bel et bien au départ de Nice le 29 août dernier, et l’énorme débours du jour, frôlant les 3 minutes par rapport au maillot jaune Primoz Roglic, l’enferme justement dans le piège qu’il voulait à tout prix éviter. Anecdotique onzième du classement général mais encore trop proche du leader slovène pour obtenir des tickets de sortie, Romain Bardet est bel et bien coincé, tiraillé entre un panache de combattant et un désir ardent de renouer avec la victoire sur la Grande Boucle. Pris dans ce terrible dilemme, il ne dispose que d’une poignée d’étapes pour choisir.Romain Bardet au sommet du Puy-MaryRomain Bardet au sommet du Puy-Mary | © Compte Twitter de la formation AG2R La Mondiale

Enfin, les monts du Cantal ont marqué le terminus de la fantastique épopée de Guillaume Martin, époustouflant depuis la reprise. Relativement anonyme lors de ses premières participations sous le maillot de Wanty – Groupe Gobert, le normand se trouva comme changé par son transfert hivernal du côté de Cofidis, capable de rivaliser avec les meilleurs. Surprenant troisième ce matin, c’est dans le col de Neronne que le natif de Paris a fait une croix sur ses rêves de podium, brutalement revenu à son niveau d’antan. Game over également.

Du trio magique formé de Thibaut Pinot, Romain Bardet et Guillaume Martin, il n’en reste désormais aucun dans le top 10, chacun ayant été miné tour à tour par des chutes sur l’impitoyable route du Tour. Si l’on sait les problèmes de dos du premier douloureux, l’état de santé des deux derniers s’avère plus mystérieux, mais pourrait bien leur ôter tout espoir pour les derniers jours de course.Le nouveau top 10 du classement général, dénué du moindre françaisLe nouveau top 10 du classement général, dénué du moindre français | © France TV

Bref, c’est dans les effroyables pentes du Muy Mary que le cyclisme français a encore coulé, une fois de plus, pour poursuivre la malheureuse série de mésaventures et défaillances entamée 35 ans plus tôt. Le prochain vainqueur tricolore de la Grande Boucle n’est pas dans le peloton actuel, c’est une certitude. Et les classements des catégories espoir et junior rendent illusoire l’arrivée du messie dans les prochaines années. Il est plutôt probable qu’il ne soit même pas encore né…

Par Jean-Guillaume Langrognet

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