
La mise en place du projet a tout de l’accord gagnant-gagnant. Du côté du VCA Saint-Quentin, il a permis d’endiguer la fuite des talents. « Nous voyions partir énormément de jeunes vers les comités voisins, rappelle Didier Chatelin, directeur du centre de formation cyclisme. Il existait un CREPS sur Amiens qui a fermé et il y avait un vide à ce niveau-là. Suite à une discussion avec les professeurs de sport, j’ai ouvert la porte du lycée Condorcet. Il y a eu une bonne écoute de l’équipe éducative et on a pu mettre en place le projet. Établir cela dans le cadre de l’établissement était très important. Nous n’aurions pas pu créer une telle structure d’accueil sans l’appui du lycée Condorcet. Cela nous a permis de gagner cinq à six ans dans l’évolution du club. »
De son côté le lycée compte lui aussi sur ce programme et n’agit pas par pure philanthropie. « Nous voulions sortir de l’image négative que nous avions, reprend Giovanni Sorano. Nous étions classés en ZUP et avions l’image d’un lycée technique pas forcément positive. Le sport était notre deuxième axe de développement avec la multiplication d’échanges internationaux. Nous avons commencé par le handball puis le foot et le basket et à mon arrivée en remplacement de l’ancien proviseur, nous avons ouvert sur le cyclisme. »

C’est dans ces deux directions que l’établissement aide le développement des jeunes Picards. Le lycée aménage les plages horaires pour permettre aux cyclistes de s’entraîner. Le mercredi après-midi est libéré pour la grosse sortie de foncier de la semaine, tout comme le vendredi pour permettre aux élèves de rentrer chez eux ou d’enfourcher leur vélo pour une nouvelle sortie. Les fins d’après-midi du mardi et du jeudi sont elles aussi aménagées pour leur permettre de fréquenter la piste de Saint-Quentin avec un entraîneur de luxe en la personne de Francis Moreau.
L’ancien pistard est bien placé pour comprendre l’intérêt du projet puisque son fils Yoann en a lui-même profité, avant de rejoindre le CC Nogent-sur-Oise en 2014. Sous les couleurs du VCA Saint-Quentin, il a ainsi remporté le Mémorial Frank Vandenbroucke à Ploegsteert… un mercredi où il aurait dû assister à des cours de philosophie qui l’enchantent un peu moins. Cette victoire il n’aurait jamais pu la décrocher sans l’appui du lycée qui l’a autorisé à se rendre sur la compétition en le libérant de ses obligations scolaires. « J’ai fait mes deux années Juniors ici, explique le jeune homme. C’était surtout attractif pour l’aménagement des horaires. C’était aussi intéressant au niveau collectif. On se retrouve avec pas mal de cyclistes dans le même lycée. J’aurai pu faire ça ailleurs, mais c’était déjà mon lycée avant que le projet ne se mette en place. On avait aussi accès au gymnase et à la salle de musculation. C’est le top. »

Car comme le souligne encore Didier Chatelin « ce qui prime chez nous c’est la réussite scolaire. Dans d’autres centres, le côté sportif va être mis en avant. Nous sommes contents quand un des nôtres fait un résultat, mais ce qui compte avant tout, c’est leur éducation. Les élèves sont avant tout ici pour travailler. Ce qui est primordial, c’est donc le carnet de notes et la motivation dont l’élève peut faire preuve. On veut voir quelqu’un qui a envie de travailler. Nous avons la chance d’avoir de très bons dossiers scolaires. Pour certains c’est un choix important puisqu’ils s’expatrient à Saint-Quentin en venant de loin. Quelques élèves viennent de Verdun, de Lille, et des bords de la Normandie. En bref, de tout le grand nord. On réintègre des coureurs en Picardie. On leur permet d’avoir une formation adaptée et de pratiquer le cyclisme dans de bonnes conditions. »
On en revient à notre postulat de départ : mens sana in corpore sano. Sans avoir la prétention de se placer au même niveau qu’un pôle France, le VCA Saint-Quentin possède ainsi sa propre structure (tous les élèves bénéficiant du programme doivent être licenciés au club) qui offre un excellent niveau de prestations sportives et éducatives. Dans ses fonctions, Didier Chatelin gère le suivi des jeunes bénéficiaires du programme dans les deux dimensions. C’est ainsi qu’il s’occupe des programmes d’entraînement, du suivi médical, de la définition du programme de course international, et de la gestion de toute la logistique. Mais ce n’est pas tout. « S’il n’y avait que le sportif, cela se passerait très bien, affirme-t-il dans un franc éclat de rire. Je suis aussi le relais avec les parents. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils quittent le domicile familial et j’ai souvent les parents pour régler les petits problèmes scolaires ou de discipline. »

Le succès si rapide du programme CEE pousse l’établissement à voir plus grand. Trois directions sont déjà définies. À moyen terme, l’ambition est de professionnaliser le centre, sur demande de la région, même si un diététicien a renforcé l’équipe depuis la rentrée. Le lycée a également reçu une demande de la fédération tunisienne pour accueillir certains jeunes cyclistes du pays en Picardie et pour leur permettre de découvrir le cyclisme en disputant des épreuves en Belgique. C’est même chose faite avec les arrivées de Mahdi et Mohammed Cheffy il y a peu. Autre ambition, celle d’ouvrir au cyclisme féminin. « Amandine va nous servir de vecteur par rapport au cyclisme féminin de par ses résultats scolaires et sportifs, explique Didier Chatelin. J’ai déjà des demandes d’athlètes qui pourraient intégrer le lycée non pas l’année prochaine, mais l’année suivante. » Car pour le moment, Amandine Huygens, 2ème en 2013 du prix de l’éducation, décerné par le recteur récompensant des élèves au parcours scolaire et sportif, citoyen ou associatif irréprochable, est la seule représentante féminine du centre. « On s’y habitue », soupire-t-elle le sourire en coin, mais on sent bien qu’elle voudrait que le programme se développe encore un peu plus dans cette direction. Ça tombe bien, l’établissement lui-même n’aspire qu’à cela…
L’effectif du centre de formation :
• Charles Aniskoff (Junior 2)
• Clément Boitte (Junior 1)
• Valentin Boutreux (Cadet 2)
• Mahdi Cheffy (Junior 1)
• Mohammed Cheffy (Espoir 1)
• Morgane Delie (Cadet 2)
• Raphael Garez (Junior 1)
• Dylan Guinet (Junior 1)
• Clément Groulard (Cadet 2)
• Dimitri Hopin (Cadet 2)
• Rémi Huens (Cadet 1)
• Antoine Hugot (Junior 2)
• Amandine Huygens (Junior 2)
• Nicolas Ingelaere (Junior 2)
• Florian Maitre (Junior 2)
• Erwan Massiaux (Junior 2)
• Jan Peleman (Cadet 2)
• Valentin Richard (Junior 1)
• Adrien Roserau (Cadet 2)
• Théo Sagnier (Junior 1)
• Romain Tricot (Junior 2)