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Interview d'Arnaud Tournant, entraîneur de Cofidis

Publié le 06/12/2008 00:03

Interview d'Arnaud Tournant : "être entraîneur me permet de communiquer un peu mon expérience à l'équipe Cofidis."
Interview d'Arnaud Tournant, entraîneur de Cofidis : "être entraîneur me permet de communiquer un peu mon expérience à l'équipe Cofidis."

Vous avez été nombreux à rejoindre hier soir le tchat de Vélo 101 pour passer une heure en compagnie d'une partie de l'équipe Cofidis sur piste. De 18 à 19 heures, François Pervis, Quentin Lafargue et leur entraîneur Arnaud Tournant ont répondu aux nombreuses questions qui nous ont été soumises par les lecteurs. Toutes les questions n'ont malheureusement pas pu être posées, nous nous en excusons. Pour les retardataires, nous proposons aujourd'hui une rediffusion de cette interview très particulière puisque réalisée par les lecteurs de Vélo 101. Reconverti depuis peu en tant qu'entraîneur de l'équipe sur piste de Cofidis, Arnaud Tournant a accordé beaucoup d'attention à chacune des questions qui lui ont été posées. Son regard éclairé sur la discipline qu'il a représentée pendant une dizaine d'années a ravi tous les tchateurs.
Arnaud, vous avez quitté le stadium de Bordeaux sur une civière, ce qui vous a privé d'adieux à la hauteur de votre fabuleuse carrière. Comment allez-vous aujourd'hui ?
"J'avais chopé une petite bactérie qui s'est logée dans mon intestin à Pékin. Ca s'est déclenché le mauvais jour, à Bordeaux, mais aujourd'hui les choses sont rentrées dans l'ordre et tout va bien."

Votre reconversion, telle que vous la vivez depuis Manchester, correspond-elle tout à fait à ce que vous en espériez ?
"Oui, dans le sens où ça me permet de communiquer un peu mon expérience à l'équipe Cofidis, qui m'a soutenu tout au long de ma carrière. On me donne l'occasion de rentrer dans de nouvelles fonctions, qui sont dans la droite lignée de la formation scolaire que j'ai suivie. Ca fait une belle jonction avec la carrière sportive. Il me reste des choses à améliorer car c'est nouveau pour moi, même si l'équipe existe officiellement depuis un an. La démarche est différente cette année puisque nous voulons construire une vraie équipe Cofidis sur piste et permettre aux pistards d'évoluer dans une structure professionnelle."

Votre grande proximité avec les coureurs ne compliquera-t-elle pas les choses au moment des sélections aux Coupes du Monde quand tous les leaders auront fait leur rentrée ?
"Mon rôle est neutre, je suis là pour aider les six coureurs de Cofidis, surtout dans l'aspect logistique, organisation et management. En ce qui concerne les sélections, ça reste du domaine des sélectionneurs de la fédération. En termes de sélection, je n'ai aucun pouvoir et aucune autorité, je suis tranquille de ce côté-là."

La génération actuelle est-elle différente de la vôtre et sur quels points ?
"Dans la forme, elle est pareille. Des coureurs comme Quentin Lafargue sortent des Juniors et ont déjà un très bon niveau. Maintenant, il reste juste l'expérience à acquérir, ça viendra au fur et à mesure des années. Sur le fond, c'est peut-être différent. La piste a un nouveau visage, ça s'est modernisé, les sprints et la façon de se préparer ne sont plus les mêmes. A mon époque, nous étions plus livrés à nous-mêmes, aujourd'hui, je trouve les coureurs trop assistés... mais c'est du détail."

Comment relancer la piste en France ?
"Déjà, en continuant ce qui a été fait jusqu'à aujourd'hui, garder des pôles France, continuer à faire beaucoup de détection chez les jeunes parce que c'est là où il y a le plus gros travail à faire et où on peut amener de nouveaux coureurs. Ce qui permettrait de la relancer vraiment, ce serait d'avoir des structures pour accueillir les coureurs. Ce qui nous fait défaut, ce ne sont pas les coureurs mais le manque de vélodromes en France, je pense notamment à un comité comme celui de Champagne-Ardenne, qui est très peu desservi. Il faudrait peut-être aussi avoir plus de liberté d'action pour pouvoir organiser beaucoup plus d'événements. Sur ce point, il y a sans doute une réflexion à avoir de la part de la fédé."

Quels sont les pistards français les plus prometteurs ?
"Ceux qui ont l'expérience, la renommée mondiale. Pour moi, il y en a quatre dans cette catégorie-là aujourd'hui. Mickaël Bourgain pour le plus ancien, Kevin Sireau et Grégory Baugé pour la vitesse par équipes, et François Pervis qui a déjà plusieurs podiums sur le kilomètre. Je pense aussi à la nouvelle génération, Michael D'Almeida, Quentin Lafargue. Sans oublier Clara Sanchez et Sandie Clair chez les filles."

L'Angleterre domine actuellement la piste, après la France, après l'Australie, comment expliquer ces périodes fastes qui excluent les autres nations ?
"On est un sport très simple dans la façon de préparer et gérer les choses. Aujourd'hui, il y a des nations précurseurs. Il y a eu l'Allemagne de l'est avec du bon et du moins bon. Il y a eu la période des Français, l'époque Rousseau, Magné, Ballanger, qui s'est continuée avec Gané, Tournant et Bourgain. Aujourd'hui, notre génération arrive en concurrence avec une autre grande nation qui a imposé son style et sa manière de dominer. Ils dominent non sans raison. Les Britanniques sont très bien préparés et ont accepté de sacrifier quelques générations pour effectuer un maximum de tests, bien étudier les voies dans lesquelles ils partaient. Ils sont aujourd'hui performants sur le vélo et dans les phases qui interviennent avant la compétition."

Comment se passe la cohabitation entre l'équipe de France et Cofidis ?
"Ca pourrait se passer mieux, disons-le clairement. Tout simplement, c'est vrai que c'est un peu compliqué. C'est une nouvelle façon de faire. Aujourd'hui, l'équipe Cofidis a vraiment envie de faire que son équipe soit une équipe à part entière. L'équipe de France a toujours marché dans un système de sélection nationale, un peu classique. Aujourd'hui, ce n'est pas la faute des dirigeants de ces équipes mais notre système d'organisation est complètement différent, complètement à l'opposé. Nous sommes dans une structure classique, plus moderne. Ca pose parfois des problèmes de communication et d'organisation, mais je pense que le temps et l'expérience règleront tout ça. Après deux Coupes du Monde, les choses sont déjà plus faciles."

Comment continuez-vous de vous entretenir ?
"Pour l'instant, j'ai vraiment coupé le vélo parce que j'avais besoin de recommencer le sport autrement, de le redécouvrir. Je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi, il y a eu toutes les Coupes du Monde, il a fallu accompagner les garçons sur ces événements. En revanche j'ai beaucoup marché, en me donnant volontairement des randonnées à faire et en m'obligeant à aller au vélodrome à pied, ce qui me faisait faire entre 10 et 15 kilomètres à pied par jour. Je continue une musculation légère, une muscu d'entretien, comme des abdos, des pompes, ça se limite à ça. Je pense aussi reprendre le basket, c'est ma passion première. Je vais recommencer avec un club de vétérans pour le plaisir, ce qui est la vocation première du sport. C'est ce qui doit prédominer."

Remettrez-vous le cuissard pour dépanner l'équipe Cofidis ?
"Je remettrai volontiers le cuissard pour dépanner l'équipe Cofidis, après tout ce qu'elle a fait pour moi depuis mon intégration en 1997. J'ai envie de rendre la pareille à ceux qui ont accompagné cette équipe, je pense notamment à monsieur Migraine. S'il le fallait, pourquoi pas. Mais aujourd'hui, j'ai conclu un pacte avec l'équipe de France, qui fait qu'aujourd'hui, quand je suis directeur sportif sur une compétition, je n'ai en aucun cas le droit d'être coureur. Ce contrat avec l'équipe de France m'a permis d'être directeur sportif. Aujourd'hui, mon contrat en tant que coureur chez Cofidis se termine au 31 décembre 2008. Si l'équipe Cofidis me demandait de disputer une compétition, je pourrais le faire. Mais on ne me l'a pas demandé... et ça m'arrange !"

Le kilomètre a disparu des tablettes aux Jeux Olympiques. A votre avis, d'autres disciplines sont-elles menacées ?
"J'espère aucune, car il n'en reste pas beaucoup. Pour le sprint il en reste quatre avec le keirin, la vitesse individuelle et la vitesse par équipes. Pour les femmes c'est pire car il ne reste que la vitesse individuelle. Si l'on devait en voir disparaître une de plus, ce serait une mort annoncée de notre discipline. Aujourd'hui, on est au strict minimum. C'est dommage, on a déjà vécu une mauvaise disparition, car le kilomètre permettait aux plus jeunes de s'aguerrir au niveau international. Je pense que c'est une bonne chose que l'UCI le conserve aux Mondiaux, en espérant le voir revenir aux Jeux dans le futur. J'aimerais que le CIO change sa façon de fonctionner. L'apparition du BMX est une très bonne chose pour le vélo mais d'autres disciplines, le cyclo-cross par exemple, mériteraient d'y être sans que ce soit au détriment d'autres spécialités. Quand je vois la natation avec un grand nombre de compétitions tous les 50 mètres, je ne comprends pas pourquoi on veut nous restreindre."

Nous vous laissons le mot de la fin...
"Nous avons été très contents de pouvoir répondre aux lecteurs de Vélo 101, que ce soit Quentin Lafargue ou François Pervis. Nous espérons que cette nouvelle saison sera à la hauteur de leurs espérances et que l'équipe Cofidis leur permettra d'acquérir le haut niveau pour briller et devenir champions du monde."

Propos recueillis le 5 décembre 2008.

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