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Piste

Dans la roue de Mickaël Bourgain (Cofidis)

Publié le 06/05/2005 18:53

Notre correspondant Eric Pesquer a suivi un entraînement de Mickaël Bourgain, qui rêvait de disputer le Giro.
Notre correspondant Eric Pesquer a suivi un entraînement de Mickaël Bourgain, qui rêvait de disputer le Giro.

Au fil des semaines, notre correspondant Eric Pesquer partage l'entraînement des acteurs du cyclisme. Ce mois-ci, il a fait connaissance avec Mickaël Bourgain (Cofidis). Passé professionnel en 1999, le pistard de 24 ans possède déjà un joli palmarès : un titre mondial (champion du monde de vitesse par équipes en 2004), deux titres nationaux (champion de France du kilomètre en 2003 et champion de France du keirin en 2004), une médaille olympique (le bronze de la vitesse par équipes à Athènes en 2004)... Derrière ces chiffres, Eric Pesquer a rencontré un homme d'une grande intelligence. Portrait.
"Ce lundi 2 mai, j'ai rendez-vous à la Londe-les-Maures (Var). Pas avec qui vous pensez, mais bel et bien avec un sacré coureur, Mickaël Bourgain, vice-champion du monde de vitesse à Los Angeles en mars dernier. Mon interview n'a pas encore commencé que déjà, il me surprend. En effet (vous pouvez vérifier), au moment d'imprimer son palmarès, que Cofidis tient à disposition du public sur son site Internet, mon ordinateur m'indique qu'il y a trois pages à imprimer, une liste interminable de victoires et de places d'honneur dans des courses de niveau international. Après avoir cherché un peu, je me gare devant notre lieu de rendez-vous, la résidence où est logé Mickaël. C'est un petit ensemble résidentiel un peu à l'écart de la ville, en pleine campagne, et donc très calme. Je n'ai pas le temps de lui annoncer mon arrivée que déjà, je le vois venir vers moi. Il vient de finir la musculation, une séance intensive d'une heure trente qu'il renouvelle trois fois par semaine. A peine les présentations terminées, il me demande d'être prêt dans quinze minutes pour une sortie sur route de deux heures. Je me dépêche donc d'aller me changer et de préparer mon vélo.

Il fait beau, la sortie s'annonce bien, d'autant plus que je vais passer la journée avec Mickaël. En effet, quand je lui ai téléphoné pour prendre rendez-vous, c'est lui qui m'a proposé de rester toute la journée. J'ai évidemment accepté son offre, car j'ai encore en mémoire mon entraînement avec les Bouygues Telecom, où je suis arrivé trente minutes avant le départ. J'avais dû attendre la moitié de la sortie avant de vraiment me sentir intégré dans le groupe. La disponibilité et la gentillesse de Mickaël ne me surprennent pas car j'ai eu la chance de fréquenter un peu Florian Rousseau, et celui-ci possédait les mêmes qualités. J'arrive donc maintenant à cerner la personnalité du champion sur piste : disponible, sympa, simple, droit, exigeant envers lui-même et les autres. Mickaël, il vous donne son amitié de bon cœur, il en attend tout autant de votre part, il n'accepte donc pas une quelconque trahison. Comme je lui fais part de mon étonnement pour son accueil, il me dit alors que c'est normal, qu'il est pistard et donc moins demandé qu'un routier. Bien sûr, je ne suis pas d'accord. Moi, je crois en ses qualités. Qui parmi vous n'a pas dans son entourage proche des gens ordinaires, comme vous et moi, et qui ne sont pourtant jamais disponibles quand on en a besoin ? Pas moi.

La sortie commence. Nous partons pour une sortie de récupération, à un rythme tout à fait tranquille. Nous irons vers Hyères par le bord de mer, puis nous continuerons sur la presqu'île de Giens jusqu'à la pointe de Escampobariou, après avoir pris la route des Salins. Le retour s'effectuera par le même chemin. Mickaël, qui connaît ces routes par cœur, sera pour moi un guide précieux tant il faut changer de direction à chaque instant. Nous entamons vraiment la discussion, et se passe alors une chose que j'attendais depuis longtemps. Ce n'est pas moi qui pose des questions à Mickaël, mais c'est lui qui me questionne, comme s'il devait faire mon interview. Ce n'est pas de la curiosité, ni même une politesse naturelle. Non, il désire vraiment savoir d'où je viens, ce que je fais. Il éprouve de l'intérêt et a une grande capacité d'écoute. L'écoute, cette qualité si rare à trouver chez un individu. En effet, mon passé professionnel assez tourmenté m'a prouvé que, s'il est assez dur de savoir parler de soi avec aisance, il est encore plus dur de s'intéresser aux autres et de vouloir parler d'eux que de sa propre personne. Pour moi, c'est un signe d'intelligence, j'en suis persuadé, et Mickaël est très intelligent. Il m'en donnera d'ailleurs la preuve plusieurs fois dans la journée.

La conversation devient celle de deux amis qui discutent de tout.

L'ambiance entre nous est à la détente. J'ai envie de savoir comment il a débuté le vélo, il me dit alors qu'il a commencé le cyclisme assez tard, sur la route, mais qu'à chaque course il était lâché. Il s'est donc tourné vers la piste et a eu tout de suite des résultats. Au cours d'une de ses premières épreuves, il a battu tous les Juniors de l'équipe de France sans préparation spécifique. On lui a alors proposé d'intégrer le centre de formation de Hyères. Il a évidemment accepté cette offre. Les débuts ont été durs, car il a quitté sa famille pour se retrouver seul dans un studio à la Londe en plein hiver. Le printemps lui a apporté le moral et son premier résultat, en 1998. Il a gagné une manche de la Coupe du Monde de vitesse Juniors. Un champion vient de voir le jour, il ne s'arrêtera plus d'avoir des résultats. Nous parlons de choses et d'autres, nous en venons au cyclosport, une de mes principales occupations. Mickaël me dit qu'il a un ami qui le pratique dans sa région natale vers Revel. Je lui explique brièvement le phénomène et l'ampleur qu'il commence à prendre, je sens son intérêt.

Il veut en savoir un peu plus. Je lui dis que malheureusement il existe des cas de dopage chez les cyclosportifs. Sa réaction alors est spontanée, il éclate de rire. Il n'avait jamais pensé que l'on pouvait se doper pour s'amuser. La sortie se termine, le temps passe vite en sa compagnie, il est déjà l'heure de rentrer pour lui car sa journée est loin d'être finie. Nous partons chacun de notre côté nous doucher. A 13 heures, nous nous retrouvons. Toujours aussi détendu, il me propose de le suivre pour aller manger dans un self qu'il connaît, à Hyères. Arrivé sur place, il prend le repas typique du sportif : crudités assaisonnées à l'huile d'olive, suivies d'un steak accompagné de pâtes et d'un yaourt comme dessert. La discussion se poursuit, à tour de rôle. Je lui parle de sa carrière et du plus beau rêve qu'il pourrait connaître, comme finir sur un titre olympique aux Jeux de Paris en 2012. Il aurait alors 32 ans. Bien sûr, il ne dirait pas non, mais il est lucide et préfère gérer sa carrière au jour le jour. La piste est tellement exigeante. Je lui parle de mes projets de séjours cyclistes avec mon ami Américain Chris, car je trouve les sociétés françaises trop frileuses. Il me donne son avis, me pose des questions. Lui me parle de la piste, des idées qu'il pourrait avoir. La conversation n'est plus celle d'un journaliste avec un sportif de haut niveau, mais de deux amis qui discutent de tout.

L'heure passe, il doit se rendre maintenant sur la piste, pour un entraînement. Je l'accompagne. Le site est magnifique, à l'écart du centre ville, près d'un stade. Il me fait l'honneur de me faire visiter les lieux, qui sont en travaux. En effet, il a été décidé de recouvrir la piste pour que les coureurs puissent s'entraîner en cas de pluie et ne plus indisposer les spectateurs présents aux réunions par forte chaleur. Il sera possible également, grâce à l'ajout d'un éclairage, de faire des nocturnes. Bref, un beau site en perspective, mais en attendant, les coureurs n'ont pas le droit d'utiliser la piste et doivent se préparer sur des Cateye. Présentés par Mickael Bourgain, les lieux semblent encore plus impressionnants. Il m'explique en même temps le déroulement d'un sprint, l'effort demandé à un tel niveau, la vitesse obtenue sur un sprint dans les 200 derniers mètres (70 km/h de vitesse moyenne, 75 km/h de vitesse maxi). Quand il me dit qu'il est encore plus dur d'aller vite sur piste que sur route, j'imagine alors la puissance qu'ils développent.

Mickaël pensait avoir de grandes chances de remporter le prologue du Giro.

Nous finissons par le bureau de Daniel Morélon. Tout en parlant avec lui, Mickaël me présente. Daniel est le nouveau directeur de la piste de Hyères. La séance d'entraînement va commencer, il va alors installer son Cateye dehors en plein soleil (je me souviens avoir eu chaud pour lui), règle son matériel, change les braquets. C'est à lui que revient en effet de faire tout ça. D'autres coureurs du centre arrivent également pour l'entraînement : le Réunionnais Sébastien Henriette, le Tahitien Ariitéa Bernadino, la championne de France Cadette 2003 Sandie Clair et son frère Cédric. Egalement présente, la toute nouvelle championne du monde de Keirin Clara Sanchez. La séance commence alors, réglée par l'entraîneur Hervé Thuet. Ils débutent par un échauffement de vingt minutes en 46X15 à 35 km/h, avec leurs manivelles de 165. Les jambes tournent bien, les moteurs montent en puissance. Après quelques minutes de décontraction et un changement de braquet, la séance proprement dite va pouvoir commencer. Il faut alors vraiment voir cela de près pour le croire. J'ai en face de moi de vrais monstres de puissance. Ils vont devoir faire douze séries de six secondes de sprint, entrecoupées par cinq minutes de récupération sur un braquet de 46X13 et 7 % de résistance pour les hommes, 5 % pour les femmes. Cet effort doit développer chez eux la force explosive et la résistance.

J'assiste alors à quelque chose d'irréel. A chaque départ de sprint, j'ai l'impression d'entendre un avion décoller. Les Cateye vibrent et sont mis à rude épreuve. La puissance développée est telle que Mickaël doit légèrement dégonfler ses pneus pour ne pas patiner. Comme les Championnats sont passés, la pression est quelque peu retombée, ce qui a d'autant plus relevé l'ambiance. Chacun plaisante, regarde la machine de son voisin, dit qu'elle est plus facile que la sienne. Bref, une saine émulation où la compétitivité n'est pas absente. Moi, je ne parle pas et je m'imprègne au maximum de cette ambiance particulière. L'heure a tourné, il est déjà temps de quitter Mickaël. Je quitte le groupe avec regrets, ayant l'impression de laisser une bande de copains. Grâce à lui, j'ai vraiment pu vivre une belle journée de pistard. Non, Mickaël, je n'ai pas oublié ma promesse, mais je voulais garder le meilleur pour la fin, je vous avais dit en effet plus haut que Mickaël était un garçon très intelligent, il m'en a donné la plus belle preuve.

Il m'a avoué avoir demandé à François Migraine, le directeur de Cofidis, de participer au Tour d'Italie. Non, vous ne rêvez pas, c'est bien au Giro qu'il voulait participer et défier sur leur terrain les plus grands routiers. Après avoir étudier de très près le prologue de l'épreuve, il a pensé avoir de grandes chances de l'emporter et de laisser ainsi son nom et celui de son sponsor dans l'histoire du cyclisme. Bien sûr, il n'est pas question pour lui de continuer ensuite, mais quelle belle façon de motiver ses coéquipiers. Monsieur Migraine, je ne vous connais pas, mais vous êtes homme de talent, de cœur et de passion. Comment alors ne pas franchir le pas, hésiter de rentrer dans l'histoire, grâce à un coureur hors du commun, qui veut faire de votre société, une société hors du commun ? C'est bien la première fois que je demande ainsi l'aide de tous les assidus de Vélo 101 en soutenant Mickaël. Même s'il est un peu tard, prouvez-lui qu'il avait raison. Ecrivez tous un mail à la société Cofidis en disant "Mickaël Bourgain doit faire le Giro", il saura vous remercier par une victoire."

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