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Interview de Christian Prudhomme, directeur du Tour

Publié le 07/06/2019 11:45

"Le Tour et le Maillot Jaune, c'est, d'une certaine manière, l'histoire de la vie mais en condensée". A un peu moins d'un mois du départ de la Grande Boucle, retrouvez notre entretien avec son Directeur.

Qu’est-ce que ça représente le Maillot Jaune sur le Tour de France ?

Le maillot jaune c’est l’un des plus forts symboles de l’histoire du sport, c’est un terme qui est d’ailleurs passé dans le langage courant : on parle de maillot jaune de la politique. C’est le trophée ultime et j’ai en tête cette phrase d’un des coureurs qui l’a porté le plus souvent bien qu’il n’ait pas gagné le Tour de France et c’est Thomas Voeckler qui m’a dit un jour « Mais ce qui importait pour moi, c’était pas d’être premier, c’était de porter le maillot jaune. » ça veut tout dire. 

Maillot jaune du centenaire : Vingt pièces uniquesMaillot jaune du centenaire : Vingt pièces uniques | © P.Ballet

Quel est votre tout premier souvenir de ce maillot jaune ? 

C’est en 1970, avec mes parents nous sommes allés voir passer le Tour de France dans les Alpes, au col de Cou près de Lac Léman et j’étais très triste puisque je n’avais pas vu passé Raymond Poulidor que j’encourageais du haut de mes neuf ans mais j’étais aussi très heureux parce que j’avais vu passer le maillot jaune d’Eddy Merckx. C’est le tout premier souvenir de l’avoir vu de mes yeux parce que la première image que j’ai du Tour de France c’est encore plus ancien, c’est Jan Janssen vainqueur en 1968 sur la télévision noir et blanc de mes parents. 

Christian Prudhomme, directeur du Tour de FranceChristian Prudhomme, directeur du Tour de France | © P.Ballet

Ces maillots c’est aussi une façon de raconter l’histoire du Tour aux plus jeunes ?

Bien sûr, sans aucun doute, le maillot jaune et le Tour sont intimement liés. Les gens ne réalisent pas vraiment que le Tour a été créé 16 ans avant le tout premier maillot jaune car de 1903 à 1919 il n’y avait pas de maillot jaune. 1919 c’est la France victorieuse mais aussi la France meurtrie dans la première guerre mondiale. C’est un pays dévasté et les coureurs passent dans cette France en ruine qu’il faut reconstruire dans cette poussière. Et il fallait reconnaître dans cette poussière-là, parfois de nuit, puisque les étapes commençaient très tôt et finissaient très tard, le maillot jaune. Il fallait une lumière et cette lumière c’était ce maillot jaune, la couleur qu’on voyait le mieux la nuit et qui était aussi la couleur du journal le Tour, l’ancêtre de l’Equipe, qui organisait le Tour de France.

Lesquels ont été les plus durs à obtenir dans l’Histoire et les plus marquants ? 

Les plus marquants des maillots jaunes sont des maillots jaunes sauvés alors qu’on ne l’imagine plus avec évidement Bernard Hinault en 1995 qui tombe à Saint Étienne, qui se casse le nez mais le blaireau, puisque c’était son surnom, qui va jusqu’au bout et qui gagne le Tour. Aussi, ce sont les maillots du dernier jour, on passe obligatoirement à 1989 avec la victoire de Greg LeMond au dernier moment devant Laurent Fignon pour 8 secondes. Le maillot jaune c’est l’histoire de très grande victoire, ce sont aussi des larmes, de la souffrance, de la détresse, ce sont des maillots jaunes qui tombent, qui pleurent. C’est le regard halluciné de Win Van Est, le tout premier coureur Néerlandais a porter le maillot jaune, en 1951, qui tombe dans un ravin, qui remonte avec ce regard et il est porteur du maillot jaune. C’est tout ça le Tour et le Maillot Jaune, c’est d’une certaine manière, l’histoire de la vie mais en condensée. Tout ce qui peut arriver de formidable, d’exceptionnel, de déroutant, de malheureux : c’est la vie. 

Les 100 ans du Maillot JauneLes 100 ans du Maillot Jaune | © P.Ballet

Vous imaginez encore des coureurs capables d’emmagasiner les 21 maillots, de faire le Tour de France en jaune d’un bout à l’autre ?

Tout est possible. Je ne l’imagine pas dans les années qui viennent mais tout est possible. Quand j’étais gamin, je me souviens d’un numéro de Paris Match où en l’an 2000, on devait tous être dans des navettes mais personne n’avait vu internet. Donc il faut être très très prudent et humble car tout peut se passer, on n’en sait strictement rien. On veut parfois construire des palmarès aux gens sur une victoire, on veut inventer des choses. Je n’en ai pas la moindre idée, ce que je sais simplement c’est que ce n’est pas illusoire, ça peut revenir d’un coup. Il y a une hyper spécialisation dans le cyclisme, comme elle a existé dans le ski mais elle a tendance à disparaître dans le ski, ça peut très bien arriver à nouveau qu’on voit des coureurs gagner un peu partout. Pas comme Eddy Merckx qui a tout raflé plusieurs fois mais à la manière de Felice Gimondi. Voir Philippe Gilbert aller gagner un quatrième monument oui ça m’a fait plaisir, voir que Vincenzo Nibali qui a gagné les trois grands Tour et Milan-Sanremo inspiré à faire Paris-Roubaix, ça me fait plaisir. Qu’on puisse voir les coureurs toute l’année et au moment ultime du Tour de France et de son maillot jaune, c’est important pour le vélo en général.

 

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