Francis, vous terminez 2ème aujourd’hui à Coxyde, après avoir terminé 3ème en 2012. Si l’on suit la logique, vous gagnerez l’an prochain.
Je ne sais pas. En tout cas, on va tout faire pour ! J’étais venu ici pour jouer le podium, je termine finalement 2ème. J’en suis très heureux. L’objectif est atteint. Quand Niels Albert est parti, je suis resté dans le groupe et j’ai essayé de suivre, justement pour jouer le podium. Tout s’est joué dans les deux derniers tours.

N’y avait-il rien à faire face à Niels Albert ?
Non, Niels Albert adore cette surface qu’est le sable alors que c’est celle que j’aime le moins. C’est pour cela que je suis très content de faire 2ème. J’ai pu combler les erreurs techniques avec la puissance. J’ai eu la chance de faire les deux derniers tours assez proprement dans le sable.

Cette 2ème place intervient une semaine après la manche du Challenge National que vous avez dominée. L’enchaînement avec une manche de Coupe du Monde relevée est-il facile ?
Je suis toujours motivé pour courir ! La transition est facile à faire. Je cours toujours avec l’envie de gagner. Tout le monde croit que les manches de Challenge National sont faciles pour moi, mais ce n’est pas le cas. Toutes les courses sont difficiles.

Regrettez-vous de n’avoir pas plus de concurrence au niveau national ?
Ce qui est regrettable, c’est que les coureurs privilégient la route au cyclo-cross. Mais chacun doit voir comment il doit mener sa carrière sportive. Je sais que j’ai la chance d’être à la FDJ.fr. Je peux concilier route et cyclo-cross. Je fais des saisons d’environ 70 jours de course sur route, avec une trentaine de cyclo-cross l’hiver, ce qui me fait environ 100 jours de course par an, comme les autres cyclistes.

Une solution serait de courir plus régulièrement en Belgique à l’occasion des manches de SuperPrestige.
Ce n’est pas moi qui décide. Ce sont les organisateurs belges qui ne m’invitent pas. Je n’ai eu que trois invitations : à Dottignies, à Kalmthout et à Saint-Nicolas. J’ai donné mon programme à l’agent belge par qui on est obligé de passer et je n’ai pas reçu de réponse. L’an dernier, on m’a dit que l’on ne me prenait pas parce que je n’étais pas champion de France. Je l’ai compris. Cette année, on me dit que je suis trop cher. Je leur ai demandé leur tarif, et l’on m’a répondu zéro euro. J’aimerai venir courir plus souvent en Belgique, mais je ne peux pas venir gratuitement. On donne des sommes d’argent aux coureurs belges qui habitent sur place alors que j’ai 600 kilomètres à faire, 1200 aller-retour. En plus, il faut aussi que je me loge. Alors je reste chez moi.

Que ressentez-vous quand vous voyez qu’aucun Junior et qu’aucun Espoir Français n’est aligné aujourd’hui en Coupe du Monde ?
C’est un problème de la fédération. Tout le monde sait que les temps sont durs. Je sais que ces coureurs auraient aimé y participer. C’est la fédération qui ne voulait pas se déplacer. Or les deux catégories sont obligées de participer sous le maillot national. C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas pu courir. Financièrement, la fédération ne peut pas faire toutes les Coupes du Monde et elle a décidé que celle-ci ne ferait pas partie du programme de l’équipe de France. C’est dommage parce que si on ne fait pas ces courses-là quand on est plus jeunes, on n’acquiert pas d’expérience. Quand on voit que les frères Dubau font 1er et 2ème à Valkenburg et qu’ils ne sont pas ici, c’est dommage.

Cela vous inquiète-t-il pour l’avenir de la discipline en France ?
C’est vrai que c’est un peu alarmant. On a déjà un bon Challenge National avec trois épreuves, mais il faudrait l’étoffer à six ou sept manches sur la saison, pour maintenir les meilleurs coureurs sur ce challenge. Cela ferait progresser la nation. On pourrait arriver parmi les meilleurs. Mon grand souhait serait aussi de médiatiser un peu plus le cyclo-cross en France et de le faire monter dans la hiérarchie. Nous avons eu de très bons coureurs, même des champions du monde chez les Juniors et les Espoirs, mais ils se perdent dans la nature. C’est ce qui est regrettable.

Votre saison sur route a-t-elle changé votre perception du cyclo-cross ?
Non, pas du tout. J’établis toujours les mêmes saisons en alternant les deux disciplines. Cette année, comme tous les ans, je me suis reposé au mois de juillet. J’ai renchainé avec des courses en France au mois d’août pour enchaîner avec ma saison de cyclo-cross. J’ai commencé le 15 septembre, et ça durera jusqu’à début février. Cela fait cinq à six ans que je suis dans les dix meilleurs mondiaux. C’est vrai que cette année, j’ai fait une très bonne saison sur route. J’espère que la suivante sera encore meilleure.

Votre prestation du jour montre que vous faites partie des tout meilleurs mondiaux. Rêvez-vous encore du Championnat du Monde ?
C’est toujours un objectif. L’an dernier, je ne suis pas passé loin. La condition physique était très bonne, mais il manquait le petit facteur chance qu’il me manque toujours au Mondial. Cette année, je vais revenir au Championnat du Monde pour essayer de monter sur le podium. Je connais très bien le circuit de Hoogerheide puisque j’y vais depuis 1998. Tout le monde connaît le terrain. C’est un parcours qui me convient bien. J’espère que la condition sera très bonne début février.

Propos recueillis le 23 novembre 2013 à Coxyde.