Tour de France — Une faim de cannibale

Pros Publié le 04/07/2016 19:37

Tour de France # 3. En réglant sur la ligne André Greipel, Mark Cavendish égale Bernard Hinault avec vingt-huit victoires d'étape et se rapproche d'Eddy Merckx.

Le peloton s'offre du bon temps
© ASO/A.Broadway
Ses multiples prises, un peu partout dans l'Hexagone, suffiraient en les reliant à composer le tracé d'un Tour de France. Certes, la montagne serait défaillante, mais elle n'a de toute manière jamais été du goût de Mark Cavendish (Dimension Data). Le palmarès du sprinteur anglais sur les routes du Tour est une addition de cartes postales : Châteauroux, Toulouse, Narbonne et Nîmes en 2008 (quatre victoires), Brignoles, La Grande-Motte, Issoudun, Saint-Fargeau, Aubenas et Paris en 2009 (six), Montargis, Gueugnon, Bourg-lès-Valence, Bordeaux et Paris en 2010 (cinq), Cap Fréhel, Châteauroux, Lavaur, Montpellier et Paris en 2011 (cinq), Tournai, Brive-la-Gaillarde et Paris en 2012 (trois), Marseille et Saint-Amand-Montrond en 2013 (deux), Fougères en 2015, et deux gagnes de plus en autant d'occasions de lever les bras sur l'édition 2016, même si son succès à Angers aura été moins explicite qu'à Utah Beach.

En descendant doucettement de Normandie où le département de la Manche lui aura réservé un accueil mémorable, le peloton du Tour se faisait désirer dans les rues d'Angers, où la course marque ce soir une première halte dans la longue diagonale qu'il se paie pour rallier en deux jours les premiers reliefs (près de 500 bornes de selle de Granville à Limoges). Les favoris, déjà, ressentaient le besoin de flâner un peu entre la campagne normande et la douce ville d'Angers. On avait quitté le littoral manchois à Granville sous de timides rayons de soleil, les premiers depuis le Grand Départ, et la longue transhumance qui s'annonçait aux lendemains d'étapes nerveuses n'incitait pas à se découvrir. Entre celles qui misaient sur l'inévitable sprint massif et celles qui avaient pour mission de protéger un leader, peu d'équipes avaient un intérêt à voir l'un des leurs se faire la malle.

Armindo Fonseca échappé solitaire
© ASO/A.Broadway
Seul un intrépide s'était autorisé à filer au coup d'envoi pour se lancer dans un numéro devenu rare sur le Tour : celui de l'échappée solitaire. On n'avait plus vu quelqu'un tenter le coup depuis trois ans, quand Luis-Angel Mate avait pris la fuite seul entre Aix-en-Provence et Montpellier... avant de se raviser au bout d'une heure face au vent défavorable. Cette fois le vent était nul dans ce bout droit de 227,5 kilomètres entre Granville et Angers, et l'attaquant du matin avait une raison personnelle de se porter en tête. Seul coureur breton engagé dans ce Tour de France, Armindo Fonseca (Fortuneo-Vital Concept) avait à cœur, tandis que le Tour transitait par la Bretagne sur quelques 70 kilomètres, de faire flotter pour la troisième fois de suite l'étandard de sa formation en tête de course, après les actions menées par Anthony Delaplace – en régional lui aussi – samedi et le Viking Vegard Breen hier dans le Cotentin.

Six occasions encore pour Mark Cavendish de rejoindre Eddy Merckx avant les Champs.

Thomas Voeckler relance l'échappée avec Armindo Fonseca
© ASO/A.Broadway
Personne n'avait donc souhaité filer le train à Armindo Fonseca dans sa folle équipée, et le peloton qui prenait son temps (à raison d'une trentaine de kilomètres parcourus par tranche horaire pendant trois heures !) accordait volontiers à l'échappé solitaire un bonus de 10'40". A l'impatience du public angevin, qui excluait de voir débouler le Tour chez lui avant 18h00, s'ajoutait celle de Thomas Voeckler (Direct Energie). Brassard rouge sur chaque manche en souvenir de Romain Guyot, l'enfant du pays mortellement accidenté en début d'année, le Vendéen d'adoption prenait l'initiative d'enflammer la course en sautant du peloton à 90 kilomètres de l'arrivée pour venir prêter main forte à Armindo Fonseca, qui n'en attendait pas tant. Le duo ainsi constitué offrait un second souffle à l'échappée, mais sa débauche d'énergie n'allait pas suffire à l'approche de la cité d'arrivée. Il était gobé aux 8 kilomètres.

On avait beaucoup patienté tout au long du boulevard Carnot, qui montait gentiment depuis la Maine jusqu'au boulevard Foch où un sprint bestial était pressenti. Mais il allait falloir attendre encore un peu après le déboulé des sprinteurs, car à vue d'œil il n'était pas permis d'avancer avec certitude l'identité de celui qui venait de couper la ligne en tête. Après six heures d'une lente procession, les chasseurs d'étapes redoublaient soudain d'agressivité. Parfaitement déposé dans la dernière courbe, le champion d'Allemagne André Greipel (Lotto-Soudal) se voyait prendre là son traditionnel succès d'étape, lui dont les cinq premières participations au Tour ont chacune été ponctuées d'une à quatre victoires d'étape. Mais dans ce faux plat pour grosses cuisses qui laissait Bryan Coquard (Direct Energie) 3ème et le Maillot Jaune Peter Sagan (Tinkoff) 4ème en arrière-plan, l'Allemand allait devoir composer jusqu'à la ligne avec un puissant Mark Cavendish, vêtu de vert, et qui coupait la ligne dans un même élan.

André Greipel et Mark Cavendish dans un même élan à Angers
© Sirotti
La photo-finish allait confirmer le sentiment général pour accorder au Britannique sa vingt-huitième victoire d'étape dans le Tour de France, ce qui en fait ni plus ni moins l'égal, désormais, de Bernard Hinault. Et le rapproche progressivement d'Eddy Merckx, vainqueur de six étapes de plus. Or si le Cannibale avait 30 ans lorsqu'il s'imposa une ultime fois à Auch en 1975 et que le Blaireau s'était arrêté de vaincre à Saint-Etienne en 1986 à l'âge de 31 ans, Mark Cavendish du haut de ses 31 printemps ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Il lui reste précisément six occasions de rejoindre Eddy Merckx en haut des tablettes dès cette année. A condition de ne laisser échapper aucune étape favorable aux sprinteurs, demain à Limoges et jeudi à Montauban, la semaine prochaine à Revel et plus certainement à Montpellier et Villars-les-Dombes, sans oublier le rush des Champs-Elysées qu'il a déjà raflé quatre fois.

Demain mardi, la quatrième étape reliera Saumur à Limoges (237,5 km).

Classement 3ème étape :

1. Mark Cavendish (GBR, Dimension Data) les 227,5 km en 5h59'54" (37,3 km/h)
2. André Greipel (ALL, Lotto-Soudal) m.t.
3. Bryan Coquard (FRA, Direct Energie) m.t.
4. Peter Sagan (SVQ, Tinkoff) m.t.
5. Edward Theuns (BEL, Trek-Segafredo) m.t.
6. Sondre-Holst Enger (NOR, IAM Cycling) m.t.
7. Marcel Kittel (ALL, Etixx-Quick Step) m.t.
8. Christophe Laporte (FRA, Cofidis) m.t.
9. Daniel McLay (GBR, Fortuneo-Vital Concept) m.t.
10. Dylan Groenewegen (PBS, Team LottoNL-Jumbo) m.t.

Classement général :

1. Peter Sagan (SVQ, Tinkoff) en 14h34'36"
2. Julian Alaphilippe (FRA, Etixx-Quick Step) à 8 sec.
3. Alejandro Valverde (ESP, Movistar Team) à 10 sec.
4. Chris Froome (GBR, Team Sky) à 14 sec.
5. Warren Barguil (FRA, Giant-Alpecin) m.t.
6. Nairo Quintana (COL, Movistar Team) m.t.
7. Roman Kreuziger (TCH, Tinkoff) m.t.
8. Tony Gallopin (FRA, Lotto-Soudal) m.t.
9. Fabio Aru (ITA, Astana) m.t.
10. Daniel Martin (IRL, Etixx-Quick Step) m.t.

Classement par points :

1. Mark Cavendish (GBR, Dimension Data) 123 pt
2. Peter Sagan (SVQ, Tinkoff) 116 pt
3. André Greipel (ALL, Lotto-Soudal) 79 pt
4. Marcel Kittel (ALL, Etixx-Quick Step) 77 pt
5. Bryan Coquard (FRA, Direct Energie) 52 pt
6. Alexander Kristoff (NOR, Team Katusha) 40 pt
7. Julian Alaphilippe (FRA, Etixx-Quick Step) 35 pt
8. Michael Matthews (AUS, Orica-BikeExchange) 33 pt
9. Edward Theuns (BEL, Trek-Segafredo) 32 pt
10. Christophe Laporte (FRA, Cofidis) 24 pt

Classement de la montagne :

1. Jasper Stuyven (BEL, Trek-Segafredo) 4 pt
2. Paul Voss (ALL, Bora-Argon 18) 2 pt
3. Armindo Fonseca (FRA, Fortuneo-Vital Concept) 1 pt
4. Vegard Breen (NOR, Fortuneo-Vital Concept) 1 pt
5. Roman Kreuziger (TCH, Tinkoff) 1 pt

Classement des jeunes :

1. Julian Alaphilippe (FRA, Etixx-Quick Step) en 14h34'44"
2. Warren Barguil (FRA, Giant-Alpecin) à 6 sec.
3. Wilco Kelderman (PBS, Team LottoNL-Jumbo) m.t.
4. Adam Yates (GBR, Orica-GreenEdge) m.t.
5. Louis Meintjes (AFS, Lampre-Merida) à 17 sec.
6. Lawson Craddock (USA, Cannondale-Drapac) à 23 sec.
7. Eduardo Sepulveda (ARG, Fortuneo-Vital Concept) m.t.
8. Emanuel Buchmann (ALL, Bora-Argon 18) m.t.
9. Patrick Konrad (AUT, Bora-Argon 18) m.t.
10. Jan Polanc (SLO, Lampre-Merida) à 41 sec.

Prix de la combativité :

1. Thomas Voeckler (FRA, Direct Energie)

Classement par équipes :

1. Orica-BikeExchange (AUS) en 43h44'30"
2. Team Sky (GBR) m.t.
3. Movistar Team (ESP) à 21 sec.
4. FDJ (FRA) à 22 sec.
5. Astana (KAZ) à 26 sec.
6. Cannondale-Drapac (USA) à 34 sec.
7. Team Katusha (RUS) à 35 sec.
8. Ag2r La Mondiale (FRA) à 36 sec.
9. Lampre-Merida (ITA) à 46 sec.
10. Etixx-Quick Step (BEL) à 48 sec.

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