C’est une petite musique que les amateurs de beaux vélos connaissent bien. Celle du titane, ce métal noble, inaltérable, qui traverse les époques sans prendre une ride. Mais ne vous y trompez pas : si le matériau est intemporel, la géométrie, elle, doit vivre avec son temps. La maison TitaniumBikeStore nous a envoyé en test le Tibus. Une machine de XC downcountry qui promet de marier l’âme du titane Grade 9 aux standards les plus modernes. Alors, simple mise à jour ou véritable refonte chirurgicale ? Verdict sur les sentiers.
Le cadre du Leon Tibus : La noblesse du Grade 9 rencontre l’ingénierie moderne
Au déballage, on admire tout de suite la finition. Léon frameworks maîtrise son sujet et cela se voit. Le cadre, soudé en titane grade 9 (3Al-2.5V), joue la carte du contraste avec une finition mate, rehaussée par des marquages microbillés du plus bel effet. C’est propre, c’est soigné, et les gravures sur la douille de direction ou les haubans rappellent que l’on est ici dans l’univers de l’artisanat de pointe.
Mais trêve de contemplation, sortons le pied à coulisse. Léon n’a pas fait les choses à moitié pour rigidifier la bête là où c’est nécessaire. On note immédiatement l’adoption du boîtier de pédalier au standard T47 (largeur 85.5mm). C’est, à nos yeux, le meilleur compromis actuel : la fiabilité du fileté avec la rigidité des roulements bien dimensionnés. L’arrière du cadre est un tour de force technique. Les bases affichent une longueur ultra-contenue de 425 mm. Sur le papier, c’est la promesse d’un vélo joueur, même en 29″. Malgré cette compacité, le Tibus accepte des pneus allant jusqu’à 29 x 2.6″ le notre étant monté en Vittoria Mezcal 2.4″ qui ont bien fait le job. Et un plateau jusqu’à 40 dents. Une prouesse rendue possible par un travail d’orfèvre sur le formage des tubes.
Côté standards, le Tibus coche toutes les cases du cadre moderne : patte de dérailleur UDH, entraxe Boost 148, et un passage de gaines hybride. Vous pourrez choisir entre une intégration totale via le jeu de direction IS52 pour un look épuré, ou conserver les entrées classiques sur le tube diagonal pour une maintenance facilitée. Le cadre est aussi sublimé par un montage haut de gamme : Transmission Sram XX SL, tige de selle telescopique (j’aurais préféré une tige à débattement plus long pour pouvoir la positionner plus bas), plateau Gemini, freins magura MT8 et les superbes roues R-Line terra, moyeux Erase et rayons Berd (fabriqués à partir d’un polymère avancé à haute densité moléculaire, extrêmement légers, et 12 fois plus résistants que les rayons en acier)
Géométrie : L’équilibre avant tout
Léon ne tombe pas dans le piège du « toujours plus long, toujours plus couché ». La géométrie a été pensée pour une fourche de 100 à 120 mm de débattement, plaçant le Tibus dans cette catégorie floue mais excitante du « downcountry » ou du trail léger.
- Angle de direction de 67° : On n’est pas sur un enduro rigide, mais c’est suffisant pour attaquer dans le pentu.
- Angle de tube de selle de 76,5° : On conserve une bonne position dans les montées raides et techniques
- Reach de 446,9 mm (en taille M) : Une valeur moderne, sans excès et qui préserve la maniabilité.
- BB Drop de 60 mm : Le boîtier est bas, on gagne en stabilité.
Sur le terrain : Le tapis volant caractériel
Dès les premiers tours de roues, on retrouve ce « toucher » si particulier du titane. C’est feutré, silencieux. Le cadre filtre les hautes fréquences et les petites vibrations du terrain avec une bienveillance que l’aluminium ne connaîtra jamais et que le carbone peine souvent à imiter.
Au pédalage :
Dès les premiers coups de pédale dans le D+, le Leon Tibus surprend. On s’attendait à la souplesse légendaire du titane, on découvre une nervosité insoupçonnée. Le boîtier T47 verrouille parfaitement la zone de pédalage. Mais la vraie révélation vient de l’angle de tube de selle redressé à 76°. On reste centré, le poids bien réparti sur l’avant. La motricité est tout bonnement bluffante. Là où un carbone rigide aurait zippé sur la caillasse fuyante, le triangle arrière du Tibus semble se déformer de quelques millimètres pour aller chercher le grip. C’est le fameux « V » du titane : vivant, mais pas mou.
En descente :
C’est quand la pente s’inverse que le Leon Tibus dévoile son jeu. On bascule dans une descente type « enduro light », mélange de marches et de pif-pafs entre les pins.
La géométrie moderne fait des merveilles. Le Reach allongé couplé à une potence courte (50mm) offre une stabilité impériale. On ne subit pas le terrain, on le survole. La filtration des vibrations à haute fréquence est bien réelle : le cadre dissipe l’énergie des chocs sans nous renvoyer des coups de raquette dans les lombaires. Dans les sections techniques lentes, les bases de 425mm rendent le vélo diabolique de maniabilité. Un appel, un coup de bassin, et l’arrière enroule l’épingle avec une facilité déconcertante. C’est joueur, c’est « poppy », ça donne envie de tirer des bunny-ups sur la moindre racine.
L’esprit d’aventure :
Léon n’a pas oublié l’ADN baroudeur de la marque. Avec trois emplacements de porte-bidons et les perçages sur le Top-Tube pour une sacoche, le Tibus est prêt pour les longues épopées en bikepacking. Sa capacité à emmener du gros pneu (2.6) est un atout majeur pour le confort sur longue distance
Verdict sur ce Leon Tibus
Avec le Tibus, Léon ne se contente pas de mettre à jour son catalogue. La marque française livre une copie d’une maturité impressionnante. C’est un vélo de paradoxes réussis : rigide au pédalage mais onctueux verticalement, stable grâce à son boîtier bas mais diablement joueur grâce à ses bases de 425 mm. Ce n’est pas un vélo de course XC pur et dur, ni un enduro rigide « camionnesque ». C’est le vélo de montagne par excellence, celui qu’on sort pour une heure de plaisir intense derrière la maison ou pour une traversée des Alpes. Une machine à sourire, durable, réparable et intemporelle. Le prix de l’excellence ? Certes, mais c’est sans doute le dernier vélo que vous achèterez. Et si vous êtes plutôt gravel ou route, Leon Frameworks, que l’on avait rencontré sur le Roc d’Azur, aura aussi de quoi vous faire plaisir.
















