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Interview de Laurent Jalabert

Publié le 01/07/2003 00:05

Interview de Laurent Jalabert : "sur le Tour de France, il faut marquer les esprits avec des exploits athlétiques."
Interview de Laurent Jalabert : "sur le Tour de France, il faut marquer les esprits avec des exploits athlétiques."

Laurent, il y a un an, vous étiez sur le point d'annoncer votre retraite. Quelles sont aujourd'hui vos nouvelles activités ?
"Je suis essentiellement consultant. Je travaille pour plusieurs médias comme RTL, L'Equipe et France Télévisions, avec lesquels je vais collaborer sur le Tour de France. Je travaille aussi pour des entreprises, comme c'est le cas avec Look où je participe au développement des nouvelles gammes de produits. Enfin, j'apporte mon image à des entreprises comme Champion ou Sport-Elec. Je fais aussi la promotion des produits régionaux du Tarn avec les vignerons de Rabastens pour soutenir les produits locaux. Je fais beaucoup de petites actions sympas comme celles-là mais ça, ce n'est pas vraiment une reconversion."

Vous faites aussi la promotion du cyclisme.
"Oui. J'ai participé à l'opération "découverte des sports cyclistes" mise en place par la Société du Tour de France. J'ai aussi ouvert un magasin. J'ai acheté une boutique de cycles fin mars, que nous avons ouvert le 18 avril. C'est un Culture Vélo à Blagnac d'une surface de 600 m². Il est dédié à toutes les catégories d'utilisateurs. Aux compétiteurs bien sûr mais aussi au vélo de loisir, la clientèle la plus large : VTT, route, VTC, BMX, accessoires... Un super beau magasin !"

L'image de Laurent Jalabert fait-elle doper les ventes ?
"Il ne suffit pas d'avoir l'image. Il faut encore faire savoir que je suis le propriétaire de ce magasin. C'est encore tout récent puisqu'il n'est ouvert que depuis deux mois. Mais c'est un magasin qui marchait déjà très bien. Est-ce que cela dopera les ventes ? Je n'en sais rien encore mais en tout cas, ça ne pénalise pas."

Revenons sur votre principale occupation : le métier de consultant. Quel est le quotidien du journaliste sportif sur une épreuve cycliste ?
"T'attends ! T'attends que les coureurs arrivent, tu les vois un petit peu avant qu'ils partent mais comme ils sont tendus on ne peut pas trop discuter. Mais je ne parle qu'en ce qui me concerne. Sur le Tour de France, ce sera différent puisque je serai sur la moto et quelque fois en direct intégral. Autrement, on attend le début de la retransmission et là, on commence à travailler. Et après, c'est fini : on attend le jour suivant ! (il rit)"

Ce sont donc de longues journées...
"Oui, et c'est pour quoi j'ai souhaité collaborer avec plusieurs médias pour avoir des journées un peu plus remplies. J'aime bien être occupé. Tant qu'à être sur le Tour, je voulais être occupé."

A moto, les descentes de col derrière les coureurs sont plutôt vertigineuses. N'avez-vous pas eu peur sur le Dauphiné-Libéré ?
"C'est vrai qu'il y a eu une appréhension. Il y a forcément un petit manque de confiance dans tout ce qui est nouveau. Même si le pilote assurait, c'était la première fois que je faisais une descente de col en moto. C'est différent qu'à vélo. Le coureur a la route libre, il choisit ses trajectoires. Dans les motos, c'est la bagarre derrière le coureur. Il y a beaucoup de monde qui se bouscule pour passer. Les trajectoires, tu ne les choisis pas, tu prends celles qu'il te reste. Et moi comme je suis passager, et que je ne maîtrise pas l'exercice, j'avais une petite crainte. J'étais tendu, ce qui s'est d'autant plus ressenti que mon boulot, c'est de parler dans ces moments-là, avec parfois le pare-choc d'une voiture à 20 centimètres de toi. En plus, il te faut garder le fil de ton discours, être attentif à ce qui se dit dans le casque. Mais dites, on l'a vraiment ressenti que j'avais un peu peur ?"

Juste un peu ! Vous serez donc aux premières loges sur le Tour, quel est votre pronostic ?
"C'est dur ! Armstrong, si on ne le met pas vainqueur... Il a la super cote, on aura du mal à ne pas le voir vainqueur donc je vais quand même le mettre premier. Hamilton 2ème, Ullrich 3ème."

Et les Français ?
"Je leur souhaite des victoires d'étapes. J'espère qu'ils auront une attitude d'attaquants, qu'ils auront du panache. Je crois avoir montré un peu la voix ces deux dernières années. On peut sortir du Tour sans être un vainqueur. Faire le classement général pour terminer entre cinq et dix, c'est une satisfaction personnelle mais personne ne s'en rappelle. Si je vous demande quels sont les dix premiers du Tour l'année passée... Même moi j'ai du mal à m'en rappeler. Ca ne marque pas les esprits. Il faut marquer les esprits avec des exploits athlétiques. Le conseil que je donnerais aux Français, c'est de prendre des risques. C'est leur course nationale, c'est le Tour. N'importe quelle échappée est mise en avant et en attaquant de loin, on peut aller décrocher une victoire d'étape."

N'avez-vous pas un regret de ne pas participer au Tour de France du Centenaire en temps que coureur ?
"Oh que non ! Au contraire, je me réjouis de le faire dans le rôle de consultant parce que je vais pouvoir profiter pleinement de cet événement. Pour les coureurs, le Tour du Centenaire n'est rien qu'un Tour supplémentaire. La course, c'est la course et il n'y a pas vraiment de différence avec les précédentes. Toute l'Histoire qui va autour, ça fait partie du folklore. Pour moi, ça va être une grande nouveauté. Le Tour du Centenaire va engendrer plein de choses nouvelles et je vais pouvoir en profiter un peu."

Vous avez une vie bien remplie. Vous arrivez à avoir du temps pour votre famille ?
"J'en ai, bien sûr, mais c'est vrai qu'en ce moment c'est le coup de bourre. Mai, juin, juillet, c'est le gros de ma saison. Mais c'est comme quand tu es en course et que ça attaque : il faut s'accrocher. C'est à ce moment-là qu'il faut lever les fesses et y aller. Je fais un travail saisonnier. C'est maintenant qu'il faut tout donner. Après, j'aurai un mois de vacances en août. Actuellement, je ne passe pas beaucoup de temps avec ma famille. Mais sur une année, il y a des périodes où je suis beaucoup à la maison."

Combien de kilomètres avez-vous fait depuis que vous avez mis un terme à votre carrière ?
"(il sourit) Je n'ai pas de compteur donc je ne peux pas vous le dire. Pendant six mois, j'ai roulé en tout et pour tout une dizaine de fois entre deux-trois heures. Mais depuis deux mois j'y vais deux fois par semaine. Combien ça peut faire de kilomètres ? Trois mille peut-être ? Pas beaucoup. Mais je cours à pied, ce qui est un peu plus facile quand on est toujours en déplacement comme en ce moment."

Rouler ne vous manque pas trop ?
"Je m'y suis remis de façon assez régulière maintenant. Avec les beaux jours, j'ai envie de transpirer, j'ai envie de me faire plaisir, mais je le fais avec un autre état d'esprit. La course ne me manque pas et je suis content d'avoir arrêté en fait. Quand on n'en fait pas à un haut niveau, on est toujours un peu dans le dur."

Verra-t-on un jour Laurent Jalabert directeur sportif ?
"Pour l'heure, ce n'est pas un objectif mais on ne sait jamais. La vie est longue et il y a quelques années je n'aurais pas imaginé être consultant pour France Télévisions ou pour L'Equipe alors que nous n'étions pas forcément en bons termes. Peut-être qu'un jour je serai directeur sportif. Mais aujourd'hui ce n'est pas possible de le dire."

Un mot pour finir sur votre cyclosportive, la Laurent Jalabert. Comment s'est-elle mise en place ?
"C'est le club de mes débuts qui s'en occupe. C'est une épreuve de masse. L'année passée il y a eu 1200 participants. Je n'avais pas pu être sur l'épreuve car j'étais au Grand Prix de Plouay. Cette année, je ne sais pas encore si j'aurai suffisamment de ressources pour être sur le vélo mais je serai là. C'est une randonnée qui est mise en place au profit d'une association. Une partie des bénéfices seront reversés à une association que je parraine. On traversera une très belle région avec l'arrivée au Pic de Nore, dont le sommet rappelle le Ventoux avec son observatoire. Je suis très heureux qu'une randonnée cyclosportive porte mon nom et se déroule en plus à Mazamet."

Propos recueillis le 29 juin 2003.