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Interview de Christian Prudhomme

Publié le 18/07/2012 14:34

Directeur du Tour de France - "Mon regret jusqu'ici est qu'il n'y ait pas eu d'attaque coordonnée. Pour battre Wiggins, il faut mener une stratégie de harcèlement."

Christian PrudhommeChristian Prudhomme | © Vélo 101

Christian, à l'entame des Pyrénées, quels sont vos premiers sentiments sur le Tour de France 2012 ?
La jeunesse est à l'honneur, d'abord. Dans l'Histoire du Tour, on n'a sans doute jamais vu les deux plus jeunes coureurs du Tour se mettre en évidence et même mieux que ça. Peter Sagan a gagné trois fois avec une présence constante aux avant-postes qui veut déjà dire que dans les années qui viennent il va falloir compter avec lui sur tous les terrains. Et puis il y a Thibaut Pinot, benjamin du Tour à 22 ans, déjà vainqueur d'étape, 10ème au général avec l'espoir d'un maillot blanc.

Et du point de vue de la course au maillot jaune ?
Ce qui ressort, c'est évidemment la domination de Bradley Wiggins et de l'équipe Sky conforme à ce qu'on voit depuis le début de la saison, aux succès de Wiggins sur Paris-Nice, au Tour de Romandie et au Critérium du Dauphiné. Ce n'est pas tant que ses adversaires n'essaient pas de le déposséder du maillot jaune, c'est qu'ils ne peuvent pas. Mon seul regret jusqu'à présent est qu'l n'y ait pas eu d'attaque coordonnée. La seule stratégie possible pour battre Wiggins est une stratégie de harcèlement. Or elle n'a pas existé jusqu'ici mais les deux étapes qui sont devant nous sont capables de tout bouleverser.

Qu'est-ce qui attend les coureurs ?
Ce sont deux étapes vraiment complémentaires. D'abord la grande étape classique des Pyrénées par une grande chaleur puisqu'on annonce 32°. Demain ce sera une étape courte, dense, dynamique, sur le registre de l'étape de l'Alpe d'Huez l'année dernière. Le col de Menté par son versant le plus rude va être terrible. L'inédite côte de Burs présentera de vrais pourcentages. Et puis 50 derniers kilomètres sans le moindre mètre de plat : une longue montée de plus en plus raide dans le Port de Balès, une descente technique, une remontée vers Peyresourde, une courte descente et l'ascension vers Peyragudes. Là, on nous annonce de la pluie, du brouillard et des routes mouillées. A l'évidence, tout peut se passer sur ces deux étapes.

Comment percevez-vous l'impact de ce Tour de France 2012 depuis le Grand Départ à Liège ?
Il y a une ferveur populaire extraordinaire. Même si je suis à chaque fois en tête de course, avec les échappés au quotidien, je suis à chaque fois impressionné par la foule. Je ne sais pas s'il y a plus de monde cette année que les années précédentes. Ce qui est certain c'est que le Grand Départ à Liège, dans un pays conquis, était très impressionnant. Quand on rencontre un tel succès à l'étranger, on se dit qu'après on en aura peut-être un peu moins, or là il y a eu plein de monde absolument partout.

Plus que jamais, le Tour de France fait partie du patrimoine français mais est aussi un beau produit d'exportation ?
Il fait partie du patrimoine français et est la plus grande épreuve sportive itinérante au monde. Mais c'est bien plus que ça. C'est la mise en valeur des terroirs, des territoires, des régions. La France est un magnifique pays, le premier pays touristique au monde. Il y a trois manières de voir le Tour, me disaient l'autre jour Claude Bartolone et Valérie Fourneyron : l'aspect sportif bien sûr, la beauté des paysages, et puis le monde au bord des routes, la joie des gens et tout ce qu'ils inventent.

C'est la fierté française ?
Oui, et c'est un peu ce que Jean-Marie Leblanc m'avait dit avant qu'il ne parte, me répétant ce que Jacques Goddet lui avait dit quand il avait pris sa succession : "n'oublie jamais que le Tour c'est un peu du prestige et du savoir-faire de la France partout où il va."

Un seul pays limitrophe à la France n'a jamais accueilli le Grand Départ, l'Italie, pourquoi ?
Nous avons plusieurs candidatures de l'Italie, à commencer par celle de Florence. C'est vrai que ça paraît incroyable de se dire que le Tour n'est jamais parti d'Italie. La rivalité d'antan entre le Giro et le Tour de France a peut-être fait que, mais j'espère que ça se fera un jour.

Depuis votre arrivée à la direction du Tour de France, vous avez cassé certaines habitudes. Reste l'alternance Pyrénées-Alpes, peut-on concevoir que vous révisiez cette logique-là ?
Les parcours ne sont pas pensés pour qu'il y ait une fois les Alpes, une fois les Pyrénées. Tout dépend du lieu du Grand Départ. C'est lui qui détermine le sens de rotation et absolument pas l'alternance.

Le Tour du Centenaire en 2003 s'était tourné vers le passé, comment voyez-vous la 100ème édition du Tour en 2013 ?
Je la vois déjà comme une course qui va faire saliver, puisqu'on devrait avoir l'an prochain ceux qui brillent cette année et ceux qui ne sont pas là. Je pense évidemment à Andy Schleck et Alberto Contador mais aussi aux Colombiens, qui reviennent avec Alexander-Nairo Quintana, et qui font partie de la légende du Tour. Voilà pour le plateau. Après ce sont les coureurs qui feront l'équilibre plus que le parcours, qui est élaboré nettement plus d'un an avant. On ne fait jamais un parcours en fonction de tel ou tel coureur puisque pour des raisons logistiques, techniques, d'autorisation, tout ou presque est fait avant. Mais nous mettons un soin particulier à faire que le Tour soit beau. Il l'est toujours, mais peut-être le sera-t-il davantage en 2013 avec la mise en valeur, clairement, de la France.

Vous aimez dire que la presse a créé le Tour, que la radio l'a popularisé et que la télé l'a magnifié, diriez-vous qu'Internet va l'universaliser ?
La force du Tour, c'est sa capacité d'adaptation. Et puisqu'il est un enfant de ce qui n'était pas encore les médias, les journaux, le Tour s'adapte aussi aux nouveaux moyens de communication. Le vrai changement que tout le monde voit, aujourd'hui, c'est le développement du Tour dans les pays anglophones. C'est le Commonwealth sur le Tour : on voit des drapeaux anglais, australiens, américains... On voit le Tour s'universaliser à travers la langue de Shakespeare.

On parle beaucoup de développement durable, quels seront les axes mis en avant par le Tour pour la 100ème édition ?
Ce ne sera pas pour la 100ème. Ça fait beaucoup d'années qu'on travaille là-dessus. Les guides historiques et touristiques à l'attention de la presse ne sont plus réalisés en papier. S'agissant des classements et communiqués imprimés (NDLR : 15000 feuilles chaque jour pour un aller quasi direct à la corbeille), ceux qui estiment qu'il y en a trop ne sont sans doute pas majoritaires. Si on ne sortait plus ces communiqués en papier, la machine médiatique se mettrait à râler.

Que peut-on dire quant à la pollution liée aux voitures ?
On a déjà éliminé un certain nombre de véhicules de la course cette année de manière très claire. Nous avons diminué le nombre de voitures dans l'organisation générale comme le nombre d'entrées au Village. C'est quelque chose qui doit continuer. Ce serait formidable que des voitures hybrides ou électriques rejoignent le Tour, mais le plus important pour l'instant c'est la sécurité.

Et qu'en est-il de la collecte des déchets laissés par les coureurs ?
Nous sommes parmi les premiers à avoir installé des collectes avant et après. La bicyclette ne pollue pas donc on ne peut pas concevoir que des coureurs le fassent. Certains coureurs respectent parfaitement cette règle, d'autres moins. J'ai été ravi de voir un coureur comme Peter Sagan rendre tous ses bidons systématiquement à la voiture. C'est formidable qu'un type qui ressort de manière aussi forte puisse être aussi une sorte d'ambassadeur. En tout cas ça me plaît beaucoup.

Propos recueillis à Pau le 18 juillet 2012.

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