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Interview de Julien Jurdie

Publié le 22/07/2013 15:54

Directeur sportif d'Ag2r La Mondiale - "La victoire de Riblon à l'Alpe d'Huez a redonné du baume au cœur au peloton français. S'il y en avait une à gagner, c'était celle-ci."

Julien JurdieJulien Jurdie | © Vélo 101

Julien, pour bien dresser le bilan de l'équipe Ag2r La Mondiale à l'issue du Tour de France, pouvez-nous rappeler quels étaient vos objectifs il y a trois semaines ?
Nous étions partis de Corse avec des objectifs élevés : un bon classement général pour Jean-Christophe Péraud, une victoire d'étape évidemment, et une performance au classement par équipes. Trois semaines plus tard le bilan est très satisfaisant.

Prenons chacun d'entre eux. Il y a d'abord eu la grande et belle victoire de Christophe Riblon à l'Alpe d'Huez...
S'il y en avait une à gagner, c'était celle-ci. On nous a vus très agressifs dès le départ du Tour avec Blel Kadri, Sébastien Minard, Christophe Riblon, Romain Bardet... On souhaitait que l'équipe soit très offensive. Ça ne nous a pas souri trop au départ mais la victoire de Christophe à l'Alpe d'Huez a représenté une superbe récompense. Et franchement après ça je ne vois pas qui d'autre que lui pouvait mériter le titre de Super Combatif du Tour 2013.

La victoire de Christophe Riblon à l'Alpe d'Huez, ça restera l'image marquante du Tour de France d'Ag2r La Mondiale ?
Oui, nettement. Ça a été le fait marquant pour l'ensemble du peloton et des suiveurs du Tour. On a remarqué comme le public, au bord des routes, a été enchanté par sa victoire. Nous avons vu fleurir les "merci". Gagner à l'Alpe, une étape-clé, que nous empruntions deux fois l'année de la 100ème édition, avec un public de fou, ça restera marquant. D'un autre côté je n'oublierai pas la chute de Jean-Christophe Péraud dans le dernier virage du contre-la-montre. Il était en train de faire un chrono fantastique malgré un trait de fracture de la clavicule. De la bagnole où je le coachais, j'étais impressionné. Sa chute sous mes yeux a été une image très forte. Même si je veux surtout retenir la joie de la victoire de Christophe Riblon vingt-quatre heures plus tard.

Au classement général, il n'a manqué qu'un peu de chance pour que Jean-Christophe Péraud termine le Tour avec un Top 10 à la clé ?
Nous étions partis sur de très bonnes bases avec Jean-Christophe. Il était dans de très bonnes dispositions avec un bon physique, un gros mental et une excellente équipe autour de lui. Mais comme vous le savez ça s'est mal terminé sur le chrono de Chorges. C'est vraiment dommage. Quand on analyse la fin du Tour, avec une équipe Ag2r La Mondiale très forte dans les trois étapes alpestres, on peut penser que notre leader aurait été à la hauteur également. Ten-Dam, Mollema, Fuglsang ont reculé. Peut-être que le Top 5 était dans les cordes de Jean-Christophe.

Christophe Riblon dans les bras de ses coéquipiersChristophe Riblon dans les bras de ses coéquipiers | © ASO/P.Perreve

Son absence a forcément pesé également au classement par équipes, dont l'équipe Ag2r La Mondiale prend la 2ème place derrière le Team Saxo-Tinkoff ?
C'est un regret et une déception par rapport à cet objectif, oui, même si les chutes font partie intégrante de la course. C'est le métier. On l'a subi au pire moment avec Jean-Christophe Péraud. On a aussi perdu Maxime Bouet qui était important dans les chronos. Sans ces pépins physiques, je me pose la question de savoir si nous n'aurions pas eu la possibilité de gagner ce classement par équipes. C'est un challenge très important pour nous. 2ème, c'est quand même une grosse performance par rapport aux meilleures équipes mondiales, en plus pas très loin des Saxo-Tinkoff, qui étaient les plus forts en montagne avec trois gros leaders.

L'autre belle satisfaction, c'est l'éclosion de Romain Bardet, 15ème et 1er Français à l'occasion de son premier Tour de France ?
Après l'abandon de Jean-Christophe Péraud, on s'est tout de suite remis le classement général en tête avec Romain. Il a pris la 15ème place et le titre honorifique de 1er Français, ce qui n'était absolument pas un objectif dans l'équipe. Malgré tout, les médias aiment ça. Et pour lui qui découvrait un Grand Tour auprès des meilleurs coureurs mondiaux, c'est une grande satisfaction. L'objectif pour lui, dont on connaît les qualités de grimpeur, était de découvrir une course de trois semaines avec un gros point d'interrogation en termes de récupération en troisième semaine, la plus difficile au demeurant. On l'a vu très à l'aise dans les Pyrénées. Il a réalisé de petites erreurs de jeunesse qui lui coûtent une place ou deux au classement général mais il était là pour découvrir et il fait partie des révélations de ce Tour de France.

A quelles erreurs faites-vous référence ?
D'abord au pied de la Hourquette d'Ancizan, en voulant attaquer alors que le groupe des favoris était seulement à 20 secondes. Ça lui a coûté de l'énergie quand il aurait simplement dû attendre le groupe. Ensuite, la plus flagrante, ça a été son arrêt pipi vers Saint-Amand-Montrond, alors qu'on l'avait mis en garde du risque de bordures. A l'arrivée, ce sont dix minutes de perdues. Mais il était là pour apprendre, sans l'objectif du classement général. Et je pense qu'il a emmagasiné beaucoup d'expérience tout au long de ces trois semaines, dans une équipe comme la nôtre qui courait sur plusieurs tableaux.

Romain BardetRomain Bardet | © Sirotti

Quand on contemple votre excellent parcours sur le Tour, comparativement aux autres équipes françaises, il est clair que vous avez sauvé le bilan français...
Malheureusement nos compatriotes ont été davantage en difficulté que nous, effectivement. Chez FDJ.fr, je pense à Thibaut Pinot très voire trop fort au Tour de Suisse mais tombé malade. Cofidis a fait un bon classement général avec Daniel Navarro, même ils sont restés très discrets. Sojasun a souvent montré le maillot en faisant avec ses moyens. Quant à Europcar, après deux ou trois Tours extraordinaires, ils ont été un peu moins en réussite cette fois. Thomas Voeckler était moins bien, Pierre Rolland très surveillé, ça a été difficile pour eux de s'exprimer. Nous, nous sommes vraiment contents de notre Tour. Et la victoire de Christophe Riblon à l'Alpe d'Huez a redonné du baume au cœur à tout le peloton français.

Après un Tour de France aussi accompli, comment allez-vous remobiliser vos gars pour la fin de la saison ?
J'y travaille déjà. J'ai répété aux coureurs de l'équipe du Tour que la saison ne s'arrêtait pas là. Je pense à Christophe Riblon, qui repart vendredi au Tour de Pologne. Il ne fera qu'un critérium mardi soir à Lisieux, c'est un gros sacrifice, mais compte tenu de sa forme il serait dommage de ne pas en profiter. Quand on voit encore sa montée au Semnoz, il y a un Tour de Pologne à gagner ! C'est un message qu'il a reçu 5/5. Il faut profiter de ces moments-là, bien récupérer, c'est le message que nous donnons aux coureurs, qui seront pratiquement tous en course cette semaine, ou bien à la Clasica San Sebastian ou bien au Tour de Pologne. La saison n'est clairement pas finie. Nous avons besoin de points WorldTour dans l'équipe, il va être très important que les coureurs restent solidaires et ne débranchent pas dans la tête.

Propos recueillis à Versailles le 21 juillet 2013.

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