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Giro # 17 : Savoldelli écrase une étape captivante

Publié le 30/05/2002 18:10

Paolo Savoldelli écrase le Giro dans la deuxième étape des Dolomites. Evans craque et Tonkov s'impose en solitaire.
Paolo Savoldelli écrase le Giro dans la deuxième étape des Dolomites. Evans craque et Tonkov s'impose en solitaire.


© Lampre-Daikin
C'est vraiment un étrange Giro auquel nous assistons, entaché par les affaires de dopage et les exclusions des grands favoris, à l'exception de Dario Frigo (Tacconi Sport), mais passionnant jusqu'au bout. En effet, et ce pour l'une des premières fois dans l'Histoire du Giro, six coureurs se tenaient ce matin en moins de 48 secondes à quatre jours de l'arrivée. Et parmi eux, seulement trois italiens (Dario Frigo 2ème, Pietro Caucchioli 5ème et Paolo Savoldelli 6ème), à la lutte avec un Espagnol (Aitor Gonzalez 4ème), un Américain (Tyler Hamilton 3ème) et surtout un Australien du nom de Cadel Evans (Mapei-Quick Step), Maillot Rose au
soir de la première étape dans les Dolomites.

Cette grande première pour un coureur australien était vécue avec bonheur par l'ensemble de l'équipe Mapei-Quick Step, dont les débuts dans le Giro 2002 n'avaient pas été si roses (expulsion de Garzelli, abandon de Bettini). "C'est la première fois que je dispute une course de trois semaines, que je découvre aussi ces routes des Dolomites à vélo. Se retrouver avec le Maillot Rose, c'est bellissimo, confiait Evans hier soir, les yeux éblouis. Le plus difficile, pour moi, est de rester concentré pendant vingt jours. Ce que le VTT (NDLR : avant de se mettre au cyclisme sur route, en 2001, Evans a commencé brillamment par le VTT) m'a apporté, c'est surtout la grinta, la rage de me battre dans les cols."

Courageux, Cadel Evans s'était accroché, à l'arrachée, dans les derniers kilomètres des cols mythiques de ce Giro (Passo Fedaia, Passo Pordoi) pour parvenir épuisé mais ravi à l'arrivée, hier à Corvara in Badia. Il n'en était pas pour autant sorti d'affaire, car la deuxième étape des Dolomites puis le long contre-la-montre de samedi étaient autant de moyens pour ses adversaires d'inverser la tendance. Evans gardait la tête sur les épaules : "porter le Maillot Rose, c'est une chose. Le garder, cela en est une autre. Je crois que mes adversaires les plus dangereux seront Frigo et Hamilton." Evans oubliait seulement un certain Paolo Savoldelli (Index-Alexia Alluminio). A 25 ans, celui dont on ne connaît pas encore grand chose, si ce n'est qu'il apprécie les plats italiens, le chocolat (noir) suisse, et a pour idoles des personnages aussi différents que le Dalaï-Lama et... Tintin, avait passé une bonne nuit, malgré la descente de police de la veille.

Les coureurs partent tranquillement : 18 km sont couverts dans la première heure !

Le réveil d'Evans s'effectuait en douceur. Il réalisait à peine ce qui était en train d'arriver, ce Maillot Rose finalement tombé sur ses épaules. Il souhaitait profiter de ces instants riches en émotions jusqu'à Milan, mais devait pour cela s'attendre à se faire attaquer de toutes parts. Toutefois, les attaquants se faisaient rares. Deux cols étaient à négocier dans les vingt premiers kilomètres, puis une longue descente de 140 km (!) faisait redescendre le peloton sur terre, de 2213 mètres à 91 mètres d'altitude. Seuls dix-huit kilomètres étaient effectués dans la première heure, la suite étant parcourue à 30 km/h. Le peloton restait groupé au-delà de l'Intergiro (km 126), où Massimo Strazzer (Phonak) consolidait ses places de leader du classement de l'Intergiro et du classement par points en battant Mario Cipollini (Acqua e Sapone) au sprint. Pas courant dans une étape de montagne !

Mais après 160 km de course, l'équipe Lampre-Daikin décidait d'accélérer la cadence. Elle étirait le peloton avant d'entamer les trois cols finaux de cette étape. Le premier de cette trilogie infernale était le Santa Barbara. Long de 12,6 km, il voyait les coureurs colombiens lancer les premiers les hostilités. Le peloton ne mettait pas longtemps à exploser et revenait à chaque fois sur les coureurs tentant de s'échapper. Tous les favoris étaient à l'avant, dans un groupe qui ne comptait bientôt plus que 25 coureurs. La sélection était brutale et deux coureurs parvenaient à s'extraire de la tête de la course à 49 km de l'arrivée, soit à 2 km du sommet du Santa Barbara : Pavel Tonkov (Lampre-Daikin) et l'indomptable Julio-Alberto Perez Cuapio (Panaria-Fiordo).

Le peloton, emmené par Dario Cioni puis Andrea Noè, les fidèles équipiers de Cadel Evans, ne réagissait pas et laissait filer ce duo non dangereux au classement général, Tonkov occupant la 15ème place à 6'11" et Perez Cuapio la 22ème à 12'25". Ce ne sont donc pas les 1'23" au sommet de Santa Barbara (km 176), puis les 1'57" au sommet du Passo Bordala (km 182) qui inquiétaient le peloton des favoris, duquel décrochait soudain Aitor Gonzalez, abandonnant toute chance de succéder à Olano et Osa sur le podium du Giro cette année.

Un final captivant dans lequel Frigo et Evans craquent, laissant Savoldelli partir à la conquête du Maillot Rose

Le groupe des vingt-cinq coureurs ne contestait pas la victoire d'étape au duo de tête et lui offrait délibérément 2'18" d'avance au pied de la dernière difficulté, le Passo Coe, à 19 km de Folgaria. Perez Cuapio et Tonkov grimpaient roue dans roue vers Folgaria, un village construit au sommet du Passo Coe, quand la situation de la course, à l'avant comme à l'arrière, bascula brusquement à 11 km du but. Craignant une attaque de Perez Cuapio, déjà deux fois lauréat sur le Giro cette année, Pavel Tonkov plaça un violent démarrage et laissa sur place son adversaire mexicain pour aller chercher quelques instants plus tard la victoire d'étape et gagner dix places au classement général. Histoire de dire qu'il n'est pas totalement passé à côté de son Giro.

Dans le peloton, à mi-ascension du Passo Coe, Dario Cioni laissait Andrea Noè finir le travail pour Cadel Evans. L'allure montait d'un cran et Dario Frigo, à l'arrière du groupe depuis un petit moment, craquait soudain. Dans un jour sans, Frigo voyait le groupe Maillot Rose s'envoler. Noè impliquait un rythme infernal et le peloton explosait. Encore fringant, Tyler Hamilton (CSC-Tiscali) attaquait alors violemment à 9 km de l'arrivée, immédiatement contré par Paolo Savoldelli, qui se détachait seul du peloton. Epuisé, Cadel Evans craquait à son tour et faisait les frais d'une terrible défaillance. Il était doublé par Frigo et perdait 17'11" sur Tonkov au sommet, pour prendre la 15ème place au classement général.

Le Giro était en train de basculer. Le final était captivant et les écarts prenaient soudain des proportions oubliées ces derniers jours. A l'arrivée, si Tonkov parvenait à conserver 2'10" d'avance sur un Paolo Savoldelli ayant retrouvé ses ailes de grimpeur, Hamilton parvenait au terme de ses souffrances 1'51" après Savoldelli, Cadel Evans cédant 15'01" et son Maillot Rose à l'Italien, et Dario Frigo, le premier à craquer, lâchant 10'15" au nouveau leader du Giro. En 10 km, Paolo Savoldelli venait d'assommer le Giro et sans doute de remporter le premier Tour d'Italie de sa carrière, alors qu'on ne l'attendait plus. Le classement général s'en retrouvait bouleversé.

Le temps de nous remettre de toutes ces émotions, et demain vendredi, le Giro marquera un peu de repos avant le contre-la-montre de samedi. 143 km vallonnés mais sans grande difficulté seront à parcourir de Rovereto à Brescia.

Classement 17ème étape :

1. Pavel Tonkov (RUS, Lampre-Daikin) les 222 km en 7h24'57" (29,9 km/h)
2. Paolo Savoldelli (ITA, Index-Alexia Alluminio) à 2'10"
3. Juan-Manuel Garate (ESP, Lampre-Daikin) à 3'07"
4. Georg Totschnig (AUS, Gerolsteiner) à 3'17"
5. Denis Lunghi (ITA, Team Colpack) m.t.
6. Pietro Caucchioli (ITA, Alessio) m.t.
7. Hernan-Dario Muñoz (COL, Colombia-Selle Italia) à 3'21"
8. Fernando Escartin (ESP, Team Coast) à 4'01"
9. Tyler Hamilton (USA, CSC-Tiscali) m.t.
10. Addy Engels (HOL, Rabobank) à 4'14"

Classement général :

1. Paolo Savoldelli (ITA, Index-Alexia Alluminio) en 80h37'11"
2. Pietro Caucchioli (ITA, Alessio) à 55 sec.
3. Tyler Hamilton (USA, CSC-Tiscali) à 1'28"
4. Juan-Manuel Garate (ESP, Lampre-Daikin) à 1'39"
5. Pavel Tonkov (RUS, Lampre-Daikin) à 3'08"
6. Fernando Escartin (ESP, Team Coast) à 3'19"
7. Georg Totschnig (AUT, Gerolsteiner) à 5'32"
8. Rik Verbrugghe (BEL, Lotto-Adecco) à 7'54"
9. Aitor Gonzalez (ESP, Kelme-Costa Blanca) à 7'54"
10. Dario Frigo (ITA, Tacconi Sport) à 9'41"

Classement par points :

1. Massimo Strazzer (ITA, Phonak) 140 pts
2. Mario Cipollini (ITA, Acqua e Sapone) 134 pts
3. Fabrizio Guidi (ITA, Team Coast) 106 pts

Classement de la montagne :

1. Julio-Alberto Perez Cuapio (MEX, Panaria-Fiordo) 64 pts
2. José-Joaquim Castelbanco (COL, Colombia-Selle Italia) 33 pts
3. Pavel Tonkov (RUS, Lampre-Daikin) 24 pts
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