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Interview d'Alain Gallopin, directeur sportif du Team CSC

Publié le 07/04/2006 00:05

Interview d'Alain Gallopin (CSC) : "j'espère qu'Ivan Basso va gagner le Tour. Pas seulement pour moi mais pour le cyclisme."
Interview d'Alain Gallopin, directeur sportif de CSC : "j'espère qu'Ivan Basso va gagner le Tour. Pas seulement pour moi mais pour le cyclisme."

Alain Gallopin n'est pas le plus populaire des directeurs sportifs Français. Et pourtant, il est assurément celui qui a dirigé le plus de champions de l'ère contemporaine. Au commandement des équipes Catavana, Française des Jeux, Mercury, Team Coast, Team Bianchi et maintenant Team CSC, le technicien Français de 48 ans a eu sous sa direction des coureurs aussi talentueux que Peter Van Petegem, Pavel Tonkov, Alex Zülle et Jan Ullrich. Depuis 2004, il œuvre au sein du Team CSC, où il dirige à présent Ivan Basso.

Alain, comment jugez-vous l'état de forme d'Ivan Basso ?
"Eh bien, il a gagné le contre-la-montre du Circuit de la Sarthe, ce qui signifie qu'il est très bien en ce moment. Maintenant, il est en phase ascendante. Il a beaucoup travaillé la semaine
dernière en montagne. Il a fait du spécifique. Sur une course comme le Circuit de la Sarthe, on peut tourner les jambes, comme on dit dans le métier. Donc c'est pas mal. Il était venu ici pour faire le chrono à bloc. Maintenant, le classement général risque de se jouer sur les bonifications. Pour nous, ce n'est donc pas plus mal que ce soit un jeune comme Brian Vandborg qui ait le Maillot Jaune. C'est bien pour le Team CSC. Ivan est content de sa forme, il est relax."

A quatre semaines du Giro, Ivan Basso a-t-il encore des progrès à effectuer ?
"Bien sûr ! Le Giro, c'est dans un mois. D'ici un mois, il a encore du travail à faire pour progresser. Nous avons planifié un gros programme de travail également. Après on verra. De toute façon, lui veut être prêt pour le Giro. C'est vrai qu'il a gagné le Critérium International mais tout cela rentre aussi dans un travail qu'il avait besoin de faire. On a vu au Critérium International. Il n'a pas trop calculé. Il a attaqué, il s'est donné à fond. Au Circuit de la Sarthe, on travaille beaucoup au niveau de l'équipe. Elle a beaucoup roulé et nous avons besoin de ça. Si le jeune Vandborg est leader aujourd'hui, c'est parce que nous avons beaucoup travaillé. Il s'est retrouvé dans un contexte favorable. Je l'ai même encouragé à ne pas décrocher le premier jour parce qu'il avait beaucoup travaillé."

Ivan Basso n'est-il pas non plus en forme trop tôt ?
"Beaucoup disent ça mais maintenant, nous sommes venus au Circuit de la Sarthe parce que c'est plus facile que le Tour du Pays-Basque. Là-bas, le niveau est beaucoup plus haut et Ivan n'aurait peut-être pas fait le même résultat. C'est sûr qu'aujourd'hui il n'a pas la forme du Giro mais je ne pense pas qu'il soit en condition trop tôt. Il travaille."

Selon vous, préparer deux objectifs tels que le Giro et le Tour est-il réalisable ?
"On a vu l'an dernier. Il n'a pas gagné le Giro mais il a montré qu'il était capable de le gagner. Il a été malade deux jours mais physiquement, il était capable de le gagner. Après, on a vu qu'il a fait deuxième au Tour, derrière Armstrong. Donc il a déjà enchaîné les deux grands tours l'an dernier. Je ne pense pas que ce sera un problème cette saison. Au contraire, il a l'expérience de l'an dernier. Il connaît désormais les erreurs qu'il a commises et il ne les renouvellera pas."

Comment Ivan Basso va-t-il préparer le Tour de France ? Ira-t-il reconnaître les étapes-clés ?
"On verra tout ça au fur et à mesure. On a déjà reconnu le contre-la-montre de Rennes lundi dernier. On va faire celui de Montceau-les-Mines samedi. Je pense qu'aujourd'hui, Ivan Basso connaît tous les cols des Alpes à peu près, à part La Toussuire. Mais il ira quand même les reconnaître entre le Giro et le Tour. Il ira aussi reconnaître un petit peu les Pyrénées mais dans l'ensemble, on connaît déjà presque tout."

L'équipe qui l'encadrera sur le Tour est-elle déjà définie ?
"On a retenu des noms en début de saison, ce n'est pas un scoop. Globalement, on retrouvera les coureurs que nous avions l'an dernier, avec Frank Schleck, David Zabriskie, Jens Voigt, Bobby Julich et compagnie. Mais tout ça n'est jamais défini qu'au dernier moment. On a vu l'an dernier qu'un type comme Luke Roberts a fait le Tour alors que ce n'était pas prévu au début de l'année. Mais à la fin, il a fait le Tour. Ca dépend aussi de la forme de tout le monde à ce moment-là."

Y a-t-il déjà chez CSC une tactique prédéfinie en vue du Tour, un scénario envisagé ?
"Vous savez, le Tour, on peut discuter beaucoup dessus et sur la tactique à adopter mais dans le fond, la tactique est la même pour tout le monde. Il y a les contre-la-montre et la montagne. Après, il peut toujours se passer quelque chose dans la plaine, mais pour qu'il se passe quelque chose dans la plaine, il faut que le parcours s'y prête, il faut que la course s'y prête, c'est difficile. Je pense que comme toujours, les équipes de sprinters bloqueront la course donc on verra."

Vous avez dirigé Jan Ullrich par le passé. Quelle différence faites-vous entre Jan Ullrich et Ivan Basso dans leur approche du Tour ?
"En 2003 avec Rudy Pevenage, au sein du Team Bianchi, on a pris un Ullrich boîteux en début de saison. Il avait mal au genou et je pense que nous avons fait un bon travail puisque nous avons réussi à lui faire faire des choses. Je dis nous avec Rudy parce que nous étions tous les deux. J'ai participé activement à ce travail aussi. Ullrich, c'est certainement, c'est sûr, le plus fort coureur que j'ai eu à diriger physiquement. C'est un type qui a une force extraordinaire. Après, c'est vrai que tous les ans, il a des problèmes pour commencer la saison. En 2003, sa chance a été qu'il fasse très chaud. Ca lui a permis d'approcher le Tour dans de bonnes conditions. On a fait le Tour d'Allemagne, le Tour de Suisse, ça lui a permis de bien travailler. On a fait des reconnaissances en groupe, on l'avait vraiment mis dans un bon contexte."

Ivan Basso est-il un coureur plus facile à diriger ?
"C'est le coureur le plus facile à diriger que j'ai eu depuis longtemps, comparé à ceux que j'ai eu précédemment, c'est-à-dire Jan Ullrich, Alex Zülle, Pavel Tonkov ou Peter Van Petegem. C'était autre chose avec Van Petegem, qui restera pour moi le coureur avec lequel je me suis bien amusé car c'était un type vraiment formidable. Mais c'est vrai qu'Ivan, c'est un type adorable, qui a aussi sa personnalité. Je pense que c'est un coureur qui est sympathique. On le voit avec les médias, on le voit avec les gens. J'espère qu'il va gagner le Tour. Pas seulement pour moi mais pour le cyclisme."

Propos recueillis à Angers le 6 avril 2006.

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