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Interview de Blaise Sonnery (Ag2r La Mondiale)

Publié le 29/01/2008 00:05

Interview de Blaise Sonnery : "je suis resté au contact des meilleurs dans le Dauphiné, je demande à revivre de tels moments."
Interview de Blaise Sonnery (Ag2r La Mondiale) : "je suis resté au contact des meilleurs dans le Dauphiné, je demande à revivre de tels moments."

Blaise Sonnery, premier coureur pro issu du Chambéry Cyclisme Formation, va devoir se découvrir. Aligné à 22 ans, avec succès, lors de la saison 2007, à ses débuts chez les grands, sur les épreuves par étapes ProTour d'une semaine que sont le Critérium du Dauphiné-Libéré et le Tour de Pologne, le coureur de Saint-Loup va devoir subir, par la force des choses, un premier test sérieux en mai prochain sur les routes du Tour d'Italie. Cible préférée : la montagne. On connaît le fort penchant de Blaise pour les terrains accidentés. On ne manque pas de louer, dans l'entourage de Vincent Lavenu, les qualités morales et le grand professionnalisme de l'espoir lyonnais, doté, en outre, d'une maturité peu commune à son jeune âge.

Blaise, quelle analyse rapide feriez-vous de votre première saison chez les pros ?
"Cela s'est très bien passé. C'est très motivant pour la suite. Quand je vois que cette première saison a été mise à profit pour une participation à de grands événements comme le Dauphiné, le Championnat de France, que nous avons gagnés, et de nombreuses autres victoires, ça n'a été en ce qui me concerne que du bonheur. Ca donne envie de jouer un rôle encore plus important pour les années qui viennent. Equipier bien sûr, mais aussi l'ambition de prendre des initiatives personnelles. D'où la grosse envie qui m'habite. Je suis cycliste, mon but n'est pas d'être champion à tout prix, mais faire quelque chose qui me plait. J'essaie pour cela de prendre un maximum de recul sur la vie et de ne jamais me prendre la tête pour quoi que ce soit."

Vous conservez, on le sent, des souvenirs particuliers du Dauphiné 2007...
"Je sens qu'il a constitué un événement marquant de ma jeune carrière. Et même de ma vie, tant il a été exceptionnel. L'épreuve passait, en outre, très près de chez moi. Avec en corollaire pas mal de supporters pour me voir sur les arrivées. C'était génial on va dire. Tous ces moments constituent le sommet de ma première saison. C'est toujours très intéressant de participer aux courses ProTour, du fait qu'il y a toujours beaucoup de monde. C'est réellement enrichissant. Il n'y a pas non plus tous les jours une course ProTour qui passe dans ma région."

Vous êtes-vous prouvé quelque chose en bouclant le Dauphiné-Libéré ?
"Oui, car c'était la première fois que je participais à une course réunissant des cols mythiques comme le Mont Ventoux. J'étais aux anges, quand on connaît mon affection pour ces terrains. Des courses avec le profil que j'aime dans le vélo. Pouvoir participer, aider et contribuer à une grande victoire comme celle de Christophe Moreau, c'était quand même assez particulier. J'ai bien négocié les grands cols, mais pas au train où je l'aurais souhaité. Par exemple, j'ai dû travailler en plaine avant l'ascension du Ventoux, pour placer Christophe Moreau dans les meilleures conditions possibles. En revanche, j'ai pu faire le col de la Croix-de-Fer et le col du Mollard avec les meilleurs, et là j'ai pris mon pied ! Je suis resté alors en compagnie des premiers jusqu'au pied du Télégraphe, et là je me suis vraiment fait plaisir. Des sensations que je souhaite retrouver au plus vite. La bataille n'était pas encore déclenchée, le rythme pas très soutenu, mais déjà des bons coureurs, des noms connus qui étaient passés à la trappe. Je me suis accroché, c'était exceptionnel. Je demande à revivre de tels moments."

Vous êtes prêt par conséquent à affronter une épreuve de trois semaines comme le Giro, sur lequel vous êtes prévu en mai prochain ?
"Je pars avec le principe que pour progresser il faut s'aligner sur des épreuves difficiles. C'est le cas d'une course par étapes de trois semaines. Commencer un Grand Tour dans l'intention de le terminer. Je veux mettre mes premières années à profit pour engranger un maximum d'expérience, prendre de la caisse, et travailler pour progresser. Je n'ai pas l'intention de sommeiller, mais de travailler pour jouer un jour les premiers rôles."

La perspective de faire la découverte les Dolomites vous fait-elle saliver ?
"C'est juste, mais c'est quand même une course que j'aborderai sans aucune pression. J'essaierai de soutenir un maximum mes coéquipiers appelés à jouer le général. Le groupe aura pour ambition de remporter une étape, ce serait génial, et qui sait placer l'un d'entre nous dans les dix au général. Rinaldo Nocentini pourrait avoir forcément des ambitions de victoire sur l'épreuve. John Gadret a bien marché il y a deux ans sur cette course. Ma sélection intervient dans une optique de continuité et de progression."

Auparavant, il va falloir monter en puissance...
"Oui. C'est pourquoi on a prévu de me faire participer à Tirreno-Adriatico et au Tour du Pays Basque. Des épreuves dont je vais faire la découverte, réputées comme excellentes pour se tester. Les cols basques vont me permettre de juger mes possibilités. Ce sont des courses capables de faire passer des caps. C'est ce qui me semble intéressant."

Aimeriez-vous faire la découverte d'une Coupe de France ardue comme le Tour du Haut Var ?
"J'aimerais beaucoup le faire, c'est sûr, mais pour cette année c'est quasiment raté, dans la mesure où il va me falloir attaquer en Malaisie sur le Tour de Langkawi. Le retour d'Asie, conjugué avec le décalage horaire, risquera de trop m'handicaper, quand on se rappelle les difficultés rencontrées par Anthony Charteau l'année dernière pour récupérer. D'où le peu de chances que j'y brille si j'y suis sélectionné en février prochain. C'est un objectif de toutes façons pour les années qui viennent, avec une bonne préparation au préalable. Pour moi, une course très dure n'existe pas. Le Tour du Haut Var n'est que très dure pour ceux qui n'aiment pas les bosses. J'éprouve des difficultés analogues sur les terrains plats, là où il faut maîtriser les bordures. Mais même là j'aime à y être confronté pour m'endurcir."

Votre gabarit plaide pour qu'on vous classe quand même comme un pur escaladeur ?
"C'est clair que mon gabarit incite à cela. Tout mon travail foncier est axé sur l'ambition d'arriver au niveau des grands dans ce domaine. Après, l'avenir nous dira si j'avais raison. Pour progresser, j'avais quand même demandé l'an dernier à participer à des courses à bordures, comme le Samyn en Belgique. Bien que je n'aie pas fini, cela a été une très bonne expérience. C'est utile dans une optique de corriger à l'avenir les erreurs. Une participation au Tour de Pologne n'a pas été inutile car là aussi j'ai eu à négocier quelques coups de bordures. Je me suis attaché à terminer et ma foi cela a été aussi une très bonne chose de m'imprégner de cette course ProTour."

Finalement, avez-vous fait preuve de constance en 2007 ?
"C'est vrai. Je n'ai jamais eu de longue méforme sans avoir fait en échange de gros coups exceptionnels. Par exemple, je n'ai abandonné que sur quatre courses : le Samyn, une fois hors délais sur un groupe lors d'une demi-étape du Tour de Picardie, une fois sur une chute, une autre fois parce que j'étais malade et qu'au bout de 15 kilomètres j'étais le premier à sauter. C'est quand même rassurant quelque part. D'un autre côté, j'ai quand même observé un intervalle d'un mois, lors du Tour de France, c'est-à-dire à une époque où le calendrier est quand même plutôt creux. Salutaire en perspective de la seconde partie de la saison, où nous avons brillé avec l'équipe sur le Tour de l'Ain, dans une région très voisine à la mienne."

Quelle impression avez-vous de Vladimir Efimkin, votre nouveau coéquipier, après le premier stage de décembre dans le Lot ?
"Il a déjà montré par certains aspects qu'il présentait le profil pour être l'un des principaux coureurs de l'équipe avec Tadej Valjavec, Rinaldo Nocentini, Cyril Dessel et Sylvain Calzati, c'est-à-dire des coureurs qui seront des leaders sur les courses. C'est sûr qu'un Vladimir Efimkin constitue un plus dans notre équipe. Il a fait une très bonne impression. On sent que l'intégration est en bonne voie avec sa volonté d'apprendre vite le français. Un exemple, lors du dernier stage, il notait tout plein de mots en français, pour se souvenir et apprendre le plus rapidement."

Comment vivez-vous les encouragements ou cris des spectateurs sur le bord des routes ?
"Ma plus grande motivation dans le vélo est la reconnaissance des gens, de les faire rêver. Par exemple, je préfère faire 15ème dans une grosse échappée, me faire rattraper à 50 mètres de la ligne plutôt que faire 2ème dans une course sans arrêt. Quand on distingue en course tout le public amassé le long des routes, on est motivé."

Avez-vous trouvé utilité à quitter votre région d'origine pour vivre en osmose avec l'équipe basée à Chambéry ?
"Non. Ma région, le lyonnais, n'est pas très éloignée. J'ai vu plus utile de rester dans mon petit village de Saint-Loup, dans le beaujolais, près de ma famille, mes parents, ma fiancée, pour conserver l'environnement qui est à l'origine de mon éclosion dans le cyclisme. Un endroit que je ne voudrais quitter pour rien au monde. Le meilleur compromis entre la circulation, le climat et l'environnement qui m'est cher. Rester aussi à proximité de mon petit club formateur, qui a formé beaucoup de jeunes."

Vous restez le premier jeune issu du centre de formation de Vincent Lavenu à avoir rejoint les pros de la firme chambérienne...
"C'est vrai que début 2007, j'étais le seul à franchir la porte. Désormais, ça fait plaisir d'être rejoint par Alexandr Pliuschin et Jean-Charles Sénac au sein d'Ag2r. Cette année, quatre autres jeunes du centre de formation vont grossir les rangs des équipes pros, dont entre autres Alexandre Aulas, qui a signé dans une équipe italienne, et Paul Moucheraud."

Le Tunisien Rafaa Chtioui n'a pas hésité à quitter le Centre en cours d'année. Pourquoi ?
"Rafaa est un coureur qui dispose de capacités physiques exceptionnelles, et même hors du commun. Peut-être une envie de rejoindre la formation de l'UCI où il a toujours eu, apparemment, un environnement qu'il apprécie et qui lui réussit. J'ai vécu un an avec lui en appartement. C'est un garçon qui a le cœur sur la main. Je respecte entièrement sa vision de mener sa carrière. Je n'ai pas du tout été étonné de ses performances l'an dernier, tant pour sa victoire d'étape au Tour de l'Avenir, que sur les épreuves routières et chronométrées lors du Mondial en Allemagne. Il a toutes les capacités et la valeur d'un bon coureur professionnel. Le fait qu'il ait déjà rejoint Chambéry n'était pas innocent. C'était la démonstration que Rafaa avait et a toujours vraisemblablement l'intention d'être le premier athlète de son pays à devenir professionnel dans le sport cycliste. Le programme et l'encadrement plaident pour que chaque coureur dispose d'un maximum d'atouts pour réussir. C'est presque une petite équipe pro on va dire."

Propos recueillis à Vallescure par Jean-François Modery le 21 janvier 2008.
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