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Interview de John Lelangue, directeur sportif de BMC Racing Team

Publié le 12/08/2009 16:39

Interview de John Lelangue : "On était venu avec Mathias Frank comme leader pour le classement général au départ."
Interview de John Lelangue : "On était venu avec Mathias Frank comme leader pour le classement général. C'est le coureur protégé au départ."

John, comment trouvez-vous le comportement de vos coureurs depuis le début de ce Tour de l'Ain ?
"Bien. On était venu avec Mathias Frank comme leader pour le classement général. C'est le coureur protégé depuis le départ. On a malheureusement perdu Markus Zberg le premier jour sur une chute assez lourde. Il a quand même une belle contusion. Le docteur Guyot était même inquiet au début. Mais Finalement, il y a plus de peur que de mal. Puis on a perdu aujourd'hui Thomas Frei, suite à des problèmes intestinaux. Il avait vomi toute la nuit. Mais il y a eu aussi d'autres cas dans d'autres équipes. Il y avait aussi quelques malades chez Quick Step donc ça paraît assez logique. Mais autrement, on a protégé, on a roulé pour Frank qui est maintenant encore 6ème au général, qui est parti à l'attaque avec Moncoutié ce matin, qui a été repris mais qui finit l'étape à 10 secondes. Il y a encore une belle
étape demain. Tout est jouable. Il faut d'abord limiter la casse ce soir dans le contre-la-montre. Et puis on verra bien.

Connaît-il le Grand Colombier ?
"Non, il ne le connaît pas. Mais bon, on va découvrir. On sait qu'il y a 14 kilomètres d'ascension. Moi, le Grand Colombier, je le connais. On va le protéger jusque-là. Il aura Florian Stalder avec lui. Comme équipier dévoué, il sait ce qu'il doit faire. Là-dessus, je n'ai pas d'inquiétude."

Je cherchais une rime avec 101 parce qu'il a le dossard qui nous plaît bien…
"Peut-être que ce sera lui qui sera en maillot jaune sur le podium demain soir au Grand Colombier. On verra. En tout cas, c'est le but."

C'est tout le mal qu'on lui souhaite en tout cas. Sinon, globalement, quel est le premier bilan que vous puissiez tirer de votre équipe depuis le début de la saison ?
"On va dire que c'est positif depuis le Circuit de la Sarthe. On est en deuxième année de notre projet à cinq ans. La première année, c'était une année de découverte avec un groupe assez jeune d'Américains et de Suisses. La deuxième année, c'était l'année où on voulait commencer à concrétiser. On a eu du mal en début de saison. On a eu pas mal de soucis jusqu'au Circuit de la Sarthe. Depuis, c'est parti, on fait régulièrement dans le top 10 de toutes les courses, même sur des belles courses du Pro Tour comme le Dauphiné, le Tour de Romandie, comme ici ou au Tour de Wallonie, on joue la gagne. C'est ce qu'on voulait faire. Pour la deuxième année, cela me semble être un comportement raisonnable."

Justement par rapport au Dauphiné qui est une course Pro Tour, quel bilan avez-vous tiré de l'équipe ?
"Très bien. Quand on peut aller à l'attaque avec des jeunes et qu'on voit un Mathias Frank ou un Thomas Frei qui sont là pour la gagne, qui tournent autour du top 10, qui sont tous les jours présents et qu'on fait une deuxième place dans un sprint massif devant Tom Boonen (Quick Step) et derrière Angelo Furlan (Lampre-NGC), on ne peut en tirer que des bonnes choses."

On parlait de l'osmose entre les jeunes américains et les coureurs suisses. Comment cela se passe entre le pays du Coca-Cola et le pays du fondant du Valais ?
"Cela se passe très bien. Il n'y a pas de groupe, pas de clan vu qu'on les échange constamment. Pour le moment, il y a une équipe aux Etats-Unis qui est en train de préparer le Tour de l'Utah avec des Suisses. Il y a ici une équipe qu'avec des Suisses. C'est simplement parce que la sélection a été faite comme cela. Pour le Tour d'Irlande, il y aura de nouveau une mixité américano-suisse. Il n'y a donc pas de clan ni de groupe privilégié ni pour l'Europe ni pour les Etats-Unis. C'est en fonction de la course. On a estimé ici que les six meilleurs coureurs étaient ceux qu'on a présenté au départ, avec un bon groupe de coureurs pour le général autour de Frank pour l'épauler, un bon groupe de sprinters avec Wyss qu'on a voulu lancer dans le premier sprint et qui a bien réussi vu qu'il finit deuxième du sprint massif du peloton à la première étape. Voilà, cela se passe très bien entre eux. Ils ont l'habitude de travailler ensemble depuis deux ans et cela va continuer d'ailleurs."

Si on se projette sur la fin de saison maintenant. Quel est le calendrier et quelles sont les ambitions ?
"Pour parler du calendrier européen, on sera sur le Tour d'Irlande la semaine prochaine. On sera aussi la même semaine au Tour de l'Utah, aux Etats-Unis. Et puis on va enchaîner sur les championnats américains fin août, avant d'aborder le Tour du Missouri où il y aura là de nouveau une équipe américano-suisse avec des coureurs comme Frei, Frank et Wyss qui iront là-bas. Après, on sera de retour en Europe avec le Grand Prix de Wallonie, puis l'Isbergues, le Circuit Franco Belge, les championnats du monde. C'est en fait un programme assez classique."

On parlait tout à l'heure de la projection à cinq ans. Il y a d'abord la projection pour l'année 2010. Ensuite en ce qui concerne 2011, on a rencontré à Nyons Andy Rhis qui nous a dit qu'il ambitionnait d'être sur le Tour de France cette année-là. Comment vont se passer ces deux étapes ?
"Je pense qu'on est dans le plan de bataille qu'on s'annonçait. En 2010, on a dit qu'on voulait continuer à bien travailler sur les courses d'une semaine de renommée, donc forcément sur le Dauphiné, le Tour de Suisse, le Tour de Romandie, le Tour de Wallonie. On a envie de faire des résultats autour de coureurs comme Frank et Frei. 2010, c'est aussi l'année où on doit commencer à concrétiser sur les classiques du Nord, les classiques d'un jour que ce soit Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, les Trois Jours de la Panne et autre Flèche Brabançonne. Voilà, le programme est là."

Quoiqu'il arrive, il n'y a donc pas d'ambition de passer Pro Tour pour accéder aux grandes courses…
"Non, on y passera à la renommée et avec le côté sportif. Comme on a été sélectionné au Dauphiné, en Romandie ou sur d'autres courses, on le sera aussi par l'image et la vocation de notre équipe et non par un système de licence."

L'an prochain, comment allez-vous faire évoluer votre effectif ? Est-ce que cela restera une osmose américano-suisse ?
"On va bien sûr faire évoluer notre effectif mais cela restera américano-suisse. Il y a de bons coureurs américains et de bons coureurs suisses. On prendra le meilleur de tout cela et on fera un bon groupe aussi bien pour les courses d'une semaine avec l'optique d'aller dans les grands tours en 2011 que pour les courses classiques d'un jour, notamment les courses du Nord."

Il y a beaucoup de coureurs français qui vont arriver sur le marché avec vraisemblablement l'arrêt d'Agritubel. Aujourd'hui, BMC se restructure au niveau commercial sur le marché français. N'est-ce pas obligatoire à un moment donné d'avoir des coureurs français ?
"Si il y en a qui rentrent dans notre vocation sportive, oui. Mais pas pour des raisons marketing, je ne pense pas. Si il y a des coureurs français intéressants qui se libèrent pour les classiques, pourquoi pas. Notre groupe de courses à étapes, avec les coureurs que l'on a et le recrutement qu'on est en train de faire, il n' y a pas de souci, il est complet et je le sais uni. Le groupe des classiques, on verra. Pour ça, il faut qu'il y ait des jeunes coureurs français qui me donnent envie de les avoir dans l'équipe. Il faut aussi qu'ils soient libres. Je ne vais commencer à faire une course de mercenaire. Je pense que c'est assez raisonnable de dire que pour le moment on est en train de se diriger sur des jeunes et des coureurs suisses expérimentés et pareil du côté américain."

Vous parliez tout à l'heure des classiques du Nord, des courses qui requièrent de l'expérience. Est-ce qu'il y a une volonté d'aller chercher des coureurs un peu plus expérimentés que ceux que vous avez aujourd'hui ?
"On a des jeunes qui ont déjà prouvé dans ces classiques-là qu'ils ont leur place que ce soit cette année et l'an passé. Ils ont aussi fait dans les moins de 23 ans de très bons résultats comme notamment Danilo Wyss qui a fait 3ème de Paris-Roubaix espoirs, Martin Kohler qui a gagné belles courses aussi et qui aiment ce genre-là. Après, c'est clair que cela passe aussi par du recrutement. Si on a envie de viser le top cinq de ces courses qui sont des courses historiques, on n'y va pas la fleur au fusil, on y va avec un groupe de coureurs qui rentre dans ce plan-là avec une bonne mixité entre Suisses et Américains mais aussi une bonne mixité entre les coureurs expérimentés et les jeunes. Et si on prend des coureurs d'expérience comme on l'a toujours fait depuis l'an passé avec Alexandre Moos et Antonio Cruz la première année, Markus Zberg cette année encore qu'on a fait rentrer. Cela signifie qu'ils sont encore compétitifs et qu'ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes. On n'a pas envie simplement d'avoir un groupe de mercenaires. Surtout pas."

En terme de budget, allez-vous le faire évoluer ou est-ce que sera le même qu'en 2009 ?
"Oui, on va faire évoluer le budget. Andy Rhis l'a dit. Cela est une évidence. Moi, je suis directeur sportif, je plante les bases sportives, les coureurs que j'ai envie d'avoir, je fixe le calendrier et les objectifs. Après, Gavin Chilcott, le manager de l'équipe et Andy Rhis et Jim Ochowicz, les propriétaires se donnent les moyens d'aller ou de ne pas aller par rapport à la feuille de route qu'ils se fixent."

Propos recueillis à Saint-Genis-Pouilly le 11 août 2009.