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Interview de Julien El Farès (Cofidis)

Publié le 18/01/2008 00:10

Interview de Julien El Farès (Cofidis) : "débuter une carrière professionnelle, c'est la réalisation d'un rêve de gosse."
Interview de Julien El Farès (Cofidis) : "débuter une carrière professionnelle, c'est la réalisation d'un rêve de gosse."

Julien El Farès a recueilli l'intérêt d'Eric Boyer tout au long de l'année 2007, marquée par sa participation au Tour du Poitou-Charentes sous les couleurs de Cofidis, en qualité de stagiaire professionnel. Le manager de l'équipe nordiste tient en haute estime le coureur manosquin, qu'il décrit comme sérieux et appliqué, très juteux aussi du fait de qualités connues d'escaladeur, animé, en plus, d'une forte envie de réussir chez les pros. Un coureur qui pourrait briller, à moyen terme, sur les courses par étapes.

Votre signature chez les pros a-t-elle valeur de récompense suprême à tous les sacrifices que vous avez consentis jusqu'ici ?
"C'est la réalisation d'un rêve de gosse. J'ai approché la pratique
de la bicyclette dans un club cycliste dès l'âge de 6 ans. Je vois mon accession au monde des pros comme la cerise sur le gâteau. J'en savoure pleinement l'événement."

Depuis quand avez-vous réellement entrevu cette possibilité ?
"A l'issue de ma saison Espoirs 1ère année seulement. Le fait d'avoir évolué dans un environnement familial très positif a eu aussi son importance. Au départ, on n'y pense pas trop, puis au fil des années, on avance un petit peu, on fait un bout de chemin, on s'aperçoit qu'on n'y est pas aussi loin que cela et que cela est possible d'y arriver."

Quel a été ainsi votre cheminement ?
"Après avoir commencé le vélo très tôt, dans un club voisin de mon domicile, qui s'appelle le PM Manosque, qui m'a initié grâce à son école de cyclisme. Mon désir de rejoindre un club un peu plus adapté à mes performances m'a emmené, alors que j'étais Cadet, à rejoindre le VC La Pomme à Marseille, qui est comme chacun sait un excellent club formateur. Cela s'est très bien passé. C'est alors que j'ai décidé, il y a deux ans, de rejoindre l'AVC Aix, club très bien structuré, au sein duquel je me suis tout de suite senti en osmose."

Votre nouvelle structure vous offrait-elle plus de perspective que la formation marseillaise ?
"Oui et non. Après quelques années à La Pomme, je me sentais au final quelque peu délaissé. On va dire faisant partie des meubles. J'ai pris mon courage à deux mains, pour éviter de m'enterrer. J'ai eu envie de voir quelque chose de nouveau. Avec le recul aujourd'hui, je pense avoir fait le bon choix. Ma signature chez Cofidis est là pour me donner raison."

Le fait de rejoindre un club amateur lié à une structure professionnelle avait-il joué dans votre choix ?
"C'est juste que de les savoir en partenariat avec Cofidis était déjà enrichissant. J'ai aussitôt d'ailleurs été récompensé avec la participation à plusieurs stages avec les pros, et ce même en 2006 dans les Pyrénées, c'est-à-dire lors de ma première année aixoise. Quand on sait qu'outre les performances, le relationnel a aussi sa valeur, j'imagine avoir donné une bonne impression. La confiance s'est installée entre eux et moi, sur la durée. Il est légitime qu'une équipe professionnelle veuille savoir à qui elle a à faire, pour ne pas s'engager dans l'inconnu avec un coureur qu'elle ne connaît pas."

Quelles sont vos ambitions pour cette première année professionnelle ?
"J'ai d'abord repris l'entraînement beaucoup plus tôt que lors des années précédentes. Résultat du film, une accumulation de pas mal de kilomètres pour anticiper mon transfert chez les pros. J'ai bien collé aux nouvelles méthodes d'entraînement de Cofidis. J'ambitionne de bien m'intégrer au peloton. De servir le collectif. Cofidis peut compter sur moi, c'est clair. Je suis tout à fait conscient qu'il va falloir faire parler le sens du sacrifice, aider les autres, du fait que j'en serai à ma première année. D'un autre côté, si l'occasion se présente, et si l'on me laisse la possibilité de le faire, je me glisserai éventuellement dans des échappées pour faire de belles courses. Je ne laisserai pas passer l'occasion. On va dire en résumé que j'ai des ambitions pour l'équipe, et quand même au fond de moi, c'est légitime, quelques ambitions personnelles. Avec, je tiens à la préciser, la priorité au collectif."

Y a-t-il chez Julien El Farès un zeste de Rémi Di Grégorio, votre ancien coéquipier de La Pomme ?
"Pour être franc, au niveau mentalité, nous sommes très différents. Je revendique de le connaître très bien, pour l'avoir côtoyé dès les rangs Cadets. On va dire tout de suite que nous ne fonctionnons pas pareil tous les deux. Peut-être entendez-vous par là le côté grimpeur ? Il y a quelques similitudes on va dire, bien que je le classe un cran au-dessus de moi sur cet aspect."

Ne vous sous-estimez-vous pas un peu, au regard de vos performances sur une épreuve relevée comme la Ronde de l'Isard ?
"Oui bien sûr. Je reste toutefois prudent en attendant de voir mes performances dans le domaine de la montagne lors de mes deux premières années professionnelles. C'est clair que je ne pourrai pas jouer sur tous les tableaux cependant. Je me classe pour l'instant comme puncheur doté de certaines qualités de grimpeur."

Quel résultat mettriez-vous le plus en avant lors de votre dernière année à l'AVC Aix ?
"La première manche de DN1 qui avait eu pour effet de me mettre en confiance. C'était le Jean Mace à Marseille, où j'avais bien marché, après une bonne préparation il est vrai. Quand on sait que les sudistes ne sont pas réputés pour réaliser de bonnes performances sous la pluie conjuguée au froid, j'avais réussi à contredire cette constatation. Dans ma tête, ce jour-là, malgré mon aversion pour tous ces éléments atmosphériques, j'avais réussi à me prouver quelque chose en allant chercher une 3ème place."

Avez-vous eu en 2007 un certain temps l'ambition d'aller chercher la sélection pour les Mondiaux sur route ?
"J'avais l'ambition et l'idée de pouvoir recueillir la sélection après avoir obtenu de bons résultats sur pas mal de Coupes du Monde Espoirs, notamment au Portugal, sur Liège-Bastogne-Liège, sur le Tour des Régions en Italie, le Tour de la Mayenne avec une belle échappée sous le maillot de l'équipe de France, et la confiance du sélectionneur Bernard Bourreau, avant de connaître une cruelle désillusion. Avec le recul, je me suis aperçu qu'il ne faut pas être naïf et ne pas tirer des plans sur la comète, même après les lauriers octroyés verbalement par l'encadrement. "

A quel moment de la saison êtes vous revenu sur terre ?
"Courant août seulement, car j'y croyais encore après les Championnats de France, où j'accroche une place de 9. Des petits détails révélateurs conjugués avec une non sélection pour le Tour de l'Avenir m'ont fait revenir à la réalité. Une grosse déception je l'avoue. C'est vrai qu'après un excellent début de saison, j'avais brûlé quelques cartouches avant l'été, mais j'étais quand même dans l'allure et au demeurant compétitif au contact des meilleurs. Je m'étais organisé pour taper dans l'œil des équipes professionnelles. Ca a réussi puisque c'était ce que j'avais placé en premier pour ma dernière année Espoirs."

Les premiers contacts avec Eric Boyer vous ont fait oublier les avatars connus avec Bernard Bourreau ?
"C'est juste. Un premier accord oral obtenu de la part d'Eric à l'issue des Championnats de France fin juin m'a alors donné du baume au cœur. Je devais signer chez Cofidis à la mi-juillet. C'est alors qu'est intervenu, lors du Tour, toutes les histoires relatives au dopage, sans vouloir citer de nom. Ca a eu pour effet, alors, de beaucoup me perturber, me stresser aussi. Je n'étais vraiment pas bien. Est intervenu ensuite le Tour du Poitou-Charentes en qualité de stagiaire avant de signer mon futur contrat professionnel à l'issue de cette course par étapes."

C'est alors que vous avez considéré votre saison 2007 comme réussie ?
"Oui et non, car j'aurais bien aimé clôturer cette dernière année par une sélection. Je voulais démontrer que j'avais ma place dans la sélection et que je la méritais. Je n'ai peut-être pas gagné beaucoup de courses, mais je pense avoir fait souvent preuve de régularité au plus haut niveau amateur."

Signeriez-vous tout de suite pour une première saison du type de celle réussie par Yann Huguet, votre ancien coéquipier à l'AVC Aix, que vous rejoignez en signant chez Cofidis ?
"C'est un modèle. Un exemple à suivre. Un ami aussi en fait. Un très bon gars nanti d'un énorme mental."

Propos recueillis à Saint-Aygulf par Jean-François Modery le 16 janvier 2008.
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