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Interview de Lionel Marie, directeur sportif de Slipstream Chipotle

Publié le 27/02/2008 00:20

Interview de Lionel Marie : "j'ai trouvé chez Slipstream de la fraîcheur, beaucoup de nouveautés, de l'enthousiasme."
Interview de Lionel Marie : "j'ai trouvé chez Slipstream de la fraîcheur, beaucoup de nouveautés, de l'enthousiasme de la part de tous."

Avec le nombre important d'équipes françaises, ils sont finalement assez peu nombreux, les coureurs français, et encore moins les directeurs sportifs qui s'exportent. Alain Gallopin a été l'un des premiers. Cette année, il y a Lionel Marie, qui a rejoint Jonathan Vaughters dans la structure américaine Slipstream Chipotle. L'équipe américaine suscite l'intérêt par sa démarche novatrice : des coureurs rassemblés sur une même ville (Gérone, en Espagne) et un suivi (entraînement et médical entre autres) totalement novateur. Les Etats-Unis vont peut-être devancer la vieille Europe et faire évoluer les mentalités qui veulent que les coureurs soient livrés à eux-mêmes tout au long de l'année et que, ProTour aidant, certains ne courent jamais ensemble. Le cyclisme est un sport individuel pratiqué en équipes, le vécu des coureurs est primordial. La démarche de Slipstream nous paraît réellement intéressante, et Vélo 101 a décidé de suivre "de l'intérieur" la vie de l'équipe avec le journal de bord de Christophe Laurent, que vous retrouverez régulièrement.

En ce début de saison 2008 déjà réussi par Jonathan Vaughters et ses hommes, au-delà du Tour de Californie, l'équipe sera présente sur les grandes épreuves italiennes, Paris-Nice et, selon toute vraisemblance, sur le Tour de France. Nous avons choisi de passer deux jours avec Lionel Marie et les huit coureurs qui ont composé l'équipe sur le Trophée Laigueglia et le Tour du Haut Var. Première constatation. On est avec une équipe américaine mais on a changé de Channel, zappé Discovery. Finie l'arrogance et bonjour la dimension humaine des relations. Chez Slipstream, il y a les leaders (Millar, Dean, Backstedt, Zabriskie) et une multitude de jeunes qui découvrent le cyclisme et l'Europe. Ils ont l'envie, la volonté et découvrent la réalité du cyclisme au contact de l'Europe.

Huit coureurs présents ce week-end : deux Hollandais, un Canadien de Colombie Britannique, deux Français et trois Américains, et un staff néo-zélandais et anglophone. Pour Lionel Marie, qui a choisi de s'expatrier, la réalité est là. C'est l'anglais qui prédomine, et une fois la radio réglée, c'est en anglais que sont données les directives et reçues la plupart des infos de l'oreillette. Deux jours de course de début de saison avec les mêmes huit coureurs, il n'y a que Slipstream qui ait choisi cette voie imposée par l'effectif de continental pro. Ca signifie que l'accent sera plus mis sur le Haut Var plutôt que sur Laigueglia. Reste à faire passer le message à des jeunes qui veulent démontrer et, même une fois la course jouée, auraient tendance à trop en faire sans penser au lendemain. Résultat : trois et quatre coureurs qui finissent dans le paquet en Italie puis en France. Un week-end pour découvrir, l'équipe n'aura pas pesé sur les deux courses. Normal, les aînés ne sont pas là et les jeunes sont plus en apprentissage.

Lionel Marie, après avoir connu l'expérience d'entraîneur, de manager et de directeur sportif chez Crédit Agricole Espoirs et chez Cofidis, est parti chez Slipstream, avant tout pour emmagasiner de l'expérience, celle de polyglotte et l'ouverture à d'autres expériences avant tout. Avec les Américains de Jonathan Vaughters, il est directeur sportif, mais à travers ses bons rapports gardés avec les jeunes de Cofidis, on sent que l'entraîneur n'est jamais loin. C'est tout juste s'il ne bouge pas quand la voiture Cofidis est demandée devant ! Deux jours sur la côte méditerranéenne au contact d'une équipe qui se met en place, c'est passionnant et ça donne envie de voir ce que le mélange des aînés et des jeunes va donner. Paris-Nice nous en donnera l'occasion. Merci à tous pour ce bon week-end de reprise.

Lionel, comment s'est passé votre départ de Cofidis et votre arrivée chez Slipstream ?
"C'est particulier car Eric Boyer nous avait prévenus que l'équipe n'était pas sûre de repartir ou de trouver un successeur, donc qu'on pouvait donner libre cours à nos contacts. Par hasard, j'ai eu un contact avec Slipstream, et j'ai donné suite pour une nouvelle expérience, pour l'enrichissement personnel."

Après Crédit Agricole Espoirs, après Cofidis, vous le voyez comme une évolution de carrière ?
"Oui, ça peut être considéré comme tel. C'est un challenge, j'aime bien me remettre en question. Cette fois, j'ai fait le pas, c'est toujours enrichissant d'apprendre une nouvelle culture."

Il y a peu de directeurs sportifs qui vont vers les équipes étrangères. Avez-vous le sentiment d'être une exception ?
"Oui. Si mes souvenirs sont bons, nous sommes deux avec Alain Gallopin. On se met un petit peu en marge en allant vers les autres, mais ça va peut-être venir. On parle de la mondialisation du cyclisme, c'est une porte qui s'ouvre, il faut en profiter."

Si vous deviez prendre une chose à votre aîné, quelle serait-elle ?
"Je ne le connais pas suffisamment, mais je dirais la sérénité qu'il a d'évoluer dans des équipes pros étrangères. J'aimerais bien avoir le même calme, et le même contact que lui."

Auparavant, vous étiez entraîneur et directeur sportif, chez Slipstream uniquement directeur sportif, est-ce une volonté de votre part ?
"L'équipe est déjà composée d'entraîneurs qui sont sûrement plus qualifiés que moi. Ils sont déjà familiarisés avec le Powertap, qui est le partenaire de l'équipe. Je suis là pour et par ma connaissance des épreuves en France et en Europe, et ça me va très bien."

Vous considérez que vos coureurs utilisent un peu trop le Powertap en course, à quel niveau cela peut-il les gêner ?
"Ca peut les perturber s'il y a le moindre incident, par exemple si on change de roue. Il n'est pas re-calibré, et ils sont perdus. A l'entraînement, c'est un excellent outil, c'est la connaissance de soi un peu plus rapide que l'empirisme. En course, ça donne de bonnes indications également. Mais on ne doit pas être esclave de l'outil à haut niveau. Ca se décide sur cinq mètres, voire moins. Il faut y aller sans se poser de question."

Après ces premiers mois de mise en place, qu'en retirez-vous ?
"De la fraîcheur, beaucoup de nouveautés, de l'enthousiasme de la part de tous, jusqu'au chauffeur du bus qui téléphone pour avoir les résultats. Ca fait du bien."

L'équipe est composée d'aînés et de plus jeunes, qui sont là pour apprendre. Desquels vous sentez-vous plus proche ?
"Je ne trouve pas beaucoup de différences. Les aînés sont attentifs. C'est plutôt un échange, ils encouragent les jeunes. Là, avec les huit sur ce week-end, il faut être peut-être plus directif, dans le bon sens du terme. Il faut les calmer, les sécuriser, dialoguer. On ne leur demande pas de résultats pour l'instant. Le jour viendra où ils auront la pression. J'aime bien le contact de coureurs comme Millar, comme Dean, qui est discret mais qui a beaucoup de choses à dire. Avec les jeunes, j'ai l'habitude depuis longtemps. Un bon contact, ça motive tout le monde."

Ce week-end, vous avez la même composition sur deux courses, est-ce un choix délibéré ?
"On n'avait pas tellement le choix. Il y a une équipe au Tour de Californie, il y a le Tour de Valence en préparation. Qui plus est, ça permet aux coureurs d'accumuler les kilomètres."

Tous les coureurs vont se retrouver en Europe pour la première fois. En attendez-vous un plus pour tout le monde ?
"Les grands frères vont retrouver l'Europe et se dispatcher entre Tirreno-Adriatico et Paris-Nice. Ils vont accompagner des jeunes pour qui ce sera toujours un plus."

On a annoncé la non-sélection d'Astana pour le Tour de France, ça vous en rapproche d'autant plus ?
"Oui, le malheur des uns fait le bonheur des autres. On espère fortement participer au Tour. L'objectif sur l'Italie, c'était le Giro. Là-dessus sont venus se rajouter Milan-San Remo et Tirreno-Adriatico, qui deviennent des objectifs et donnent une nouvelle dimension à l'équipe."

Le fait que Slipstream, H30 et qu'un coureur soient actionnaires du projet d'équipe change-t-il quelque chose au fonctionnement ?
"Il y avait déjà eu Laurent Fignon, qui était actionnaire du projet avec Cyrille Guimard. H30 (NDLR : société de management de sportifs), c'est plus fort que H20, c'est original. Ca fait partie de l'état d'esprit américain. Ils sont passionnés. Le patron m'avait souligné que, pour lui, le sport est quelque chose de très important. Il n'y avait plus d'équipe américaine sur le circuit, donc pour lui, qu'il y ait une équipe américaine sur le circuit, ça relève presque de salubrité publique."

Propos recueillis à Draguignan le 24 février 2008.

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