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Paris-Roubaix : Cancellara au paradis, les autres en enfer

Publié le 09/04/2006 18:22

Le Suisse Fabian Cancellara s'adjuge en maître la 104ème édition de Paris-Roubaix. Ses trois poursuivants sont déclassés.
Le Suisse Fabian Cancellara s'adjuge en maître la 104ème édition de Paris-Roubaix. Hoste, Van Petegem et Gusev, ses poursuivants, sont déclassés.

Entrer dans le vélodrome seul devant, recevoir le premier l'ovation émue de tout un public et savourer les derniers mètres d'un enfer soudainement converti en paradis, il n'y a probablement pas meilleure manière de conclure Paris-Roubaix. Une arrivée en solitaire sur le vélodrome de Roubaix ne s'était plus produite depuis le dernier succès de Johan Museeuw en 2002. Elle a été remise au goût du jour aujourd'hui dans la 104ème édition. Pas par Tom Boonen (Quick Step-Innergetic), que tous les observateurs guettaient une semaine après son triomphe dans le Tour des Flandres, mais par un autre grand favori en la personne de Fabian Cancellara (Team CSC). Car rien ne s'est vraiment déroulé comme prévu aujourd'hui sur les 259 kilomètres de la reine des classiques. A commencer par la météo ! Les satellites annonçaient de la pluie mais les nuagesont retenu leurs gouttes pour maintenir les 52,7 kilomètres de pavés au sec. Ni boue ni poussière, mais de belles éclaircies et même quelques rayons chaleureux, suffisamment en tout cas pour retrousser les manchettes. Les conditions sont donc clémentes en ce deuxième dimanche d'avril, coché sur les agendas par les plus grands chasseurs de classiques.

Le vent n'est pas trop important et souffle de toute façon de manière favorable entre Compiègne et Roubaix, ce qui permet au peloton d'effectuer plus de 47 kilomètres au cours de la première heure. C'est assez inhabituel et l'échappée matinale, après plusieurs tentatives isolées, se dessine tardivement. Ils sont quatre à ouvrir la route à compter du kilomètre 62 : Dimitri Konyshev (Team LPR), Nicolas Portal (Caisse d'Epargne-Illes Balears), Joost Posthuma (Rabobank) et Stephan Schreck (T-Mobile). La fugue matinale a mis du temps à se dessiner mais jusqu'ici, Paris-Roubaix suit un scénario classique. Le quatuor de tete obtient jusqu'à 4'30" d'avance sur le peloton. C'est peu mais suffisant pour permettre à Konyshev, Portal, Posthuma et Schreck d'accomplir 101 kilomètres en tête de course, jusqu'à la Trouée d'Arenberg exactement. Le retour du secteur-pavé mythique sur les routes de Paris-Roubaix est aujourd'hui dans tous les esprits. C'est l'endroit stratégique, celui où la course se décante et où les favoris vont commencer à y voir plus clair. Et effectivement, pour son retour sur le parcours, la Trouée d'Arenberg va livrer son verdict.

Rénové, le secteur est moins dangereux mais tout aussi difficile. 2400 mètres de pavés disjoints et poussiéreux situés à 95 kilomètres de l'arrivée. C'est ici que les grands favoris ont décidé de mener le combat. Tom Boonen, sur qui repose le poids de la course, a mis ses équipiers à contribution pour permettre un regroupement avec les échappés matinaux sur ce long secteur-pavé. Le champion du monde est ainsi mis en orbite et c'est lui qui provoque la sélection à l'entrée d'Arenberg. Nicolas Portal a l'honneur d'entrer le premier sur le secteur avant d'être rejoint par l'avant-garde du peloton. Le secteur est franchi sans encombre. Pas le moindre incident à dénombrer mais la puissance de Tom Boonen a fait des dégâts et ce sont seize hommes qui sortent en tête de la Trouée : Tom Boonen (Quick Step-Innergetic), Alessandro Ballan et Enrico Franzoi (Lampre-Fondital), Fabian Cancellara et Lars Michaelsen (Team CSC), Bernhard Eisel et Frédéric Guesdon (Française des Jeux), Juan-Antonio Flecha (Rabobank), Vladimir Gusev, George Hincapie et Leif Hoste (Discovery Channel), Nicolas Portal (Caisse d'Epargne-Illes Balears), Geert Steegmans et Peter Van Petegem (Davitamon-Lotto), Stephan Schreck et Steffen Wesemann (T-Mobile).

Les trois poursuivants forcent un passage à niveau et sont disqualifiés.

Aussitôt, il faut faire les comptes. Tous les favoris sont devant... mais Tom Boonen est esseulé ! A 95 kilomètres de l'arrivée, le champion du monde ne peut plus compter que sur lui-même, tous ses équipiers ayant sauté dans Arenberg. La décision est faite et le vainqueur de Paris-Roubaix 2006 se situe à présent dans ce groupe de seize coureurs. La formation Discovery Channel est la mieux lottie, avec trois représentants. Et pourtant, l'équipe américaine va vivre l'enfer. Paris-Roubaix, c'est avant tout une question de chance, mais l'ancien groupe sportif de Lance Armstrong est maudit aujourd'hui. La malédiction s'abat d'abord sur George Hincapie. Dans le secteur de Mons-en-Pévèle, à 50 kilomètres de l'arrivée, l'Américain voit avec horreur son guidon se dérober ! Devant cet incident rarissime, une seule issue possible, la chute. George Hincapie s'affale dans un fossé, trahi par sa machine, les larmes se mêlant aussitôt à la poussière couvrant ses joues. Ses chances de victoires se meurent ici. Au même instant, Tom Boonen démarre. Le champion du monde sort les griffes, sert les dents et tend le groupe, qui se rompt pour ne laisser devant que huit hommes : Boonen, Ballan, Cancellara, Eisel, Flecha, Gusev, Hoste et Van Petegem.

Huit devant à 40 kilomètres de l'arrivée, et encore deux Discovery Channel. Mais la sorcière aux dents vertes en veut décidément aux anciens coéquipiers d'Armstrong et jette un sort à Vladimir Gusev, qui chute dans le secteur de Bourghelles, à 25 kilomètres de l'arrivée. Il en faudra plus pour décourager le Russe, qui change de machine puis revient sur le groupe de tête avant le secteur de Camphin-en-Pévèle. A peine rentré, Vladimir Gusev poursuit sur sa lancée et accélère. Derrière, Tom Boonen ne réagit pas. Le champion du monde n'affiche assurément pas la même vigueur que sur les routes du Ronde il y a une semaine et c'est Fabian Cancellara qui fait l'effort pour rentrer sur Gusev et accentuer son effort. Les deux coureurs se détachent à 20 kilomètres du but et pénètrent les premiers sur le secteur du Carrefour de l'Arbre. Cette fois, il n'est plus question de se relever. En forme ascendante, Fabian Cancellara a rendez-vous avec son destin. Quatrième de Paris-Roubaix il y a deux ans, cet amoureux de l'Enfer du Nord accélère dans le Carrefour de l'Arbre, entre deux rangs étroits de supporters, pour se débarrasser de Gusev et accroître irrémédiablement son avance. Sauf incident, l'édition 2006 de Paris-Roubaix ne peut plus échapper à Fabian Cancellara.

Dans le groupe Boonen, rien ne va plus. Le champion du monde n'est plus aussi fringant et doit laisser filer Leif Hoste et Peter Van Petegem, lesquels rejoignent Vladimir Gusev. A 10 kilomètres du but, le trio poursuivant accuse une quarantaine de secondes de retard sur l'homme de tête quand soudain, la route se ferme devant eux. Ils se retrouvent confrontés à un passage à niveau fermé à 10 kilomètres du but. Qu'importe, les barrières viennent de s'abaisser et Gusev, Hoste et Van Petegem décident d'enfreindre le règlement et de forcer le passage. Ballan, Boonen et Flecha arrivent quant à eux trop tard et sont attardés par le passage du train. Mais les positions sont de toute façon clairement établies. Seul en tête, Fabian Cancellara savoure les derniers kilomètres pour se présenter avec émotion sur l'anneau du vélodrome de Roubaix.A 25 ans, le Suisse réalise son rêve au terme d'une course intelligente. Il était tout simplement le plus fort aujourd'hui. Derrière, on se bat pour les places d'honneur et Hoste vient chercher la seconde place devant Van Petegem et Gusev. Mais le jury des commissaires se doit de punir l'irresponsabilité du trio au passage à niveau. Il ne transige pas et disqualifie purement et simplement les trois poursuivants. Sale jour pour les Discovery.

Fabian Cancellara s'adjuge ainsi Paris-Roubaix devant Tom Boonen, Alessandro Ballan et Juan-Antonio Flecha. Premiers Français, Frédéric Guesdon et Christophe Mengin (Française des Jeux) se classent 7ème et 9ème sur le vélodrome.

Classement :

1. Fabian Cancellara (SUI, Team CSC) les 259 km en 6h07'54" (42,2 km/h)
2. Tom Boonen (BEL, Quick Step-Innergetic) à 1'51"
3. Alessandro Ballan (ITA, Lampre-Fondital) m.t.
4. Juan-Antonio Flecha (ESP, Rabobank) m.t.
5. Bernhard Eisel (AUT, Française des Jeux) à 3'24"
6. Steffen Wesemann (ALL, T-Mobile) m.t.
7. Frédéric Guesdon (FRA, Française des Jeux) m.t.
8. Bert Roesems (BEL, Davitamon-Lotto) m.t.
9. Christophe Mengin (FRA, Française des Jeux) m.t.
10. Staf Scheirlinckx (BEL, Cofidis) m.t.
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